Culture et identité

Thèse de Gilles Gérard sur la famille comme moyen de résistance à l’esclavage

"2011 : l’Année d’Élie, un combattant réunionnais de la Liberté"

Témoignages.re / 3 juin 2011

Lors de la réunion du Kolèktif Lané Élie (KLÉ) le lundi 30 mai dernier à Saint-Paul, l’historien Gilles Gérard a présenté sa thèse de Doctorat d’Histoire qui lui a valu récemment la mention très honorable et les félicitations du jury à l’Université de La Réunion. Voici la présentation de cette thèse, intitulée "La famille esclave à Bourbon", avec une mention sur la révolte de Saint-Leu.

De la fin du XVIIème siècle jusqu’à l’abolition de 1848, l’île Bourbon a connu un système esclavagiste marqué par une codification et des pratiques des différents pouvoirs dévalorisant ou niant les structures familiales des esclaves. À côté d’autres moyens de résistances serviles comme le marronnage ou la révolte, il apparaît, grâce à la reconstruction des familles esclaves, que ces formes d’organisation ont permis à une population provenant de razzias en Afrique ou à Madagascar, puis fortement créolisée, d’affirmer et de faire respecter son humanité, en investissant le champ de la parenté dont les pouvoirs civils ou religieux la privaient.
L’exemple d’Émilie, née en 1760, est significatif : mère d’Élie, Fulgence, Soulange et Prudent, quatre des révoltés de 1811 à Saint-Leu et exécutés en 1812, elle sera elle-même emprisonnée ; deux autres de ses enfants laisseront une nombreuse descendance, aujourd’hui encore présente à Saint-Leu. Formation d’une famille et résistance à l’esclavage, loin d’être contradictoires, sont au contraire complémentaires.
Si un nombre restreint de familles fut reconnu, comme à l’époque de la Compagnie des Indes, la majorité des esclaves vécurent au sein de familles marrons, ignorées et méprisées. Elles apparaîtront au grand jour après l’abolition de l’esclavage. La natalité fut importante au sein du groupe des esclaves, mais accompagnée d’une forte mortalité infantile. Lieu privilégié de transmissions de valeurs culturelles et linguistiques, la famille esclave, quelles qu’en soient les formes, a permis à de très nombreux esclaves de survivre à un système inhumain, les exclus de la parenté appartenant essentiellement aux groupes ayant connu la destruction de leur système familial, à Madagascar ou en Afrique.


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