Culture et identité

« Un aller simple pour une vie meilleure » ?

“BUMIDOM, des Français venus d’Outre-mer”

Jean Fabrice Nativel / 5 décembre 2012

Les Domiens venus à Paris avec le BUMIDOM déchantent. Leur carrière prend une toute autre tournure.

Des Réunionnais(e)s et Martiniquais(e)s se confient tout le long de “BUMIDOM, des Français venus d’Outre-mer” de Jacquie Bastide. Audrey Pulvart prête sa voix à ce documentaire dévoilé en 2011 : “Année des Outre-mer”.

Ils viennent pour la plupart de familles nombreuses et désœuvrées. Fils ou filles de pêcheurs, d’agriculteurs, de femmes de ménage, de mères au foyer, etc., ils sont les aînés au chômage. Dans les années 50, le taux des personnes sans emploi avoisine — déjà — les 40%. Et 50 ans après ?

La cible, les 18-25 ans

Lorsque le BUMIDOM propose aux 18-25 ans « un aller simple pour une vie meilleure » en France, selon vous, comment réagissent-ils ? Ils signent. On leur garantit un emploi et un logement. L’offre en séduit plus d’un.

Un test de calcul et une dictée, un entretien, quelques jours après on les appelle, les voilà aptes au départ. Quel déchirement ce jour ! Et proches et enfants se demandent s’ils se reverront un jour.

Quelle carrière !

Arrivés en France, ils déchantent. Une carrière convenable dans la fonction publique est compromise : poste d’infirmières, institutrices, etc. On leur propose une formation… mais pas dans le domaine voulu. « Je n’ai pas fait 7.500 kilomètres pour faire du ménage », dit une Martiniquaise. On intègre les hôpitaux comme… femme de salle, brancardier ; les compagnies de chemin de fer… en tant que poinçonneur. On embauche aussi au sein de SIMCA. Un Domien compare ses conditions de travail à celui d’un esclave. On emploie aussi dans le bâtiment.

Vous l’aurez compris, ils perçoivent de bas salaires : entre 350 et 400 francs mensuels. De fait, qui peut se payer un billet d’avion à 7.500 francs ? Une mesure de congés leur permet des années plus tard de bénéficier de billets d’avion et de jours de vacances dans leur île. Ils retrouvent les proches.

Ces « négropolitains »

Leur vie à Paris, ils la livrent. Qui peut croire, en les voyant, qu’ils sont Français ? Un Noir français ! C’est impensable. Ils ressemblent plus à des habitants de l’Afrique du Nord, etc. Beaucoup sont victimes de brimades et de racisme. Face à pareille situation, certains se suicident.

Lorsqu’un Domien rencontre un autre, on s’empresse de garder contact. On organise des soirées où naissent des amitiés. On se confie, rigole. On compose des musiques, crée des associations, fonde des journaux. Par ce média, on leur transmet des nouvelles de leur île. On alerte aussi sur leur souffrance.

De retour dans leur île, les proches leur réservent un accueil chaleureux. Les voisins, non ! On les considère comme des étrangers. On les appelle les « négropolitains ». On dit d’eux qu’ils ont des manières métropolitaines. On croit qu’ils mènent la belle vie à Paris.

Le BUMIDOM : une bonne affaire ?

JFN


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