Culture et identité

Un grand chef-d’œuvre réunionnais pour la liberté de notre peuple

Inauguration à Saint-Denis de la statue en hommage à Géréon et Jasmin

Témoignages.re / 11 avril 2013

Hier matin au Barachois, derrière l’ex-piscine, s’est déroulée une cérémonie à la fois très émouvante, forte en symboles de notre mémoire historique et riche en messages afin de construire ensemble un avenir meilleur pour le peuple réunionnais. L’inauguration par le maire de Saint-Denis de la grande et impressionnante statue réalisée par le célèbre sculpteur portois Henri Maillot en hommage aux deux esclaves décapités le 10 avril 2012 après la révolte de 1811 dans la région de Saint-Leu a été soutenue par un public très nombreux, venu de toute l’île. Parmi ce public, plusieurs militants culturels, politiques — dont des représentants du P.C.R. — et des artistes ont souligné que cet événement est un appel au rassemblement du peuple réunionnais pour avancer avec détermination vers son émancipation. À l’image de cette grande statue réunionnaise de la liberté.

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Cette cérémonie a été ouverte par René-Louis Pestel, l’adjoint au maire de Saint-Denis délégué à la culture, qui a rappelé que cette inauguration se situe dans le cadre du 350ème anniversaire du peuple réunionnais. Un peuple qui a connu « bien des chemins épineux pour construire notre vivre ensemble d’aujourd’hui ».

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Parmi ces « chemins épineux » de notre histoire, l’élu dionysien a rappelé les crimes de l’esclavage, combattu notamment par les centaines d’esclaves de la région de Saint-Leu qui se sont révoltés en novembre 1811, dont il a retracé l’historique. « Ces ancêtres nous ont montré la voie à suivre » et « notre indignation ne doit pas cesser de s’exprimer » contre les injustices d’aujourd’hui, a-t-il conclu.

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« Il est toujours vivant »

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Ensuite, c’est Henri Maillot qui a pris la parole, pour expliquer le sens — porteur de grandes valeurs — qu’il a voulu donner à cette statue. Cet esclave qui porte sa tête coupée « montre qu’il est fier de son combat et, par son geste emblématique, il nous prouve que sa lutte pour la liberté n’a pas été vaine ».

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Pour ce grand sculpteur réunionnais, « notre Histoire a besoin de repères et nous devons notamment continuer à dénoncer les horreurs de l’esclavage. Sans jamais oublier que La Réunion est une terre de luttes pour la liberté. Voilà pourquoi cet esclave décapité va recoller sa tête et nous prouve ainsi qu’il est toujours vivant ».

« Un vrai chef-d’œuvre »

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Sudel Fuma a félicité Henri Maillot pour son œuvre et remercié le maire de Saint-Denis ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de cette cérémonie. Pour le directeur de la Chaire UNESCO à l’Université de La Réunion et coordonnateur du Kolèktif Lané Éli puis du Comité du 350ème anniversaire du peuple réunionnais, « c’est un jour symbolique »  ; et « si l’esclave de cette statue est toujours vivant, c’est parce que nous sommes là, en essayant de rester fidèles à son combat pour la liberté ».

Dans son allocution, le maire de Saint-Denis a déclaré d’emblée que cette statue est « un vrai chef-d’œuvre » et que cette cérémonie est « un acte politique » car « le combat politique des Réunionnais pour faire respecter leurs droits continue ». Gilbert Annette a également souligné « l’importance de rendre hommage à nos ancêtres qui sont des héros de notre histoire » afin d’aller ensemble vers « une communion partagée ».

Deux autres rendez-vous

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Après le dévoilement de la plaque installée par la Mairie derrière la statue, la place a été accordée à plusieurs artistes, qui ont également donné un sens très profond à cette inauguration. Ainsi, le slameur Jimmy Maillot a exalté les richesses spécifiques de notre histoire réunionnaise et la chanteuse Ingrid Varon a plaidé pour l’autonomie.

Puis c’est le chanteur Maximin Boyer qui a lancé un appel à nos compatriotes à « prann an min nout péi », avant de chanter un magnifique et très émouvant hymne réunionnais, rédigé en français par le poète Idriss Issop-Banian, traduit en créole par Patrice Treuthardt et mis récemment en musique par lui-même. Le rassemblement a été clôturé par une intervention d’Yvrin Rosalie, du Comité Élie, qui a demandé à l’Éducation nationale d’enseigner davantage notre histoire aux élèves ; et il a invité les Réunionnais à se retrouver le 15 avril pour deux autres cérémonies devant les monuments en hommage aux esclaves décapités : à 10 heures à Saint-Leu et à 15 heures à Saint-Paul.

Correspondant

Des témoignages émouvants

Notre camarade Benoît Blard, de la Section communiste du Tampon, qui faisait partie de la délégation du P.C.R. présente hier matin à cette cérémonie, nous a fait parvenir ses impressions sur cet événement. Voici son témoignage.

De nombreuses personnalités du monde associatif, culturel, intellectuel, universitaire, mais aussi politique honoraient de leur présence cette manifestation en mémoire des deux esclaves exécutés le 10 avril 1812 (il y a 201 ans, exactement) au même lieu où se faisait la cérémonie.

Après un rappel historique de l’adjoint au maire de Saint-Denis chargé des affaires culturelles, le sculpteur Henri Maillot donnait des explications sur le message que doit faire passer son œuvre. Un révolté guillotiné qui tient lui-même fièrement sa tête coupée, avec un air de dire : « voyez, je suis encore vivant, je vivrai toujours... ».

Une phrase que Sudel Fuma, l’historien en charge d’une Chaire de l’Université de La Réunion au titre de l’UNESCO, reprend : « oui, le message est passé en nous, en ce jour ; ne baissons pas la tête, transmettons aux générations futures ces combats de nos ancêtres pour la liberté » .

Rappelons donc qu’une révolte d’esclaves part des environs de Saint-Leu en novembre 1811, sous l’occupation anglaise de notre île ; 145 esclaves révoltés sont enfermés et jugés dans la cathédrale de Saint-Denis ; pour l’exemple, les 15 condamnés à la peine capitale et décapités, sont répartis dans plusieurs villes — Saint-Benoît, Saint-Paul, Saint-Leu, Saint-Pierre et Saint-Denis — pour leur exécution.

Lors de cette cérémonie, il y a eu des témoignages émouvants d’une fonkézèz, d’un président du Comité Élie, Maximin Boyer, à la guitare, mais surtout de son président fondateur à l’émotion communicative : « koméla, maniok ni manz pi, patate ni koné pi, konflor, sonz nou vé pi ; nou konèt "Santa Barbara", nout marmay lé branché si "Côte Ouest", i apran pa lékol nout l’histwar ; nou lé ankor dann systèm "nout zansèt les gaulois"… !

Nou pli, nou bèss tro la tète.

Alork que bann zinstitusyon i doi ède anou, collectivités, politiques, rectorat, anon donn la min po k nout passé i viv an nou, nou vé konèt nout lorigine, ousa nou sorte, po nou konèt ki ni lé vréman ; nout lang, koman sa la konstitié ? Tou sa la... ».


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