Culture et identité

Un grand hommage à nos ancêtres combattants de la liberté

8ème édition d’Ati-damba au Plateau Dimitile

Témoignages.re / 13 décembre 2011

Plusieurs centaines de personnes ont participé ce week-end au Camp Marron du Dimitile, dans les Hauts de L’Entre-Deux, à la célébration de la fête des ancêtres organisée par l’association Miaro. Ce grand hommage rendu à nos ancêtres qui ont vécu les souffrances de l’esclavage et qui ont résisté à ce crime contre l’humanité a été un vibrant appel à continuer plus que jamais le combat pour la liberté.

Pour la 8ème année consécutive, les militants culturels de Miaro ont organisé samedi et dimanche derniers au Plateau Dimitile la célébration traditionnelle appelée Ati-damba en hommage à nos ancêtres esclaves. Cette célébration est notamment marquée par diverses dimensions que lui donnent ses organisateurs, à savoir : la dimension historique et mémorielle, mais aussi la dimension spirituelle et sacrée ; la dimension malgache, mais aussi multiculturelle de nos ancêtres esclaves et engagés, ainsi que l’interculturalité réunionnaise ; la dimension culturelle, mais également sociale actuelle de la résistance aux oppressions et injustices d’aujourd’hui.
D’où la richesse idéologique et émotionnelle que suscite cette célébration, dont le succès populaire ne cesse de grandir. Selon Charlotte Rabesahala, une des responsables de Miaro et animatrice de cette rencontre, environ 700 personnes ont répondu cette année à leur invitation et elles ont notamment été beaucoup touchées par la cérémonie de dimanche midi dans le "valamena" (l’enceinte sacrée), autour de la stèle porteuse des statues du guetteur marron Dimitile, de la reine Sarlave et du roi Laverdure.

Hommage aux marrons

Après le "sobatkoz" organisé la veille sur le site, cette cérémonie a commencé par le partage de l’espace cultuel entre les Réunionnais venus des quatre micro-régions du pays et elle s’est terminée avec les offrandes déposées devant la stèle par ces quatre groupes. Parmi les moments forts, il y a eu également la présentation de la doyenne de la cérémonie, Mme Baba, 90 ans, toujours porteuse de la force que lui ont transmise ses ancêtres et auxquels elle ne cesse de rendre hommage.
Autre temps fort : le renouvellement du linceul funéraire rituel qui entoure le monument. Charlotte Rabesahala a souligné que « ce nouveau lamba est offert à tous les offensés de l’Histoire réunionnaise, à tous les humiliés qui n’ont eu pour seul droit que celui de travailler de force, de souffrir et de mourir ». D’où l’hommage rendu aussi à tous les marrons qui ont résisté à ces épreuves et qui ont lutté pour la libération des esclaves.

Des séquelles toujours dévastatrices

Les noms d’une bonne partie de ces marrons ont été proclamés par les officiants, et Aline Murin-Hoarau, également responsable de Miaro, a lu un poème en l’honneur de nos ancêtres combattants de la liberté. Elle a souligné que les marrons « la transmi anou zot kouraz, zot fièrté, zot dignité ; zot lèspri lé partou ; nou zanfan malgas, zanfan lafrik, zordi nou la pu pèr, pu honte sèt éritaz ».
Elle a ajouté : « Avèk zot mi chante, avèk zot mi danse nout maloya. Romanse-la i rapèl la tèr malgas, la tèr lafrik ; romase maloya i chante zot doulèr, zot rézistanse, zot libèrté, zot kiltir. (…) Oh mon zansèt, aou mon fors ; oh mon zansèt, aou mon passé, mon prézan, é mon fitir ».
Après la remise des offrandes des participants venus de toute l’île, marquée notamment par de nombreux maloyas très émouvants, la cérémonie s’est terminée par la lecture solennelle de la "Charte du Dimitile", rédigée par Charlotte Rabesahala pour le premier Ati-damba réunionnais, le 18 décembre 2004, qui déclare en particulier : « Ô toi mon ancêtre malgache (…), c’est dans tes pas, sur la terre retrouvée, que je trouve ma libération ». D’où l’importance de nous unir pour continuer le combat pour la liberté, la réparation des séquelles de l’esclavage, de l’engagisme et de la colonisation toujours dévastatrices.

Correspondant


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