Culture et identité

« Un jour, les Américains reconnaîtront les torts faits au Vietnam, pour les réparer »

Entretien avec HO haï quang

Témoignages.re / 18 octobre 2008

Une association réunionnaise, Orange DiHoxyn, organise ce mois d’octobre, entre le 22 et le 31, des “Journées Vietnam” pour rassembler le plus largement possible et faire naître une solidarité autour des victimes de l’agent Orange. Ceux qui n’auraient jamais entendu parler de ce nom de code (agent orange) désignant les produits extrêmement toxiques que les forces armées américaines ont déversé par millions de litres sur le Vietnam entre 1962 et 1971, peuvent se reporter au site de l’association (http://www.orange-dioxin.com/).
Ils y découvriront aussi les morceaux de musique apportés par une dizaine d’artistes de tous horizons, en soutien à ces victimes. De la musique pour réparer les désastres de la guerre ? Dans l’entretien qui suit, le fondateur d’Orange DiHoxyn, HO haï quang, expose dans quel esprit il travaille à fédérer des musiciens et des artistes de La Réunion et du monde entier.

Quels sont les objectifs de Dioxyn Orange ?

Le premier est de faire connaître le problème de l’Agent Orange. Les gens ont oublié. Certains croient, quand je commence à parler de ce problème, que j’attaque l’opérateur Orange ! Il faut tout réexpliquer... les faits et le problème juridique. Nous sommes devant le cas d’un crime de guerre et d’un crime contre l’Humanité, qu’il faut faire ressurgir dans l’opinion parce que je pense qu’un jour, les Américains reconnaîtront qu’ils ont porté atteinte au Vietnam de façon très grave et qu’ils répareront. Mais je ne pense pas que les victimes puissent aujourd’hui et à court terme, gagner sur le terrain juridique.

Donc la musique est pour vous un moyen d’éveil...?
- Avec la musique, si nous arrivons à fédérer des musiciens, d’abord à La Réunion puis à un niveau international, pour faire à terme un grand concert par an, dans une salle internationale, je pense que nous pourrons obtenir une pression de l’opinion populaire, comme nous l’avons fait pendant la guerre du Vietnam. C’est la pression internationale qui a obligé les Etats-Unis à arrêter les bombardements.
Les concerts ont lieu cette année à Vladimir Canter, au campus du Moufia. L’an prochain, nous voudrions faire un “big concert” à Champfleuri, avec (entre autres) Danyèl Waro et Ziskakan. Nous allons essayer de fédérer un maximum de musiciens pour cette cause. Et à partir de là, viser l’organisation de concerts plus large. J’ai fabriqué un “clip” à partir d’une de mes chansons, qui sera projeté pendant le concert de solidarité.

Les musiciens qui vous rejoignent, donnent une de leur musique pour la cause de la réparation due aux victimes. Sur quel principe faites-vous reposer le soutien aux victimes ?
- Ma pensée politique sur le sujet a toujours été la même : on ne pourra avancer sur le terrain juridique et politique qu’en mobilisant largement et en créant un rapport de force suffisant au départ. Notre premier objectif n’est certainement pas de ramasser de l’argent. Effectivement, nous en ramasserons, mais je ne pourrai jamais en avoir assez pour résoudre ce problème-là. Ce sont les Américains qui doivent réparer ! Si nous gagnons notre combat, les Américains verseront des millions de dollars - beaucoup plus que ce que je gagne et ce que je pourrais collecter. La musique est un levier, pour atteindre cet objectif.

Comment espérez-vous toucher et mobiliser un large public ?
- Je dis souvent que notre association a trois portes d’entrée.
L’humanitaire : nous arrivons à sensibiliser à ce problème des gens qui n’ont aucune opinion politique. Parce que c’est une situation scandaleuse qui touche les gens.
La politique : ceux qui ont une formation politique, ou juridique, nous rejoignent d’emblée sur le fond du problème.
L’artistique : J’ai choisi la musique parce c’est mon moyen privilégié d’expression mais je connais aussi des peintres et d’autres artistes qui sont prêts à nous suivre.

Etes-vous en relation avec d’autres comités de soutien à travers le monde ?
- Il existe en France un Comité présidé par André Bouny, qui est aussi très souvent aux Etats-Unis. Il connaît Angela Davis, Noam Chomsky, beaucoup d’autres... et on s’écrit assez souvent. Il sait ce que nous faisons ici. De son côté, il arrive à fédérer beaucoup d’intellectuels, de plusieurs pays à travers le monde. Il fait un excellent travail. Mais je pense que le type d’action qu’il promeut ne peut pas avoir autant de rayonnement qu’un concert musical. Parce que la musique est fédératrice. Et donc je voudrais constituer, à côté de ce qu’il fait, et pour l’aider, quelque chose de permanent, qui pourra circuler... Un sorte de bus musical international, qui circulera d’abord ici, puis en métropole, où nous pensons populariser le problème grâce aux vedettes qui viendront jouer, ou peindre... C’est mon objectif.

Mais un concert aussi c’est très éphémère...
- Pas si nous arrivons à mettre sur pied une structure permanente qui se chargera d’élever le niveau de conscience et de le maintenir, avec des artistes de partout. La porte d’entrée d’André Bouny est juridico-politique. L’association des enfants de la dioxyne est une porte d’entrée humanitaire. J’essaie de faire une porte d’entrée supplémentaire, qui soit principalement artistique, mais aussi humanitaire et politique.

Et les Vietnamiens dans tout cela ? Parce qu’il ne faut pas oublier que le Vietnam a gagné la guerre, qu’il est aujourd’hui indépendant mais avec un énorme problème de santé publique et de développement...

- ...Qu’il ne veut pas résoudre, du moins au niveau gouvernemental.

Pourquoi ?

- Parce que cela l’oblige à réveiller de vieux souvenirs. Le gouvernement du Vietnam a besoin de se réinsérer dans la société mondiale. Il n’a pas intérêt à faire ressurgir cette bagarre...

Qu’est-ce qui les empêcherait d’alerter les instances mondiales de la santé par exemple et de mobiliser une large campagne d’assistance aux victimes de l’agent Orange ?
- Je ne crois pas que le gouvernement vietnamien veuille aller sur ce terrain-là. Des associations se sont constituées, avec le soutien officieux des autorités et lorsque les victimes vietnamiennes vont plaider à New-York, il faut bien qu’elles soient soutenues par des associations d’envergure. Ma demie-sœur, qui a été une Résistante reconnue au Vietnam, membre du parti communiste, dirige aujourd’hui un Centre d’accueil des enfants de la dioxyne, dans la région de Ho-Chi-Minh ville. J’en parle peu parce que ce n’est pas une affaire familiale - même si nous sommes plusieurs de notre famille mobilisés dans cette cause... Il se trouve que nous sommes une famille très engagée. Je suis le politique et l’économiste de la famille - qui compte par ailleurs des musiciens de renommée internationale et quelques autres figures de proue, toutes très impliquées.

Propos recueillis par P. David


“La guerre qui ne finit pas”

C’est le titre d’un documentaire de 22’30“ réalisé par Bruno Boulianne, un cinéaste canadien (Québec), parti au Vietnam en 2007. Avec le soutien d’une association d’aide aux victimes de l’agent Orange, il a tourné un documentaire poignant qui montre comment la population vietnamienne soigne ses malades et s’efforce de venir en aide aux familles.
Ce film rappelle que plus de 30 ans après la fin de la guerre, l’agent orange continue de faire des victimes. De 1962 à 1971, l’armée américaine a déversé plus de 80 millions de litres d’un puissant défoliant, un produit hautement toxique, très agressif contre l’environnement et contre l’homme parce qu’il se fixe dans la chaîne alimentaire. Aujourd’hui encore, des enfants naissent difformes, ou avec de graves atteintes au système nerveux, tandis que leurs parents et grands-parents meurent des suites d’étranges cancers.

Le film de Bruno Boulianne sera projeté lors des conférences des 22, 23 et 24 octobre, respectivement au théâtre Canter (18h30), au campus du Tampon (18h15) et à la médiathèque du Port (16h)

HO haï quang

Certains connaissent l’économiste, maître de conférence à l’Université. Mais il a beaucoup d’autres cordes à son arc : musicien, chanteur, monteur de clips musicaux... Dans les années 70, il a fait plusieurs premières parties de musiciens de renommée internationale. Et dans une autre vie, il a participé au tournage du film “Adieu Philippines”, où il joue trois morceaux de musique composés avec son frère.



GUERRE DU VIETNAM

35 ans après l’Agent Orange tue encore

Mercredi 22 octobre, à 18 h 30, Théâtre V. Canter (Campus du Moufia)
Conférence de HO hai Quang et Claude Vinh San
"L’épandage de l’Agent Orange sur le Vietnam pendant la guerre et ses conséquences actuelles"
Projection du film de Bruno Boulianne :
"La guerre qui ne finit pas"


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