Culture et identité

Un livre enfin sorti

1ère Conférence internationale des archéologies de l’océan Indien

Témoignages.re / 27 novembre 2012

Douze ans après la 1ère Conférence internationale des archéologies de l’océan Indien qui s’est tenue à La Réunion, la retranscription de ces travaux, une première à La Réunion, parait enfin. Cet ouvrage est le fruit du travail d’archéologues d’une dizaine de nationalités de la zone océan Indien et de l’Atlantique.

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En septembre 2000 s’est déroulée dans l’île la 1ère Conférence internationale des archéologies de l’océan Indien, organisée par le Groupe de recherches sur l’archéologie et l’histoire de la terre réunionnaise avec divers partenaires. A l’issue de cet événement, nous avions aussitôt souhaité vulgariser au plus vite l’ensemble des travaux, qui avaient donné lieu à des débats passionnés et passionnants. Et ce, afin de participer à notre humble niveau à la sortie de l’ignorance de nos compatriotes en matière de cette science de l’ancien, qui a acquis ses lettres de noblesse dans nombre de pays sauf le nôtre, ignorance qui concourt malheureusement à leur appauvrissement culturel. Des péripéties indépendantes de notre volonté ont fait que la retranscription de ces travaux ne paraît qu’aujourd’hui. Mieux vaut tard que jamais !

Cet ouvrage comporte donc la retranscription des travaux de cette 1ère Conférence internationale des archéologies de l’océan Indien. Il est agrémenté d’une présentation par un Réunionnais diplômé en archéologie. Dans celle-ci, Eric Kichenapanaïdou souligne qu’il s’agissait d’une première à La Réunion et rappelle qu’elle a réuni des archéologues d’une dizaine de nationalités de la zone océan Indien et de l’Atlantique.

Le lecteur trouvera dans cette retranscription des travaux de ces chercheurs la confirmation qu’il est temps que les Réunionnais connaissent davantage leurs proches voisins et le peuplement de leurs terres, afin de mieux connaître leurs compatriotes et leur terre réunionnaise, ce qui ne pourrait que les pousser à la faire parler. Car, avec raison, ces archéologues qui nous ont rendu visite ont tous affirmé, chacun avec leurs mots propres, qu’il est normal que chaque peuple de notre planète soit en quête de son existence. Nombre de ces peuples, plus ou moins proches ou éloignés de nous, se sont donné les moyens d’arracher à leur terre son histoire. Ils nous ont pour ainsi dire montré le chemin à entreprendre à notre tour.

Douze années ont passé depuis cette 1ère Conférence internationale des archéologies de l’océan Indien. L’archéologie à La Réunion a un petit peu avancé. Réjouissons-nous ! Soyons aussi conscients qu’il reste encore du chemin à accomplir avant de pouvoir parler d’une archéologie réunionnaise. Nous avons donc du pain sur la planche.

Je ne le répéterais jamais assez : il faut faire parler la terre réunionnaise. Il est, en effet, légitime de savoir si notre île a été occupée antérieurement à la colonisation française qui, elle, ne date que de trois siècles et demi. Au regard des fouilles entreprises dans les pays voisins (Maurice, Madagascar, Comores), qui sont des terres d’anciennes cultures qui ont connu moult mouvements migratoires, fouilles qui leur ont permis de découvrir des vestiges que leurs chercheurs s’appliquent encore à faire parler, je reste convaincu que notre terre réunionnaise ne pouvait pas rester à l’écart de ces visiteurs d’autres temps, qui étaient avant tout des explorateurs en quête de terres nouvelles.

Après tout, me direz-vous peut-être, pourquoi s’obstiner à connaître notre passé ? Eh bien, en cherchant à connaître notre passé, ce n’est pas notre passé qui nous importe le plus : c’est de notre avenir qu’il est question. Puissiez-vous vous en souvenir un jour de mes mots, que je répète, car, qui cherche son passé trouve son avenir.

Marc Kichenapanaïdou

Réhabiliter l’archéologie

Nos décideurs invoquent tout le temps la richesse de l’histoire de notre île. Mais ils nous refusent les moyens nécessaires pour la connaître et la faire connaître. Ils l’accusent de coûter cher et de s’octroyer des dépenses inutiles.

Pourtant, lorsqu’en creusant, nous mettons au jour des traces du passé sous la forme de quelques ossements, ou lorsque la nature les dévoile pour nous (les squelettes de Gamède à Saint-Paul), ils accourent. Avec des chercheurs (de quoi ?). Et dissertent. Et promettent des ouvertures de lignes de crédit. A quoi bon ?

Néanmoins, pendant ce temps, ces mises au jour ont permis de changer ou de renforcer nos connaissances. Naguère, combien de chercheurs (de “trésors”) marrons ont, quant à eux, en saccageant nos sites, effacé des pans entiers de notre passé, de notre histoire ?

Il est grand temps de réhabiliter et de déclarer d’utilité publique cette science de la terre qui fait parler la terre réunionnaise. Je veux dire : l’archéologie. Elle permet aux générations futures de mieux se situer dans le temps et dans l’espace, de réviser les connaissances que nous leur laisserons. Qu’elles puissent dire un jour : on a retrouvé l’histoire réunionnaise !

Marc Kichenapanaïdou


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