Culture et identité

Un livre sur l’étude de "L’islam à La Réunion"

Le résultat de dix années de recherches

Témoignages.re / 26 juillet 2010

Au sommaire, les résultats d’une thèse de doctorat en anthropologie sociale et historique sur la communauté indo-musulmane sunnite de l’île et soutenue par Marie-France Mourrégot à la prestigieuse Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris. Ci-après, un article paru dans "20 minutes" donne quelques explications.

C’est en février 2008 que Marie-France Mourrégot soutient sa thèse de doctorat en anthropologie sociale et historique à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
Jusque là, rien de bien important si ce n’est que le sujet de recherche concerne La Réunion de très près et que ce travail a tout de même été validé par une mention "Très honorable" à l’unanimité. Et pour cause, ce travail de terrain et de longue haleine mené depuis une quinzaine d’années s’intéresse à l’histoire de l’islam à La Réunion.


Entre 1994 et 2004, c’est après un parcours atypique que Marie-France Mourrégot se lance dans un long travail de recherche partagé entre la France métropolitaine et l’île de La Réunion. L’objectif de son projet de recherche, étudier la communauté indo-musulmane sunnite du département et plus globalement l’histoire de la diaspora, les activités commerciales relatives à cette diaspora et l’islam "réunionnais".


D’un volume de 534 pages, ce travail lève enfin le voile sur la minorité musulmane d’origine indienne installée à La Réunion depuis la seconde moitié du XIXème siècle. Occupant, selon l’auteur, une place prépondérante sur « l’échiquier socio-économique » de l’île, ces immigrés devenus des marchands prospères tiennent les rênes d’une communauté bâtie autour de l’islam sunnite. Il y a encore deux ans, La Réunion est ainsi devenue la « tête de pont de la finance islamique en France ».

 Pour Marie-France Mourrégot, la dernière étape en date de cet imposant travail concerne la publication, il y a quelques semaines, de ces travaux de recherche, intitulés à l’origine "Une alchimie à la gloire d’Allah. Stratégies commerciales et institutions religieuses à l’île de La Réunion", sous forme synthétisée chez L’Harmattan. Une maison d’édition française tournée vers l’Afrique et les questions de développement.


« La visibilité tranquille de l’islam m’a "interpellée" »

Interrogée sur la raison de son intérêt pour la part musulmane de La Réunion, la chercheuse souligne une spécificité réunionnaise : la rencontre des civilisations.

« Rien ne me prédisposait à m’intéresser aux Indo-musulmans de La Réunion. Seul le hasard ou, si vous préférez, l’une de ces opportunités que la vie offre parfois et que l’on saisit ou pas m’a amenée à la rencontre de cette population qu’à La Réunion on appelle les Zarabes.

Alors qu’au milieu des années 1990, j’allais entreprendre un mémoire de maîtrise sur "La visite de l’émir Abd el-Kader à Paris en 1852", je suis allée en vacances à La Réunion où l’un de mes amis d’enfance était installé depuis peu. 

À cette époque, la métropole était agitée par des histoires de musulmans. Des jeunes filles étaient exclues de leur collège parce qu’elles portaient un foulard et régulièrement, un projet de construction de mosquée était prétexte à des remous au sein de la municipalité concernée.

À La Réunion, la visibilité tranquille de l’islam m’a « interpellée ».

J’ai donc changé l’orientation de mes recherches et me suis depuis lors consacrée à la minorité indo-musulmane qui vit chez elle dans ce département français. Mon envie de connaître son histoire, son itinéraire, sa manière de vivre, ses spécificités a rencontré la volonté de ses membres d’être mieux connus de leurs compatriotes et de la métropole. C’est ce qu’avec leur aide, je me suis efforcée de faire. 

Une précision s’impose : les Indo-musulmans dont je parle avec vous sont les sunnites. D’autres Indo-musulmans vivent à La Réunion, ce sont des shiites qui vivaient à Madagascar avant d’en être chassés par les émeutes xénophobes dont ils ont été l’objet dans les années 1970. Ils ont leurs propres structures religieuses, leurs propres organisations communautaires. Les uns et les autres vivent en bonne intelligence. »


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