Culture et identité

Un merveilleux spectacle en soutien à Jean Ferrat et son combat

Samedi dernier au Port, avec le trio Oté Pirates

Témoignages.re / 14 juin 2011

Malgré une couverture médiatique très abondante pour le Sakifo Festival et le spectacle de Laurent Gerra, un public nombreux a répondu samedi à l’invitation du Théâtre sous les Arbres au Port et participé à la soirée en hommage à Jean Ferrat, réalisée par les artistes du groupe Oté Pirates : Didier Delezay, Patrick Sida et René Sida. Les spectateurs ont été enchantés et très touchés par la prestation du groupe, qui ont repris avec un grand talent plusieurs chansons du célèbre artiste et militant français, disparu en mars 2010. « Un spectacle dédié à l’avenir », car le combat de Jean Ferrat et ses camarades est toujours vivant.

Quel bonheur déjà de voir un Théâtre sous les Arbres aussi rempli par un public mobilisé à ce point — dans un contexte pas facile — pour participer à une telle soirée. Cela prouve que les Réunionnais apprécient les qualités du trio Oté Pirates et sont attachés à l’œuvre de Jean Ferrat qui nous a quittés il y a un peu plus d’un an. Cela d’autant plus que les artistes ont fait un lien entre cet hommage à Jean Ferrat et sa visite du Port en mai 1972 (non pas 1973, comme nous l’avons écrit par erreur jeudi), à l’invitation de Paul Vergès, élu maire de la cité maritime l’année précédente.
D’ailleurs, ce qui a marqué cette soirée, ce fut entre autres ces dialogues fictifs tenus entre Jean Ferrat (Didier Delezay) et le Portois Nicaise (René Sida), installé dans son bidonville du Cœur Saignant. Les deux hommes ont notamment évoqué des moments très importants de l’Histoire des peuples de France et de La Réunion, comme la déportation des Juifs et des résistants par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale et la traite de nos ancêtres esclaves, qualifiés de « meubles » par la loi française.

« Ni jungle ni zoo »

Ces dialogues très riches, dont les textes étaient "cachés" dans les journaux communistes "l’Humanité" et "Témoignages", ont porté aussi sur l’engagement citoyen pour les grandes causes humaines et la solidarité avec les luttes de libération des peuples. Ils ont évoqué également les artistes prophètes comme Aragon et Brassens, les richesses de l’amour conjugal et les perspectives ouvertes par les combats du passé, avec « un autre avenir à inventer, ni jungle, ni zoo, et donc moins de souffrances ».
Bien sûr, les autres moments forts de cette soirée furent les nombreuses chansons de Jean Ferrat qu’ont interprétées les artistes et qui reprenaient ces différents thèmes de combats. On peut citer notamment "Potemkine", qui rend hommage à ces marins russes insurgés contre le pouvoir guerrier ; "Camarade", qui défend les valeurs et les principes du communisme ; "Berceuse pour un loupiot", qui dénonce « la bourgeoisie triomphante ayant planqué ses capitaux ». Sans oublier "Ma môme", "Maria", "Nuit et brouillard", "Le sabre et le goupillon", "Que serais-je sans toi ?", "Ma France", etc.

« Ne jamais se résigner »

Un autre charme de ce spectacle musical a été la créolisation de quelques chansons, comme "La Montagne", avec : « Kan la montagn i lèv, … i dékor nout réalité ». Ou bien cet appel de René Sida à Jean Ferrat : « Ou noré pi viv ankor inpé » et « sé pa domin nou va oublié ».
En tout cas, ce fut un spectacle vraiment merveilleux, qui a beaucoup ému le public. Raison de plus pour continuer comme Jean Ferrat notre combat jusqu’au dernier souffle, car celui qui voulait « mourir debout » et « ne jamais se résigner » a déclaré : « j’ai gardé intacte toute mon espérance ».

Correspondant


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