Culture et identité

Un nouvel hommage à Auguste Lacaussade

Fête de la poésie à Hell-Bourg

Correspondant Témoignages / 8 août 2016

Le dimanche 31 juillet dernier, une belle Fête de la poésie a été organisée à Hell-Bourg par l’Association des Amis d’Auguste Lacaussade, en partenariat avec la commune de Salazie, en hommage à ce grand poète réunionnais anti-esclavagiste du 19ème siècle (1815 – 1897). Le contenu très riche de cette journée, organisée dans le cadre de la commémoration de la mort d’Auguste Lacaussade, a été marqué par plusieurs événements.

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Le recueillement et le discours prononcé par Proser Ève devant la tombe d’Auguste Lacaussade dans le cimetière d’Hell-Bourg.

Elle a commencé par un recueillement et des discours prononcés devant la tombe du poète dans le cimetière d’Hell-Bourg, en particulier celui du professeur Prosper Ève, président de l’association, qui souhaiterait que ce lieu devienne un lieu incontournable du Cirque de Salazie en faveur des touristes...

Ensuite, il y a eu une déclamation poétique à Mare à Martin chez Mickaël Maillot, animateur de quartier et conteur devant des familles préparant le repas de midi.

L’après-midi fut consacré à un récit de poèmes, avec une première : la mise en musique des poèmes de Lacaussade par Jim Fortuné ; un album qui sortira en décembre prochain, distribué aussi dans les écoles...Selon un témoin de cet événement, « des textes très forts ont été lus par le Professeur Prosper Ève, place de la mairie d’Hell-Bourg. Des textes qui éveillent les consciences sur notre façon de vivre à La Réunion, sur les problématiques de l’alcool etc... Monique Séverin, Huguette Payet et d’autres militants culturels ont aussi présenté de très beaux poèmes ».


‘’Solidarité entre nous ! Wayo !’’

Voici des extraits de l’allocution de Prosper Ève au cimetière d’Hell-Bourg : « Auguste Lacaussade, le 31 juillet 1897, tu mourrais à Paris, dans la plus grande discrétion, car il était inutile de fournir à ceux qui te dénigraient l’occasion de te donner une dernière estocade. Tu as demandé qu’il en soit ainsi et ton vœu a été respecté. Poète, tu l’as été ! (…) Tu as été une lumière pour ton île natale. À seize ans, en 1831, tu glorifiais la nature et son créateur dans tes vers de jeunesse. (…) La poésie a été surtout pour toi une arme pour dénoncer les maux des sociétés de ton temps. Avec courage, tu as vanté les mérites des combattants pour la liberté. Et tes mots sont toujours d’actualité, ils valent pour notre temps d’irrespect et de haine de l’autre, temps qui refuse sous des prétextes fallacieux le message de paix et d’amour. (…)

Tu as découvert l’esclavage, fléau subi par ta mère, pendant ton enfance et ton adolescence. Tu ne l’as pas cautionné et si tu es devenu poète, c’est surtout pour terrasser ce mal. (…) N’oublions pas de le signaler, tu as subi à ton tour, de façon tout à fait inopinée, le pendant de l’esclavage, le racisme. Tu en as été marqué au fer chaud.

À l’âge de vingt-cinq ans, lorsque la concurrence entre la France et les autres États d’Europe fait sentir ses effets fâcheux, tu exprimes ton patriotisme en prenant des risques. (…) En 1848, tu accueilles la République avec bonheur, car tu sais qu’elle doit t’apporter le succès dans ton combat pour le triomphe de la liberté. Et à l’automne de ta vie, après l’épreuve du Second Empire, après la perte de l’Alsace-Lorraine, dans les heures graves pour la France, tu condamnes le régime autoritaire napoléonien, ses excès et ses manquements, tu applaudis le retour de la République et en visionnaire tu annonces le retour de ces terres perdues dans l’ensemble français. Et pour le dire, tes mots ont été vibrants. (…)

Comment rester inerte face à ton exemple ? Tu nous invites à la réflexion sur les maux de notre société. Sur ce chemin, tu es pour nous un guide, un pédagogue. Devant ton œuvre, devant ton engagement, devant ton audace et devant ton courage, nous, les fils de saint Jean, nous les P’ti Jean, nous ne pouvons pas manifester notre impuissance, en restant les bras croisés face aux problèmes de notre temps. Nous devons prendre nos responsabilités et par le Verbe nous investir sans relâche, pour faire amorcer des évolutions. Semons des graines et prions pour qu’elles ne tombent pas que dans des terres stériles. Je livre à l’appréciation de toutes celles et de tous ceux qui sont là ce matin, ce poème tout nouvellement rédigé. Je te l’offre en cadeau : ‘’Solidarité entre nous ! Wayo !’’ ».


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