Culture et identité

« Une commémoration réunionnaise partagée »

Journée à la mémoire des engagés

Témoignages.re / 12 novembre 2011

Plusieurs centaines de personnes venues de toute l’île ont répondu hier à l’invitation de la Fédération Tamoule de La Réunion, présidée par Daniel Minienpoullé, à célébrer la 9ème édition de la Journée à la mémoire des engagés, à l’occasion de l’anniversaire de l’abolition de l’engagisme indien dans notre pays le 11 novembre 1882. Ce fut une célébration riche d’émotions, d’informations sur notre Histoire et de perspectives pour continuer à lutter ensemble afin de transformer notre société.

Cette journée à la mémoire de nos ancêtres engagés venus d’Inde mais aussi d’autres pays et ayant souffert des violences inhumaines de l’engagisme s’est déroulée hier matin sur le site des lazarets de la Grande Chaloupe, après des hommages aux stèles commémoratives de Bois Rouge, Grand-Bois, Piton Saint-Leu, Vue Belle La Saline et La Mare. Le public a d’abord pu visiter les expositions consacrées à l’engagisme et le village des stands animés par le Cercle Généalogique de Bourbon, Le Musée Lontan, l’Espace Culturel et Social du Kôyil de Saint-Denis, l’Association des Familles Hindoues, l’Association Tirouvallouvar, le Centre Régional Culturel Indien, Vanakkam Réunion.
Ensuite s’est déroulée la procession du banian au bord de mer pour un hommage mémoriel face à l’océan Indien, avec une cérémonie hindoue en présence des représentants religieux et culturels de différents horizons. Après le lancement de fleurs à la mer, la foule a rejoint le village des stands, où s’est déroulée une conférence avec les interventions de plusieurs militants culturels, artistes et responsables de collectivités.

« Un projet réunionnais sur la terre réunionnaise »

Cette conférence a été ouverte par la militante culturelle Annie Darencourt, responsable de l’UDIR (Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise), qui a lu un extrait du livre d’Alain Lorraine publié après sa mort en 1999 sous le titre : "La Réunion, île de mille parts". Ensuite, Michèle Marimoutou-Oberlé, une historienne qui a beaucoup travaillé sur l’évolution du site des lazarets depuis leur création en 1860 et sur la réhabilitation de ce site depuis plusieurs années, a présenté un rappel historique de ce lieu de mémoire très important pour tous les Réunionnais.
Le témoignage de Sonia Canaguy sur l’arrivée de sa grand-mère à La Réunion en tant qu’engagée indienne en avril 1881 a fortement illustré cette importance. D’autant plus qu’elle a souligné « l’amour de la liberté » qui a marqué la vie de son ancêtre.
Le président de la Fédération Tamoule de La Réunion est intervenu pour rappeler le travail accompli par son association et ses partenaires depuis neuf ans pour célébrer cet événement historique que fut l’abolition de l’engagisme indien à La Réunion et pour en faire « une commémoration réunionnaise partagée ». Daniel Minienpoullé a souligné que ce travail doit continuer et s’amplifier plus que jamais afin de « faire vivre tous ensemble l’Histoire réunionnaise » mais aussi et surtout pour « construire un projet réunionnais sur la terre réunionnaise ».

Un combat de plus de 52 ans

Cette vision réunionnaise et les perspectives d’avenir ouvertes par la culture de notre mémoire historique ont été exprimées ensuite par plusieurs intervenants, comme Éric Murin, président du CRAN, et par Édouard Gokalsing, adjoint au maire de La Possession. Elles ont également été illustrées par la présence de plusieurs représentants des associations membres du Kolèktif Lané Élie (KLÉ), comme le Komité Éli, le GOPIO, Rasine Kaf, le groupe Réyoné Soubat Kont Profitèr, le Cercle Philosophique Réunionnais et le coordonnateur du KLÉ, Sudel Fuma, directeur de la Chaire UNESCO à l’Université de La Réunion, qui a organisé avec plusieurs partenaires de nombreuses actions dans toute l’île depuis le début de l’année pour célébrer le 200ème anniversaire de la révolte de nos ancêtres esclaves dans la région de Saint-Leu.
Des représentants d’autres collectivités ont également pris la parole : Serge Camatchy pour la Région et Joseph Sinimalé pour le Département. Enfin, deux autres poèmes lus par Annie Darencourt (l’un de Jean-François Samlong et l’autre de Gilles Sagodira — voir encadré ) ont montré que la mobilisation doit continuer pour faire respecter les droits du peuple réunionnais en termes de reconnaissance de son identité, de justice sociale et de responsabilité politique. Un combat que le Parti Communiste Réunionnais mène avec les autres forces démocratiques depuis plus de 52 ans…

Correspondant

L’engagisme, un crime contre l’humanité

Nous publions ci-après le poème écrit par le Dr Gilles Sagodira ce 11 novembre 2011 et lu publiquement par Annie Darencourt. Cet enseignant-chercheur au Département des Sciences de l’Éducation à la Faculté des Lettres de l’Université de La Réunion, professeur de Tamoul, est également un poète, un peintre et un pacifiste. Mais son travail militant ne s’arrête pas à l’Inde ; il mène aussi des actions humanitaires pour aider les enfants orphelins d’Afrique, dont les parents sont morts à cause du VIH. Pour en savoir plus, vous pouvez visiter son site : Tan’Amar SAGO FOUNDATION.



Il n’y a pas de démon qui puisse atteindre la dignité humaine,

Telle était la devise de nos ancêtres,

Ceux qui ont franchi le sombre océan

Pour découvrir de nouvelles humiliations et privations

Et par dessus tout, la rupture avec la Mère patrie.

Personne ne peut comprendre un tel état de colère et de damnation.

Des contrats bafoués, des corps battus,

Des êtres trahis et des Ames oubliées

Pourquoi tant de souffrances ?

Le temps ne peut effacer le fardeau de la Vérité

Ni bâillonner l’esprit de réconciliation.

Chacun de nous est un Messager

De l’Amour et de la Paix

Pour toute l’Humanité.

Laissez-nous pardonner l’aveuglement du passé,

Laissez-nous oublier les errances de nos aînés,

Laissez-nous guérir les plaies de nos âmes,

Laissez-nous prier pour un jour nouveau,

Et pour une seule et dernière fois,

Laissez-nous déclarer l’Engagisme,

Un crime contre l’Humanité !

Gilles Sagodira



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  • EN PARTAGE ENTRE NOS ILES ET NOS HISTOIRES :
    LE 2 NOVEMBRE 2011, À L’AAPRAVASI GHAT : LE 177ÈME ANNIVERSAIRE DE L’ENGAGISME À MAURICE.
    Khal Torabullyvendredi 4 novembre 2011

    A) Une célébration placée sous le signe du dialogue et de la diversité liée à l’engagisme

    Ce matin, pas loin des quatorze marches que gravirent jadis les engagés en provenance des Indes, mais aussi d’autres terres, pour rejoindre leurs champs de cannes, l’état mauricien a choisi de célébrer avec faste et solennité le 177ème anniversaire de l’arrivée des engagés au pays mauricien.
    Si depuis 5 ans, les célébrations présentent danses, chants, tableaux théâtraux ponctués des discours des officiels, cette année semble souligner un fait : Maurice affiche sa volonté, en sus de son devoir de mémoire, de faire un travail de mémoire, apte à dépasser certains écueils qui fragmentent son identité, en mettant en exergue la nécessité de la diversité de la nation mauricienne, dont la crête affirmée au plus haut niveau de l’état est le dialogue nécessaire entre les mémoires de l’esclavage et de l’engagisme.
    Les étapes menant à l’engagisme et Maurice ont été rappelées tour à tour par l’ambassadeur de l’Inde à Maurice, le Président de la République et le PM mauricien, depuis les régions de Calcutta, les fausses promesses, notamment, quand les recruteurs véreux promettaient au candidat et à la candidate au voyage, que dans ces terres lointaines, "qui soulève des pierres trouve de l’or". Puis, la peur du kala pani ou des eaux noires, l’embarquement sur des bateaux, les maladies et conditions de voyages souvent tragiques, la désillusion une fois débarqués, la résilience, le sacrifice pour faire de Maurice ce petit pays où il fait bon vivre, en dépit de ses faiblesses...
    L’ambassadeur de l’Inde a rappelé le concept de ’jahaji bhai’ (frères de bateaux), cette fraternité née en face des duretés de la traversée océanique, ces liens ténus qui résistaient jusqu’au pays promis, au-delà des castes et des religions, unissant tamouls, hindous, musulmans, marathis... Et brahmanes comme harijans, car la mer et le système d’exploitation effacent les clivages traditionnels et fait prendre conscience aux engagés qu’ils sont bien sur le même bateau, au sens propre comme au sens figuré. Concept aujourd’hui perdu dans la culture divisive... Et il est bon que l’on cherche à réactiver cet esprit d’unité dans la diversité face à l’adversité...

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    http://www.montraykreyol.org/spip.php?article4970

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