Hommage

Faire revivre notre Histoire

Hommage aux ancêtres morts sans sépulture à Sainte-Suzanne

Témoignages.re / 2 novembre 2013

A l’occasion de l’hommage aux esclaves morts sans sépulture, l’historien Sudel Fuma et le Sénateur Paul Vergès ont tenu une conférence sur la période coloniale à La Réunion, notamment le thème du 350ème anniversaire du peuple réunionnais, et les causes de la mort des ancêtres sans sépulture.



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Avant la conférence, un hommage à la stèle honorant la mémoire des ancêtres morts sans sépulture. Ici le discours de Maurice Gironcel, maire de Sainte-Suzanne.

Aboli le 20 décembre 1848 à La Réunion, l’esclavage aura duré près de deux siècles et concerné près de 60.000 esclaves. Cette partie de l’Histoire « doit être réfléchie par les jeunes et il faut travailler à notre Histoire », a introduit Sudel Fuma, professeur d’Histoire à l’Université et directeur de la Chaire UNESCO à La Réunion. Dans un contexte de violence, l’historien explique que l’histoire de La Réunion est « à l’origine d’une monstruosité de l’Histoire » , car après l’esclavage persiste l’engagisme, « même système colonial » sous une appellation différente.

Des morts atroces

Sudel Fuma a expliqué durant une heure « comment meurent les esclaves à Bourbon ». De leur départ en bateau du Mozambique, Zanzibar, Inde ou encore d’Indonésie, des milliers d’esclaves mourraient dans « l’univers mortifère des navires négriers », où ils subissaient des mauvais traitements, la promiscuité ou encore de maladie. Jetés par-dessus bord, « la mer devenait leur sépulture ». Une fois arrivés et vendus, le Code noir organisait la vie des esclaves, qui « étaient des objets » devant être rentables. Leurs morts s’expliquent par un rythme de travail effréné et une « barbarie institutionnalisée ». Lorsqu’un esclave décédait, les propriétaires recevaient une indemnisation.

Très souvent tués à la hache afin d’humilier et de marquer les esprits, les esclaves pour la plupart n’avaient pas de sépulture, a expliqué Sudel Fuma. Jetés aux ordures ou laissés sur place par les chasseurs, des milliers d’entre eux n’ont pu avoir de tombe, bien que certains aient pu être enterrés dans les 12 cimetières d’esclaves construits pour des raisons de salubrité publique. Mais la grande majorité des esclaves décédait sans cérémonie officielle, ni bénédiction. Face à leurs conditions de vie et de travail, des esclaves se suicidaient soit par pendaison, noyade, ou « ils jetaient leur corps, comme di Créole », a indiqué l’historien.

En dépit de l’interdiction pour eux de pratiquer leurs croyances, le culte des ancêtres se faisait par les esclaves de manière clandestine, ils honoraient leurs morts. Une situation jugée révoltante par Paul Vergès, qui a expliqué qu’en plus d’être « capturés, transportés, exploités, à leurs morts, on ne les honoraient pas ». Et pire, les esclaves n’avaient pas le droit de pratiquer leurs religions, leurs croyances, étant obligés par le Code noir d’adopter celles des propriétaires.

L’égalité et l’unité pour changer les mentalités

De son côté, Paul Vergès a rappelé que le peuple réunionnais est né de l’esclavage et des viols qui en ont découlé. Face à cette réalité, il y a une volonté de tromper l’Histoire et de mentir pour formater les esprits, a expliqué ce dernier. Les villes côtières de l’île portent des noms de saints tandis que les villes intérieures possèdent des noms d’esclaves. Face à cette « barbarie institutionnalisée », des personnages comme Colbert, auteur du Code noir, ou encore La Bourdonnais et Napoléon sont considérés comme de grands hommes, bien qu’ils aient perpétré l’esclavage, « ignorant leur martyre ».

Le Code noir est une loi proclamée pour diviser les Réunionnais en deux, d’un côté les blancs et de l’autre les noirs. Cette division perdure encore aujourd’hui et il ne faut pas s’étonner du racisme à La Réunion et de la prédominance d’une religion. Ces valeurs ont intoxiqué les gens et elles subsistent encore aujourd’hui, véhiculant l’idée selon laquelle « le noir est inférieur » . Pour retrouver l’Histoire de La Réunion et réunir les cultures et civilisations qui ont formé le peuple réunionnais, un projet avait été proposé.

La Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR) a pour but de faire que chacun se réapproprie son histoire. Mais une décision politique aura interdit « cette égalité entre tous les hommes ». La lutte idéologique persiste d’autant plus aujourd’hui et demande à ce que chacun prenne conscience de sa responsabilité vis-à-vis de l’Histoire et des ancêtres, car « c’est de notre devoir de faire connaitre notre Histoire » qui est bâtie sur l’esclavage, mais aussi l’héroïsme d’hommes et de femmes qui se sont révoltés.


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