Hommage

Gisèle Rabesahala interdite d’entrée à La Réunion

La répression pour faire taire la solidarité entre nos deux îles

Témoignages.re / 30 juin 2011

Depuis mardi, une foule nombreuse se presse au siège du Comité de solidarité de Madagascar pour rendre un dernier hommage à Gisèle Rabesahala, présidente du Comité décédée lundi. Son engagement militant, Gisèle Rabesahala l’a mis au service de son peuple, mais aussi de la solidarité avec la lutte du peuple réunionnais pour le respect de ses droits. Comme de nombreux démocrates réunionnais, elle a connu la répression avec l’interdiction de se rendre à La Réunion. La décision prise en 1968 par le préfet n’a jamais été formellement abrogée, quel que soit le gouvernement en place.

Dans l’interview qu’il a accordée hier à notre journal, Julien Ramin évoque une décision prise par le pouvoir de l’époque, l’interdiction de séjour prononcée à l’égard de Gisèle Rabesahala. Dans son ouvrage (voir page suivante), l’ancienne secrétaire générale de l’AKFM rappelle que c’est au retour au pays qu’elle a appris la nouvelle : les trois invités malgaches du 2ème congrès du PCR n’avaient plus le droit de revenir à La Réunion.
Il est important de rappeler qu’au moment où cette décision a été prise, l’État combattait fermement toute expression démocratique à La Réunion. Le suffrage universel n’existait plus. Trois ans avant cette décision, c’est-à-dire en 1965, les élections municipales avaient montré jusqu’où la fraude cautionnée par l’État pouvait aller. Dans 7 communes, les candidats soutenus par la Préfecture avaient officiellement raflé 100% des suffrages : Sainte-Suzanne, Bras-Panon, Saint-Benoît, Trois-Bassins, Les Avirons, L’Entre Deux, Cilaos et La Petite-Île. À Saint-André, les ultras étaient crédités de 99,7%, 99,8% à Saint-Joseph, 99,2% à La Possession, 95,6% à Saint-Pierre, 96,7% à Saint-Louis… voilà comment le pouvoir avait supprimé le suffrage universel à La Réunion.

La solidarité de Madagascar

Malgré tous les moyens de l’État, les nostalgiques du statut colonial n’avaient pas réussi à faire taire le peuple réunionnais. 43 saisies et une peine de prison ferme à l’encontre de son directeur Paul Vergès n’avaient pas fait taire "Témoignages", tandis que le Parti communiste réunionnais continuait d’incarner l’espoir de la libération. Les morts, les bourrages d’urnes, la répression et l’exil n’avaient pas entamé la solidarité du peuple réunionnais envers son parti, bien au contraire.
C’est donc dans un contexte très difficile que le Parti communiste réunionnais organise son second congrès. Il se tient en 1968, à Saint-Paul. Le Parti ne pouvait disposer d’aucune salle, qu’à cela ne tienne, les militants allaient en construire une en un temps record en s’appuyant sur l’ingéniosité réunionnaise. Ils bâtirent une grande salle verte bordée par des feuilles de coco, abritée par des feuilles de latanier et décorée de fleurs, feuilles de palmistes et autres plantes multicolores. La solidarité envers la lutte des Réunionnais dépassait les frontières de l’île. C’est ce que rappelait la présence d’une délégation de Madagascar composée de Gisèle Rabesahala, secrétaire générale de l’AKFM, le docteur Charles Randriananja, vice-président de l’AKFM, et Jean de Dieu Razafindrakato, rédacteur et gérant du journal "Imongo Vaovao".

Interdiction jamais levée officiellement

Dès leur retour à Madagascar, les membres de la délégation apprenaient que le préfet de La Réunion décidait de leur refuser l’entrée dans notre île, et de les expulser s’ils tentaient de passer outre.
C’était la sanction infligée pour leur participation au congrès du Parti communiste réunionnais, où ils avaient apporté au peuple réunionnais la solidarité de leurs frères malgaches. Le Docteur Randriananja avait d’ailleurs souligné lors de ce congrès qu’il voyait beaucoup de visages familiers, signes des liens de sang qui unissent nos deux pays.
S’en était trop pour un pouvoir qui voulait nier au peuple réunionnais toute identité, en plus du droit d’élire ses représentants.
Cette décision scélérate allait être maintenue, même lorsque Gisèle Rabesahala est devenue ministre de la Culture et de l’Art révolutionnaire en 1977. Quatre ans après l’entrée de Gisèle Rabesahala au gouvernement, c’est l’alternance en France, mais l’interdiction n’est pas abrogée. En effet, il est à noter que cette interdiction prononcée officiellement n’a jamais été annulée formellement. Aucun acte officiel n’a en effet été produit pour revenir sur cette décision scélérate. Cela n’a pas empêché Gisèle Rabesahala de venir rendre visite plusieurs fois à notre pays, toujours porteuse de ce message de solidarité pour faire triompher nos luttes communes.

Manuel Marchal


Gisèle Rabesahala, Charles Randriananja, et Jean de Dieu Razafindrakato interdits de séjour

La décision scélérate d’un État partisan

Voici les arguments utilisés par le préfet dans son arrêté d’interdiction d’entrée à La Réunion prononcé à l’encontre de Gisèle Rabesahala, Charles Randriananja, et Jean de Dieu Razafindrakato :

« Ces personnes ne pourront à l’avenir entrer à La Réunion et seront expulsées. [Elles] se sont crues autorisées à faire des déclarations publiques attaquant les réalisations de la France et de son gouvernement, et les ont sciemment diffusées. (…) La présente décision, qu’il faut souhaiter être la dernière, ne change en rien la liberté de circulation entre Madagascar et La Réunion, et qui est un aspect des liens d’amitié existant entre la France et Madagascar ».

Il est à noter que si Gisèle Rabesahala et Charles Randriananja représentaient l’AKFM au 2ème congrès du PCR et ont pris la parole, tel n’a pas été le cas de Jean de Dieu Razafindratako. Ce dernier était venu en tant qu’envoyé spécial du journal "Imongo Vaovao". Mais il est aussi visé par l’arrêté préfectoral pour des « déclarations publiques » qui n’ont jamais eu lieu.
Cette décision est tout à fait révélatrice du rôle de l’État à cette époque : un instrument pour combattre le PCR, les démocrates réunionnais et leurs amis. Si Gisèle Rabesahala, Charles Randriananja, et Jean de Dieu Razafindrakato ont été interdits de séjour dans notre île, c’est uniquement pour avoir participé à un congrès du PCR.


Demain à la mairie du Port

Hommage à Gisèle Rabesahala

« Gisèle Rabesahala vient de disparaître, ce lundi 27 juin, au lendemain de la Fête nationale malgache. Elle était dans sa 82ème année. Ses obsèques auront lieu vendredi 1er juillet. Au moment où les Malgaches lui témoigneront de leurs souvenirs, le Parti communiste réunionnais invite la population, le même jour, à une cérémonie en hommage à une grande figure de la politique malgache à la Mairie du Port.

À 15h : un registre de condoléances sera ouvert au public
À 17h : des allocutions rappelleront le combat de Gisèle en faveur des Malgaches et son attachement à la solidarité entre Madagascar et La Réunion

À 19 ans, Gisèle a vécu directement les évènements du soulèvement des Malgaches et le massacre de 100.000 de ses compatriotes par l’armée coloniale ; après la dissolution du Parti démocrate malgache, elle a fondé le Comité de solidarité malgache, Fifananpianana Malagasy, pour disposer d’une structure de lutte ; plus tard, dirigeante du parti politique AKFM, elle a occupé des fonctions ministérielles et a été décorée de hautes distinctions. Gisèle a été une grande militante de la cause réunionnaise. Ce qui l’a conduite à côtoyer de nombreux Réunionnais, politiques et syndicalistes, ici et ailleurs. Elle fut également une grande figure des forums mondiaux où se discutait l’avenir de l’humanité. Sa disparition dépasse les seules frontières de son pays.

Soyez les bienvenus !

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