Hommage

Hommage à André Gontier

Raymond Lauret / 30 juin 2015

« Lorsque en 1971 André Gontier a été battu aux municipales par Paul Vergès, j’ai eu le sentiment qu’il était soulagé de laisser la place de Maire à quelqu’un qui, de son point de vue, avait manifestement une vision de l’avenir que beaucoup d’autres n’ont pas… »

André Gontier, qui fut Maire du Port de Mars 1962 à Mars 1971, est décédé jeudi dernier 25 juin. Le lendemain, dès 14 heures, plusieurs centaines d’hommes et de femmes emplissaient l’église de la cité maritime où se déroulaient ses obsèques. Une allée de jeunes et de moins jeunes revêtus du maillot mauve de la Jeanne d’Arc était là pour accueillir celui qui fut l’emblématique Président de leur club de foot.

A la fin d’une cérémonie particulièrement émouvante, choisi par la famille pour rendre un hommage public à celui qui fut aussi pendant 25 ans président du club de football « La Jeanne d’Arc », le pharmacien Claude Rousse demanda alors à quatre personnes représentant la diversité portoise de le rejoindre derrière le micro. Je fus appelé ainsi que Ginette Souprayen, Jacky Grenier, Guy Pernic. Si ces trois derniers sont bien connus pour être des tout proches d’André Gontier, personne n’a oublié qu’en ce qui me concerne, je fus sur la liste de Paul Vergès lors des élections municipales de 1971, élections qui virent la défaite d’André Gontier. Ce que ne manqua pas de souligner Claude Rousse.
Ainsi était publiquement relaté un aspect particulièrement attachant de la personnalité d’André Gontier.

Une petite, mais très significative anecdote : je me rappelle parfaitement que, sitôt proclamés les résultats du scrutin des municipales du 21 mars 1971 qui voyaient sa défaite, André Gontier m’avait fait part de son souhait de recevoir Paul le soir même. J’ai donc assisté à cette entrevue qui eut lieu dans le bureau du Maire du Port, au premier étage de la Mairie. Il y eut cette phrase d’André à Paul : « C’est un honneur pour moi d’être remplacé à ce poste de Premier magistrat par un homme tel que vous. Je ne doute pas que vous saurez poursuivre le travail qui a été commencé… ». Le mardi suivant, l’ancien Maire recevait celui qui allait lui succéder pour faire un tour de la ville. Je ne doute pas que André Gontier a alors mis l’accent sur ce qu’il avait réalisé ou qui était entrepris et qui lui tenait à cœur.

Comment j’ai vécu l’élection d’André Gontier lorsqu’il fut élu en Mars 1962 :

En 1962, j’ai 16 ans. Notre île vit l’époque des violences électorales orchestrées depuis la Préfecture, avec la bénédiction de l’Etat. Chaque élection voit les forces dites de l’ordre chasser les mandataires communistes des bureaux de vote pour laisser place libre aux falsificateurs du suffrage universel. Le 25 Mars de cette année-là, avec beaucoup d’autres jeunes et moins jeunes, je me retrouve face aux CRS pour défendre, quel que soit le risque pris pour chacun d’entre nous, le grand principe de la démocratie. Nous nous devions de lutter contre la fraude électorale. Et nous nous sommes battus… Pas contre un homme. Nous sommes battus pour la démocratie.
En 1964, au retour d’un match de foot à Saint-Louis, dans sa voiture qui nous ramenait tous les deux au Port, je fus fortement ému par André Gontier quand, d’une voix remplie d’émotion, il me confia que cette élection du 25 mars restera pour lui comme une tâche dans sa vie. Il me confia aussi que le Préfet de l’époque lui avait dit que s’il refusait d’être candidat, il n’y avait personne ayant un peu de profil pour être Maire d’une cité aussi importante pour le développement de l’île. Et puis, il avait reçu l’assurance que les choses se passeraient normalement et que les moyens financiers suivraient. Une fois proclamé élu, se disant que si ça n’avait pas été lui, c’aurait été un autre, et que c’était peut-être là son destin, il eut alors comme seul souci l’ardent désir de travailler pour le développement de sa ville.
« Cette confession d’André Gontier m’avait alors marqué. Je me suis dit que je me devais de tourner la page du passé et cesser de lui en vouloir pour l’erreur d’un moment. Comme d’autres Portois, j’ai vu qu’il travaillait dur pour sa ville. Et il était accessible. Je crois bien que c’est ce qui a fortifié l’estime réciproque que nous nous sommes alors portée…

Pourtant, en 1971, je suis avec Paul Vergès… contre André Gontier :

Je suis fils d’une famille classée à gauche. Je me sens chrétien de gauche. Ma logique est de répondre à la demande de Paul d’être sur la liste qu’il conduira au Port, avec des noms de militants qui ne sont pas sans signification pour moi. Et le 21 mars suivant, André Gontier est battu. Je ne ressens alors chez lui aucune animosité vis-à-vis de nous. J’ai même le sentiment qu’il se sent soulagé de laisser la place de Maire à quelqu’un qui, de son point de vue, a manifestement une vision de l’avenir que beaucoup d’autres n’ont pas.

En 1983, il y a introduction de la proportionnelle. La liste conduite par André Gontier est battue. Avec trois autres de ses colistiers, il siège dans l’opposition. Très vite, il se démarque de ses amis. Il se refuse à l’opposition systématique. Pour lui, quand c’est bon, on doit voter. Seul le développement de la cité portoise importe. Il acceptera d’être le rapporteur de la Commission économique et financière que je préside alors. Oui, je l’ai apprécié. C’était ça, André Gontier : un vrai démocrate, un Réunionnais. Il entendait que soit poursuivi l’énorme travail qu’il avait commencé en matière de zone industrielle, de cités, de groupes scolaires, d’équipements sportifs, de voiries. Il ne vivait pas dans l’idée que lui seul avait été capable…

Tout naturellement, en 1985, l’Office Municipal du Sport lui décerne le « Mérite Sportif de la Ville :

Ce qu’il avait fait comme Maire en matière d’équipements sportifs le justifiait amplement. Et puis, pendant de très nombreuses années, il avait assuré un travail de titan au sein de la Jeanne d’Arc. Mais plus que cela, c’est son attitude constructive vis-à-vis de la politique sportive de la ville qui en faisait un citoyen de bon sens et de valeur. J’en ai souvent causé avec lui. Des « opposants » comme il l’était, j’en redemande. À l’OMS, nous en étions pleinement d’accord…

Faut-il, comme l’a demandé Valérie Auber, débaptiser le Stade Lambrakis pour l’appeler « Stade André Gontier » ?

Si j’avais été au Conseil Municipal, je refuserais que l’on oppose Georges Lambrakis et André Gontier. Je suis d’ailleurs certain que Dédé Gontier serait d’accord avec moi. C’est comme le « Stade Nelson Mandela » à la Rivière des Galets ou le Collège « Edmond Albius ». On ne débaptise pas… Je mets cette suggestion de Valérie Auber sous le coup de l’émotion, émotion que personnellement je comprends. Par contre, il est évident qu’un grand équipement, notamment sportif, pourrait porter le nom d’André Gontier. Je n’ai pas à faire publiquement des propositions. Il y a des instances élues pour cela…
Et si on me demandait à quoi je pense, je répondrais que je n’ai à penser à rien. Ce n’est pas mon rôle. Je ne suis plus élu. J’ai seulement beaucoup de reconnaissance et de respect pour ce personnage remarquable que restera à jamais André Gontier. Un homme dont on peut dire qu’il a apporté sa pierre à la construction de la ville du Port. Il mérite la reconnaissance publique.

Pour conclure, je dirais qu’André Gontier a eu une vie politique simple et dense. Il s’est imposé en se battant contre ceux qui l’avaient poussé à se présenter et qui, une fois l’élection faite, ont cherché à le freiner dans son souci de développer sa Ville. En peu de temps, il a fait beaucoup. De plus, nous le savons tous, il a sacrifié sa vie professionnelle pour remplir ses fonctions électives. Beaucoup ne peuvent pas en dire autant.

Lorsque vendredi dernier, le cortège funéraire est arrivé à la nuit tombée au cimetière de Saint-Joseph où se trouve le caveau de la famille Gontier, le Maire Patrick Lebreton entouré de plusieurs élus de la ville, le dirigeant sportif Goulam Gangate et d’autres Saint-Joséphois étaient là pour saluer une dernière fois l’ancien Maire d’une commune de La Réunion et l’ancien Président de club de foot que restera toujours dans nos mémoires, Dédé Gontier. Très bel hommage de La Réunion à un Réunionnais.
Pour terminer, je me permets cette intrusion dans sa vie de couple : l’amour qui les unissait, son épouse et lui, forçait l’admiration. Pour ma femme et moi, pour d’autres amis aussi, c’était un plaisir de les rencontrer, parfois par surprise, chez lui ou chez nous. Oui, un grand plaisir.

Salut Dédé…


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