Hommage

HOMMAGE A MADIBA

Témoignages.re / 7 décembre 2013

Radjah Véloupoulé

« Nelson Mandela : le devoir de non-violence »

Le Mahatma Gandhi a écrit dans Les lettres à l’ashram : "Si je devais choisir entre la lâcheté et la violence, je choisirai la violence". Cette phrase méconnue du père de l’indépendance de l’Inde résume à elle seule la difficulté et le défi auxquels a dû se confronter Nelson Mandela toute sa vie durant. Emprisonné 27 ans, premier président noir de l’Afrique du Sud, Madiba a adopté une éthique, une responsabilité et une politique qui font de lui un membre à part entier du cercle très fermé des apôtres de la non-violence. À l’instar du Mahatma Gandhi, du pasteur Martin Luther King, du Pape François, du Dalaï-Lama, pour ne citer que les plus célèbres, et contemporains, Nelson Mandela a élevé l’humanité à un niveau de conscience rarement atteint. Tant il est vrai que la violence fait partie intégrante de l’homme de par son origine animale, tant le ressentiment et le désir de vengeance nourrissent les plus bas instincts, il est d’autant plus vrai que "l’espèce humaine est quelque chose qui doit être surmonté" (Nietzsche). Quand une telle personne de par son exemple vivant donne à contempler cette envergure d’esprit, on se prend à espérer encore. Bien sur, beaucoup reste à faire, et les générations à venir devront se souvenir et perpétuer le message de celui qui a réactualisé de tout son être :"Tous les hommes sont frères".

Association Rasine Kaf

« Sa foi en l’homme ne l’a jamais quitté »

C’est avec une grande émotion que nous avons appris ce matin la mort de Nelson Mandela, un homme d’exception, un guide, un combattant inlassable pour la liberté, la justice et la paix. Sa détermination à mettre un terme à l’apartheid en Afrique du Sud l’a mené en prison pendant 27 ans, mais sa foi en l’homme ne l’a jamais quitté, sa volonté de faire reconnaître les droits de l’homme, notamment par le droit de vote, un homme, une voix, le slogan de l’ANC et de tous les hommes noirs d’Afrique du Sud privés de ce droit fondamental.

Nous avons accompagné ce combat, notamment à travers le Comité Anti-Apartheid à la Réunion. Et pour nous tous ce fut un jour de gloire lorsqu’il a été libéré et pris ensuite la présidence du gouvernement sud-africain.

Ce qu’il a mis ensuite en place pour que son pays retrouve la sérénité, notamment à travers la Commission Vérité, et Réconciliation est un exemple pour le monde entier.

Mandela, sa vie, son parcours est un phare pour le monde entier. C’est vers son message que nous devons nous retourner constamment dans ces moments de guerre, de terrorisme, de racisme, notamment à travers la montée du Front national en France.

C’est encore son cri « un grand cri nègre » comme dit Aimé Césaire que nous devons entendre de nouveau pour que nous puissions retrouver un équilibre dans nos pensées et ne pas nous laisser dévier vers tous ces extrêmes qui tue l’humanité en nous.

L’association Rasine Kaf appelle à un grand rassemblement en l’honneur de Mandela, tous ensemble réunis dans un même recueillement, dans un même hommage. Que nous puissions tous ensemble l’accompagner vers cet au-delà qui ne peut l’accueillir qu’à bras ouverts.

Merci Nelson Mandela, merci pour cette immense leçon d’humanité que vous nous avez transmis.
Thierry Robert – député-maire de Saint-Leu

« Madiba a su anéantir à lui tout seul un régime raciste »

Ce matin, je ressens une profonde tristesse. Comme tous les Réunionnais, j’ai l’impression qu’au-delà du grand Homme, du héros de la lutte anti-apartheid, nous avons perdu un symbole. Bien avant sa libération en 1988, les Réunionnais se sont identifiés à lui, à son combat, à ses réussites.

Madiba comme on l’appelle a su anéantir à lui tout seul un régime raciste et devenir le premier président noir d’Afrique du Sud. Quel bel exemple aussi de respect des peuples et de démocratie nous a-t-il donné ! Qui aurait pu donner 27 ans de sa vie pour une cause et pardonner à ses bourreaux après avoir tant subi ?

Je tiens aussi à rappeler que Nelson Mandela connaissait bien l’océan Indien pour avoir participé au sommet de la SADEC à Maurice au début des années 2000. Son message de nation arc-en-ciel avait été repris. Les paroles de l’hymne national d’Afrique du Sud alternent les cinq langues les plus parlées et incarnent la plus belle des victoires de Nelson Mandela, celle de la réconciliation. C’est sûr, quand je revisionnerai « Invictus » avec Morgan Freeman, j’éprouverai toujours autant d’émotion pour cet homme hors du commun dont les actes ont marqué l’histoire à l’image de Gandhi ou de Martin Luther King. 
Jean-Régis Ramsamy - président du Gopio Réunion

« La Réunion de Nelson Mandela »

Il n’était pas écrit dans notre histoire, que Nelson Mandela foulerait le sol réunionnais. Il ne l’a pas fait. Un président du Conseil général lança une invitation il y a une dizaine d’années au père de la nationale sud-africaine. Mais la démarche ne devait pas aboutir. En histoire il n’y a jamais de détails, que des faits. (…)

A la fin du 19e siècle, des travailleurs sous-contrat s’installèrent dans nos îles et en Afrique du Sud. Souvent les membres d’une même famille pouvaient se retrouver à l’ile Maurice, La Réunion, l’Afrique du Sud ou la Malaisie etc. Ce qu’il advint notamment des Patair. Ces orfèvres, du bas de leur échelle sociale, accomplirent leur contrat d’engagement (souvent 5 ans), puis retrouvèrent leur métier premier l’orfèvrerie. Un fils d’engagés, le dénommé P.R. Pather (ou Pather), au début du 20e siècle quitta l’ile Maurice pour s’installer à Durban, considéré comme la capitale des Indiens d’Afrique du Sud.

Malgré le système abject de l’apartheid, la famille tenta de gagner sa vie. Les Indiens étaient d’ailleurs retenus dans des zones particulières, admirablement reconstituées par le film du Gandhi (R. Attenborought). De nombreux Indiens estimèrent qu’il était de leur intérêt de renforcer le camp de l’Anc.

Le fils de P.R. Pather médecin de profession devait faire une rencontre qui bouleversa sa vie. Dans le courant de l’année 1960, Massila Pather proposa au futur père de la liberté Nelson Mandela d’organiser une réunion secrète de l’ANC à son domicile de Durban. Le meeting eut lieu mais le docteur Massila paya cher cette provocation à l’égard du pouvoir afrikaner. Il passa lui aussi quelques mois en prison. (…)

Cette anecdote qui ne devait rester qu’un épisode de la vie trépidante du héros de l’Afrique du Sud libre, fut restituée dans la célébre biographie « A long walk to freedom » (2). Aux environs de 2005, Nelson Mandela fit une surprise aux descendants de cette famille en débarquant un soir à l’improviste dans une soirée d’anniversaire à Durban.

Lors d’un ses déplacements à l’ile Maurice à la fin des années 90, j’eus le privilège de couvrir avec mon collègue Moustapha Bourran, le sommet ACP/Europe. M. Mandela y participa. Le héros demeura inaccessible aux médias. Nous avons eu droit à quelques séquences d’images au jardin de Pamplemousses et quelques endroits encore. Finalement l’invitation locale faite au père de la nation sudafricaine n’eut point le temps d’aboutir même s’il n’était pas confirmé qu’il ne voulait pas venir dans notre département.

Sur notre sollicitation, son entourage nous confirma que M. Mandela souriait toujours lorsqu’il pensait au bon docteur Massila Pather de Durban. Que ce soit à Gandhi, à Tambi Naidu, ou à Jay Naidu (anc. Ministre des Télécommunications avec lui), Nelson Mandela conserva une profonde amitié à la communauté indienne où qu’elle se trouve.

(1) Histoire des bijoutiers indiens à La Réunion, Azalées Editions 1999.

(2) MANDELA Nelson, « Un long chemin vers la liberté », traduction Guilloineau, 1996, livre de poche.
Michel Fontaine – maire de Saint-Pierre et sénateur

« Homme de paix et d’unité »

Nelson Mandela n’est plus. Homme de paix et d’unité, c’est une grande

figure de l’humanité qui disparait. À la pointe du combat contre

l’apartheid, il a connu de longues années d’enfermement, de privation de

liberté, mais a continué inexorablement son combat pour l’égalité entre

tous les hommes et la libération de son peuple.

Père de la nation sud-africaine, il a su conduire son pays dans le chemin

de la réconciliation et fonder cette nouvelle "Nation Arc-en-ciel".

C’est un Grand homme, qui suscite notre respect unanime, dont le nom est à

jamais inscrit dans l’histoire, et plus particulièrement celle tourmentée

du XXème siècle.

Je tiens à lui rendre un hommage solennel et à souligner plus que jamais

la force de son message de paix.


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