Hommage

Hommage à Raymond Mondon

Il y a 40 ans disparaissait un grand Réunionnais

Témoignages.re / 6 août 2012

Pour commémorer le 40e anniversaire du décès de Raymond Mondon, Eugène Rousse a choisi de publier le texte de son intervention à l’Assemblée nationale le 14 juin 1956, et un poème d’Alain Lorraine consacré à l’illustre militant.

Le dimanche 6 août 1972, peu après 17 heures, la kermesse organisée dans la cour de l’école de garçons des Camélias est sur le point de s’achever. Soudain, un attroupement se forme autour de Raymond Mondon, le directeur de l’école, qui vient de s’affaisser au milieu d’un groupe d’enseignants et de parents d’élèves. Conduit immédiatement au CHD de Bellepierre, il meurt vers 17h30 d’une crise cardiaque.

Aussitôt, la nouvelle du décès de Raymond Mondon se répand dans toute l’île, provoquant la venue à Saint-Denis d’innombrables amis et camarades désireux de s’associer à la douleur de la famille du défunt au cours d’une veillée qui se poursuivit toute la nuit.

Le lundi 7 août, à l’heure de l’ultime adieu, une foule énorme se pressait au cimetière de l’Est à Saint-Denis. Une foule composée de modestes travailleurs, d’enseignants, d’hommes politiques et de syndicalistes de tous bords. Tous tenaient à exprimer leur immense gratitude à leur illustre compatriote.

Il est bon de rappeler que la vie de Raymond Mondon a été un combat sur tous les fronts, et qu’il a fortement marqué notamment la vie politique et syndicale de La Réunion.

À l’occasion du 40è anniversaire de sa mort, je veux lui rendre hommage en publiant le texte de son intervention à l’Assemblée nationale le 14 juin 1956, ainsi que le poème que lui a consacré le poète réunionnais Alain Lorraine.

S’agissant de son discours du 14 juin 1956 au Palais Bourbon, il me faut préciser que le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, René Billières, n’a pas respecté ses engagements relatifs à la création de l’École normale de La Réunion puisque cet établissement n’a ouvert ses portes qu’à la rentrée scolaire de septembre 1961, alors que cette ouverture aurait dû se faire 4 ans plus tôt.

Le même ministre n’a pratiquement rien fait pour le développement, à La Réunion, de l’enseignement technique et de l’enseignement préscolaire, malgré les demandes réitérées du député Mondon.

Eugène Rousse

Plaidoyer du député Raymond Mondon en faveur du système éducatif des D.O.M. à la tribune de l’Assemblée nationale

Nous reproduisons ci-après un extrait de la Séance du 14 Juin 1956 publié dans la brochure rendant hommage au grand militant, 20 après son décès. Les inter-titres sont de "Témoignages".

M. le président. La parole est à M. Raymond Mondon.

M. Raymond Mondon (Réunion). Mesdames, messieurs, à l’occasion de la discussion de ce chapitre du budget de l’éducation nationale, je voudrais présenter quelques brèves observations au sujet des départements d’outre-mer.

La situation dans ces départements, au point de vue de l’enseignement, est souvent bien différente de celle qui existe dans les départements métropolitains.

Je dois d’abord rendre hommage à l’effort important — il faut le reconnaître — qui a été consenti par le ministère de l’éducation nationale dans les départements d’outre-mer, depuis quelque cinq ou six ans.

Cependant, cet effort, si important soit-il, est loin d’être à la mesure d’une situation tout à fait exceptionnelle par rapport à la métropole.

« Retard de plusieurs dizaines d’années »

Les départements d’outre-mer sont, en effet, en retard de plusieurs dizaines d’années dans les différents domaines de l’enseignement, et l’Assemblée a dû tenir compte de cette situation particulière en votant une loi électorale spéciale prévoyant des bulletins de vote de couleurs différentes pour ces départements.

Par ailleurs, M. le ministre de l’éducation nationale lui-même, répondant à une question de M. Thamier, au cours d’une réunion de la commission de l’éducation nationale, le 22 mars dernier, s’exprimait en ces termes :

« Les départements d’outre-mer posent des problèmes délicats dont la gravité s’accroît du fait que la solution a été trop longtemps retardée. Je compte consacrer à ces départements un effort tout particulier. Je ne voudrais pas seulement les considérer comme des départements français, mais comme les départements français très gravement attardés. Il est certain qu’il faut des mesures d’urgence, des mesures spéciales » .

Je crains, cependant que, cette année encore, les crédits prévus dans le budget ne soient pas en rapport avec cette situation et que bon nombre de mes petits compatriotes ne connaissent pas de sitôt les bienfaits de l’instruction comme leurs frères de la métropole.

J’ai pu constater que le nombre de créations de postes déjà intervenu en mars dernier ou à intervenir en octobre prochain est nettement insuffisant. Le budget ne prévoit, en effet, en 1956 que 190 postes nouveaux dans les classes élémentaires, 50 dans les cours complémentaires et 10 dans l’enseignement agricole. Il ne prévoit aucune création pour les écoles maternelles.

Pas de place dans les écoles

C’est nettement insuffisant, compte tenu des locaux qui pourraient être disponibles à la rentrée d’octobre, malgré certaines difficultés de recrutement particulières à nos départements d’outre-mer.

La plupart des enfants de moins de six ans, de ce fait, à la rentrée d’octobre prochain, ne trouveront pas de place dans nos écoles maternelles. Ceux de plus de six ans connaîtront encore plus souvent des classes à mi-temps, et ceux de douze, treize et quatorze ans verront se fermer devant eux les portes des cours complémentaires aux effectifs déjà pléthoriques.

Il nous aurait fallu, en octobre prochain, compte tenu des locaux disponibles, je le répète, au moins 200 maîtres pour les classes élémentaires, 100 pour les cours complémentaires et 100 pour les écoles maternelles.

J’ajoute que cet effort devrait être poursuivi pendant de nombreuses années encore.

Je tiens à faire observer aussi que les délégations de crédits pour les constructions scolaires sont très insuffisantes. Les baraques couvertes de chaume et ouvertes au vent et à la pluie se multiplient dans nos départements d’outre-mer, tandis que des municipalités attendent depuis trop longtemps les subventions qui doivent leur permettre de construire de nouvelles classes ou de remplacer celles qui tombent en ruines.

Des instituteurs avec le brevet élémentaire

Pour ce qui concerne plus particulièrement le département de La Réunion, j’attire l’attention de M. le ministre de l’éducation nationale sur le fait que ce département est très déficitaire. De nombreux remplaçants qui tiennent des postes de titulaires n’ont souvent que le brevet élémentaire. La formation professionnelle de ces remplaçants et celle des élèves maîtres de quatrième année est assurée par un professeur certifié et un inspecteur primaire qui a, en outre, la charge d’une circonscription très étendue et mal desservie, comme tout le département d’ailleurs, en moyens de communication.

Il serait urgent, à mon avis, de créer un nouveau poste de professeur certifié ou d’un inspecteur primaire, en vue d’assurer et d’améliorer la formation professionnelle des élèves maîtres et des remplaçants. De même, il serait urgent de créer une quatrième circonscription primaire et de faire passer dans la réalité les promesses qui ont été faites au sujet de la construction d’une école normale.

Une école normale dans le budget 1956

A ce sujet, dans cette même réunion de la commission de l’Éducation nationale, M. le ministre de l’Éducation nationale a déclaré à M. Thamier que le programme de la construction d’une école normale à La Réunion a été approuvé, que le projet est en cours d’élaboration et que les travaux pourront commencer dès que les crédits prévus à cet effet seront inscrits au budget de 1956.

Je voudrais avoir l’assurance que ces crédits sont bien inscrits au budget de 1956. (M. le ministre de l’éducation nationale fait un signe d’assentiment).

Je vous remercie, monsieur le ministre, de votre approbation. Je vous demande maintenant de bien vouloir faire le nécessaire pour que ces crédits soient délégués le plus rapidement possible au préfet de La Réunion, afin que les travaux puissent commencer dans un très court délai.

Enfin, je désire attirer votre attention sur l’insuffisance du nombre des écoles techniques. Des municipalités ont manifesté le désir de voir créer de tels établissements dans leur commune. Il conviendrait que vous les encouragiez.

Telles sont, mesdames, messieurs, les observations que j’avais à présenter en ce qui concerne les départements d’outre-mer. Je souhaite qu’elles soient prises en considération. Je compte sur M. le ministre de l’éducation nationale pour qu’il en soit ainsi et j’espère que, très rapidement, les départements d’outre-mer deviendront de véritables départements français. (Applaudissements à l’extrême gauche et sur quelques bancs à gauche).
Poème d’Alain Lorraine

Raymond Mondon

J’étais lundi soir

à ton enterrement

Et il y a des moments

Je crois

On aurait presqu’envie

que des ciels existent

Des sortes de ciels

des paradis

Sans "Bon Dieu"

sans "curé"

sans "sermon"

Où tu débarquerais

sans rien dire

Pour te reposer un peu

de cette vie fiévreuse et juste

De cette couronne de sang

après la bataille

de cette mort volée

dans des quartiers étrangers

des lundis soirs.

Et avec toi

Y entreraient comme des princes

dans ce foutu paradis

Tous ceux que tu as aimés

Tous les soirs de combat

Que tu as traversés

Y entreraient avec toi

Comme des princes je te dis

des enfants oubliés par l’enfance

des chômeurs naufragés sur la route

Et surtout

Comme des princes je te dis

Les masses, toutes les masses

Qui font le printemps

Qui font la fête

Qui font la guerre

Dans nos villes

Dans toutes nos villes

1956

Raymond MONDON

Député communiste.

La vie donnée.

La vie volée.

Il y a des moments tu sais

On aurait presqu’envie

que des ciels existent

Des sortes de ciels des paradis

Sans "Bon Dieu"

sans "curé"

sans "sermon"

A.L.


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