Hommage

Hommage au Dr. Axel Saminadin Kichenin

Radjah Veloupoulé / 23 août 2017

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« S’enraciner ET s’ouvrir » dit Senghor, s’enraciner POUR mieux s’ouvrir suggèrent les autres, sans utopie aucune le regard froid sur un avenir pansant les plaies d’une inéquitable histoire, offrant une plus juste place à ceux des premiers bâtisseurs de cet espace Réunion, aspirant sincèrement à métamorphoser les Dieux de nos passions, ceux de nos rancœurs accumulées Nemesis (Dieu grec de la vengeance)-Engagé renaissant sous les traits d’Aphrodite(Déesse grecque de l’amour), quoiqu’il en soit un fait demeure essentiel à la continuité de notre saga, de notre destin, à l’avènement de ce providentiel maillon charnière d’avec le troisième millénaire qui discrètement frappe déjà à nos oreilles, pour simplement nous interpeller et il pourrait ainsi s’incarner :

« J’ai fait un rêve…’Nous avons, tous ceux venus des trois continents fait le meme rêve : A chacun selon sa Conscience mais à Tous le Devoir d’inventer une manière de vivre ensemble debout.’

Ainsi s’exprimait le Dr. Axel Kichenin, en conclusion de sa communication lors des Assises de l’indianité Reunionnaise, le 8 novembre 1996 à Saint-André.J’ai participé à la campagne électorale des cantonales en 1998, à ses côtés. Cousin de mon père, il incarnait à mes yeux celui qui avait gagné les municipales de Sainte-Marie en 1983, alors que j’étais adolescent, et représentait le symbole de l’émancipation des consciences face aux conservateurs historiques. Nimbé d’une sorte de gloire éternelle.

Ayant terminé mon cursus universitaire, en 1998, et acteur dans la formation professionnelle, je me tournais vers la politique, pour ne pas rester un « résigné-réclamant », comme dirait plus tard Jacques Attali (« Devenir soi », ed. Fayard, 2014). J’ai donc proposé simplement mon aide. L’accueil fut chaleureux et sans artifice, comme avec tout le monde, devrais-je l’apprendre un peu plus tard. Mes premières émotions devant un micro au milieu d’une foule rassemblée, les insultes et les quolibets, le rythme effréné des meetings, la tenue de bureau électoral avec ses diverses péripéties, l’angoisse des résultats, enfin ce qu’on appelle communément le « virus politique », toute cette portion de vie qui élabore un citoyen impliqué, je le dois au Dr. Axel Kichenin. J’y repense et je mesure à quel point une rencontre entre deux êtres humains peut se révéler déterminante. Il fut élu, et devint vice-président du Conseil General.

Outre cet épisode politique, j’ai côtoyé un homme d’exception. Médecin apprécié de tous ses patients qui ne redoutaient ni les files d’attente ni les consultations retardées, leader culturel au savoir encyclopédique, homme d’écriture et de terrain, initiateur et pionnier concernant des domaines aussi variés que le repas de substitution au bœuf dans les cantines scolaires, l’instaurateur du jour férié les 14 avril et 20 décembre, la mise en place de la première statue du Mahatma Gandhi, commémoration du premier Dipavali, reconnaissance des multiples composantes culturelles de l’identité réunionnaise, en plus de toutes ces compétences, il fut un humaniste convaincu au sens plein et authentique du terme.

Véhiculant des valeurs issues d’une éducation exemplaire, il n’hésitait jamais à côtoyer les plus humbles, à les recevoir à toutes heures du jour et de la nuit, à sacrifier une vie personnelle et familiale qui se mettait au service de la bienveillance, de l’altruisme et de la compassion, en actes. Profondément porté et inspiré par la philosophie du Mahatma Gandhi, il avait crée ce néologisme de “convivance” qui réunissait tolérance et convivialité. Il incarnait ce mot. Albert Camus tenait une grande place dans son panthéon.L’auteur de « L’homme révolté » avait écrit « se donner n’a de sens que si l’on se possède », ce qui motivait son action pour l’épanouissement du peuple Reunionnais, libéré de l’aliènation coloniale, dans une société composée de l’apport de six civilisations. Un jour, alors que nous lui faisions remarquer des retards successifs lors des rassemblements de partisans et autres conférences de presse, il confia en souriant : « je suis au-delà du Kal (le Temps, en sanskrit) ». Longtemps, cette phrase a étrangement résonné en moi. Aujourd’hui, je comprends que certains êtres envisagent leur action bien au-delà de ce que le temps et l’espace imposent comme limitations. Cher Axel, effectivement, pour moi, tu es plus vivant que jamais, et puisqu’il faut bien conclure, je salue ta mémoire avec ce poète que tu affectionnais tant : « Qu’est-ce que mourir sinon se tenir dans le vent et se fondre dans le soleil ? Et qu’est-ce que le fait de cesser de respirer sinon un acte qui libère la respiration de son flux et reflux incessants, afin que le souffle puisse s’élever et émaner en une quête, sans entrave, vers Dieu ? » (Khalil Gibran, Le Prophéte, ed. Albin Michel, 1996)

Radjah Veloupoulé


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