Hommage

J’ai envie de me souvenir…

Roland Robert n’est plus

Témoignages.re / 29 avril 2014

L’hommage de Raymond Lauret à Roland Robert.

Roland Robert vient juste de quitter notre monde. L’Histoire retiendra que, pour l’essentiel de sa vie, il s’est totalement investi pour sa ville de La Possession. Les générations d’hier et d’aujourd’hui relèveront qu’il fut un homme de proximité, très proche de ses administrés, non pas dans une relation clientéliste mais pour qu’une dynamique de quartiers crée une réelle entité communale à laquelle les Possessionnais seraient attachés et dont ils sauraient se recommander et être fiers. En de nombreux endroits dans le monde, des hommes et des femmes pourront témoigner de son souci de participer à la construction d’une démarche faite de solidarité entre les peuples. Roland Robert, comme Maire et comme Conseiller Général, s’est fortement impliqué pour que le jumelage entre les villes de pays étrangers et la coopération entre les îles de notre Océan Indien deviennent des réalités toujours en ébullition pour des fenêtres qui s’ouvriraient sur la complémentarité de nos divers horizons. L’Histoire de sa ville et l’Histoire de notre île retiendront cela.

Roland Robert vient de nous quitter. J’ai, pour ma part, envie à la petite place qui est la mienne en tant qu’habitant de La Possession depuis plus de quarante ans maintenant, de me souvenir du temps où, encore tout jeunes lui et moi, le hasard de nos chemins d’alors nous fit nous croiser. J’ai envie de me souvenir de ce temps où nos destins prenaient place sur le chemin de nos vies. Oui, j’ai envie de me souvenir…

C’était en 1961, au Collège d’Enseignement Général (CEG) du Port où j’étais en quatrième. L’un des meilleurs élèves de notre classe s’appelait Maurice Robert. Un matin, une nouvelle nous arrive. Très vite, elle fait le tour de la cour de récréation : le grand frère de Maurice et tout jeune professeur de Sciences à Saint-Paul, Roland Robert, a été, lui aussi, frappé par l’Ordonnance d’Octobre 1960, au même titre que de nombreux autres fonctionnaires en poste dans notre île.

Nous avons beau n’avoir de 14 ou 15 ans, nous sommes dans le bain des batailles que le Parti Communiste Réunionnais, le parti de nos parents, a depuis toujours menées pour que La Réunion cesse d’être une colonie pour devenir un département français. Nous sommes imprégnés des luttes que les dirigeants de ce mouvement animent pour le respect du suffrage universel et contre les fraudes électorales et les violences que subissent ses militants. L’Ordonnance d’Octobre 1960 est un déni de justice que s’autorisent Michel Debré et le pouvoir parisien pour exiler hors de son île « tout fonctionnaire dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public » !... Dès sa promulgation, cette « Ordonnance » nous avait révoltés, même si nous étions encore loin d’avoir l’âge de voter. Mais nous avions l’âge de raisonner.

J’avais une fois croisé Roland Robert, quelque part dans cette ville du Port où nos parents habitaient. La nouvelle de la mesure qui le sanctionne aussi injustement et aussi cyniquement nous bouleverse à l’école. Avec d’autres de mes camarades de classe, nous voyons Monsieur Jean Boyer, un instituteur engagé contre la fraude électorale. Jean Boyer nous propose de rencontrer Monsieur Roland Robert. Ce sera un après midi, après la sortie des classes, chez lui, Rue de la République, pas loin de l’Eglise Sainte Jeanne d’Arc. Pas loin de là où habitaient mes parents.

Notre rencontre durera une grosse heure. J’en ai encore quelques images et notamment celle de Roland, d’une dizaine d’années notre aîné, qui nous disait que nous devons comprendre que la vie est faite des mille luttes qui nous attendent et que, en ce qui le concerne, il ira se battre à Paris, avec les Réunionnais qu’il faut organiser là-bas en métropole. Et que son vœu le plus grand c’est que le combat qui sera alors le sien soit aussi le notre.

J’ai retrouvé Roland neuf ou dix ans plus tard. C’était à l’occasion des municipales de Mars 1971. Lui conduisait la liste du PCR à La Possession. J’étais au Port, avec Paul Vergès. Nous gagnâmes ici et là-bas. Nous eûmes à nous mettre au travail pour développer les territoires de nos communes respectives. Ce fut, au Port et à La Possession, un dur mais magnifique travail.

Ayant eu, en 1973, l’opportunité d’acheter une petite maison SATEC dans ce qui s’appellerait « la cité Jacques Duclos », j’ai vu La Possession se transformer. Comme tant d’autres, j’ai vécu le développement d’une urbanisation qui a su équilibrer une modernité inévitable et le respect d’un cadre de vie agréable pour ceux qui avaient choisi et qui choisiraient de s’y installer.

Une vie de Maire n’est ni évidente, ni surtout de tout repos. On pourra donc toujours reprocher telle ou telle chose à Roland Robert. C’est si facile !.. Mais rien n’effacera ni n’affectera l’extraordinaire bilan qui est le sien comme Premier Magistrat d’une commune qui s’étire de l’océan au sommet de la montagne avec, au départ, des terrains ingrats, extrêmement pentus et particulièrement difficiles à travailler.

Les nombreux quartiers de la Commune sont riches d’originalités et de profondeurs qui se complètent pour faire de La Possession une cité particulièrement bien positionnée dans notre île.

Et je suis sûr de refléter l’état d’esprit de milliers et de milliers de Possessionnaises et de Possessionnais de tous âges et de toutes opinions en disant notre reconnaissance à celui qui a su mettre leur ville là où elle est aujourd’hui et qui l‘a fait en sachant qu’il demandait alors de gros sacrifices à son épouse et à ses enfants.

 Raymond Lauret 


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