Hommage

René Payet le militant

L’engagement dans les luttes sociales et politiques

Manuel Marchal / 14 septembre 2011

À partir de 1992, le Père René Payet décide de s’engager politiquement pour changer la société aux côtés du Parti communiste réunionnais. Le 23 février 1992, c’est la création du Mouvement des Réunionnais pour l’égalité, la démocratie, le développement et la nature. René Payet est le président de ce rassemblement.

Le Père René Payet s’est toujours engagé dans la lutte contre les injustices. En tant que prêtre, il a fait tout son possible pour que ces séquelles de la société coloniale disparaissent. Mais il constate les limites de l’action de l’Église dans ce domaine.
Le Père René Payet décide alors de franchir le pas et de s’engager politiquement aux côtés du Parti communiste réunionnais. Le 23 février 1992, 7.000 Réunionnais sont rassemblés à la Halle des manifestations du Port. C’est l’acte fondateur du Mouvement des Réunionnais pour l’égalité, la démocratie, le développement et la nature. René Payet en assure dès le départ la présidence.
Quelques mois plus tard, il est candidat aux Sénatoriales. Il est, avec Paul Vergès et Élie Hoarau, un des trois candidats soutenus par le PCR. Cette élection est son premier combat politique, et plus de 200 voix se rassemblent sur son nom.

L’espoir du rassemblement

La création d’un tel mouvement suscite un large espoir dans le pays. À cette époque, la crise frappait lourdement. Nous étions au lendemain de la révolte de Saint-Denis et de la répression qui a violemment touché le Chaudron. Pour la première fois, La Réunion dénombrait plus de 100.000 chômeurs.
Un an et un jour après la création du Mouvement présidé par René Payet, Paul Vergès est déchargé, par le Comité central de son parti de sa responsabilité de secrétaire général du PCR qu’il assumait depuis 1959. Il vient en effet d’être élu vice-président du Mouvement des Réunionnais pour l’égalité, la démocratie, le développement et la nature. Paul Vergès peut donc se consacrer pleinement au progrès du Mouvement présidé par René Payet.
En mars 1993, le Mouvement s’intègre dans un rassemblement élargi à Free Dom, au Courant Gabrielle Fontaine et au Parti communiste réunionnais qui deviendra le socle de l’Alliance des Réunionnais.

René Payet est candidat de cette Alliance dans la troisième circonscription. C’est sa première confrontation avec le suffrage universel direct. Il est devancé par le député sortant, André Thien Ah Koon tout en parvenant à le distancer dans certaines communes, comme Saint-Louis et Saint-Leu.
Cet engagement politique aux côtés du PCR, le Père René Payet le renouvelle deux ans plus tard lors des municipales de juin 1995. À Saint-Leu, il est tête de liste du Rassemblement sous l’étiquette "Saint-Leu demain".
Son engagement lui vaudra d’être combattu sans ménagement par le maire sortant, Jean-Luc Poudroux. À la veille de l’élection, l’évêché a fait lire dans toutes les églises un communiqué qualifiant d’inadmissible la participation du Père René Payet à un scrutin. À La Chaloupe, le prêtre de localité y ajoute des commentaires personnels signifiant aux fidèles qu’ils ne doivent pas voter pour la liste de René Payet. Or, "Saint-Leu demain" était la seule candidature à s’opposer à la tentative de réélection de Jean-Luc Poudroux.
Au soir du premier tour, la machine municipale permettait au sortant de conserver son siège pour quelques centaines de voix, et avec plus de 2.000 abstentions.

L’héritage

Ce fut la dernière participation du Père René Payet à une élection. Mais le rassembleur avait créé une dynamique qui n’allait pas s’arrêter. Trois ans plus tard, en 1998, le Rassemblement prenait la direction de la Région, avec Paul Vergès comme président. Et en 2004, c’était la naissance de l’Alliance. Présidée par Paul Vergès, elle allait permettre à notre pays de réaliser le chantier du siècle, la Route des Tamarins, et de lancer les bases du développement durable de notre pays. Cette politique avait pour la première fois permis à notre pays de voir le chômage reculer, et d’entrevoir une sortie de crise.
Le retour aux affaires des conservateurs emmenés par Didier Robert et Michel Vergoz tente de détruire au plus vite tout ce que l’Alliance des Réunionnais a réussi à bâtir. Cette politique de démolition fait réapparaître au grand jour les raisons qui ont poussé le Père René Payet à s’engager politiquement aux côtés du Parti communiste réunionnais. Comme en 1992, le chômage atteint des sommets, sans perspective de sortie de crise. Aujourd’hui, la situation sociale s’est littéralement dégradée ; nous sommes en pleine récession économique. Le capitalisme réunionnais est en faillite et le chômage augmente.
Le message politique du Père René Payet aux côtés des communistes réunionnais résonne dans l’actualité comme aux premiers jours de son engagement.

M.M.


René Payet : « Au service de mon peuple... »

Le 9 mars 1993, lors d’une conférence de presse commune avec le Père Jean Cardonnel, le Père René Payet expliquait les raisons de sa candidature aux législatives.

René Payet avoue qu’il arrive « tout nouveau dans le monde de la politique mais il y a des valeurs auxquelles je suis attaché de par mon idéal de prêtre. Si l’on a comme préoccupation, dans le développement du pays, les personnes, on ne les laissera pas écraser » souligne le Père René Payet répondant à une question d’un journaliste.
Pas d’ambiguïté sur son engagement... « Ce n’est pas à 70 ans que je vais faire une carrière politique... Je réponds à une demande de service du mouvement pour porter son projet au niveau des Pouvoirs Publics... Nous devons être assez forts pour être une force de pression qui fasse respecter la volonté populaire ».
Le Père René Payet, en se présentant à la députation, ne défend pas des intérêts personnels. « Je n’ai pas de famille à placer, pas d’entreprises à promouvoir. Je mets les forces qui me restent au service du pays, de mon peuple ».


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