Hommage

Roland Robert est mort, foudroyé en plein combat

Témoignages.re / 30 avril 2014

Un article d’Eugène Rousse.

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15 octobre 2010 : Roland Robert à la tribune lors de la commémoration du 50e anniversaire de la promulgation de l’Ordonnance du 15 octobre 1960, dont il fut l’une des victimes.
(Photo Toniox)

Aîné d’une famille de 5 enfants, Roland Robert est né le 5 mars 1937 au Guillaume Saint-Paul. Son père cheminot ayant été élu en mai 1945 premier adjoint au maire de Saint-Louis — le communiste Hippolyte Piot —, la famille Robert se fixe alors dans le Sud de l’île. Roland ne tarde pas à fréquenter le réputé cours complémentaire de L’Étang-Salé, où ses études sont validées par son admission au brevet élémentaire ainsi qu’à l’École normale de Saint-Denis. Devenu instituteur, il effectue son service militaire avant d’exercer son métier d’enseignant à Saint-Paul.

Affecté dans cette ville depuis 2 ans au collège dirigé par Antoine Soubou, un militant syndical et politique avec lequel il se lie d’amitié, Roland Robert reçoit le mardi 22 août 1961 une lettre signée du préfet Jean Perreau-Pradier, l’informant qu’en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960, il est expulsé de La Réunion ; son départ pour Paris étant fixé au mardi 5 septembre.

Il n’est à vrai dire pas très surpris par cette expulsion, car dans la soirée du 21 août, je lui avais rendu visite à son domicile du Port pour lui annoncer cette terrible nouvelle, que j’avais apprise en me rendant au vice-rectorat en compagnie du syndicaliste Raymond Mondon. En attendant son départ, je rencontrais assez souvent Roland Robert. Il ne cessait de se poser la question de savoir les raisons pour lesquelles il était frappé par une aussi odieuse mesure. Irréprochable professionnellement, son expulsion de La Réunion ne pouvait selon lui être imputable qu’à ses activités politiques.

Co-fondateur de l’ODJR

Effectivement, dès sa sortie de l’École normale, Roland Robert s’était lancé dans la lutte visant à faire reculer la misère dans son pays et à y mettre fin aux graves atteintes aux libertés élémentaires. C’est en toute logique qu’il avait adhéré au Parti Communiste Réunionnais, fondé le 18 mai 1959. Et c’est tout aussi logiquement qu’il avait été co-fondateur le 5 février 1961 de l’Organisation Démocratique de la Jeunesse Réunionnaise (ODJR).

C’est d’ailleurs en sa qualité d’animateur d’une association de jeunes, l’Union de la Jeunesse Créole (UJC), fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qu’il s’était rendu à Moscou au "6ème Festival Mondial de la Jeunesse et des Étudiants pour la Paix et l’Amitié", du 23 juillet au 13 août 1957. Dès cette date, il se trouvait très vraisemblablement dans le collimateur du préfet Jean Perreau-Pradier.

Les activités de Roland Robert étant parfaitement légales, afin de se débarrasser de lui, il ne restait plus au préfet qu’à recourir à l’arbitraire, à la « lettre de cachet », qui souleva l’indignation et la protestation quasi générale dans l’île, ainsi que chez des juristes, des syndicats et des partis politiques en France etc...

Victime de l’Ordonnance du 15 Octobre 1960

Malgré la puissante vague de réprobation contre ce texte arbitraire, qui eut des échos au Conseil général de La Réunion et à l’Assemblée nationale, Roland Robert et les 5 autres fonctionnaires frappés en même temps que lui devront prendre le chemin de l’exil, le mardi 5 septembre 1961. C’était le prix à payer pour « la paix de Jean Perreau-Pradier ». Ce dernier ajoutera à l’odieux, la mesquinerie : il somma le vice-recteur de ne donner aucune autorisation d’absence le jour du départ de ses victimes, qui n’étaient entourées à l’aéroport de Gillot que de forces de police.

Dès son arrivée en France, commence pour Roland Robert un combat de tous les instants afin d’obtenir sa réaffectation à La Réunion. Il se pourvoit devant le Tribunal administratif de Versailles, qui reconnaît le 10 novembre 1965 le bien-fondé de sa requête et annule la décision de mutation dans la région parisienne prise par le ministre de l’Éducation nationale. Ce dernier ne tenant aucun compte de l’arrêt du tribunal administratif, Roland Robert s’adresse au Conseil d’État, qui lui donne raison fin 1968.

Retour à La Réunion

Cette fois, il a plus de chance qu’en 1965 : le ministère de l’Éducation nationale est confié depuis juillet 1968 à l’éminent juriste Edgar Faure. Celui-ci ordonne la réintégration de Roland Robert à La Réunion, où je l’ai comme collègue au collège de garçons du Port à la rentrée de septembre 1969. Il ne quittera plus ce collège jusqu’à son départ en retraite en 1992.

Dès son retour à La Réunion, il reprend ses activités tant syndicales que politiques. Il milite au sein du syndicat d’enseignants — le Syndicat National des Instituteurs — qui lui a apporté son soutien total pendant toute la durée de son exil.
Il se met au service des jeunes en militant au Front de la Jeunesse Autonomiste de La Réunion (FJAR), qui prend en août 1967 le relai de l’ODJR.

Il reprend sa place au sein du PCR et mène son premier grand combat électoral au cantonales du 8 mars 1970 à Saint-Leu, où il a pour adversaire la maire de cette commune, Mademoiselle Marie-Thérèse de Châteauvieux.

Maire de La Possession

Un an plus tard, en mars 1971, il est candidat aux municipales de La Possession, où à l’âge de 34 ans il réussit l’exploit de battre Alfred Lenormand, un gros propriétaire terrien de la commune, qu’il distance de 145 voix. La Possession ne compte alors que quelque 7.000 habitants, qui vivent dans un dénuement relatif : habitat très précaire, peu ou pas d’eau potable, voirie communale peu développée et en mauvais état, écoles fonctionnant dans des locaux souvent impropres à l’usage scolaire, pas d’enseignement secondaire (ni collège, ni lycée). Les services municipaux sont logés dans des bâtiments exigus et les mairies annexes sont inexistantes dans les divers quartiers de la commune. Pas d’équipements sportifs. Le sport n’est pratiqué que par quelques privilégiés.

Au terme des 7 mandats municipaux de Roland Robert, nul ne contestera que la commune de La Possession, peuplée aujourd’hui de près de 40.000 habitants, s’est complètement métamorphosée. Il convient d’ajouter que Roland Robert avait aussi l’estime de ses collègues maires, qui l’avaient porté à la présidence de l’Association des Maires de La Réunion en 2008.

Un travail considérable

Parallèlement à son mandat de maire, Roland Robert a été conseiller général de sa commune de 1973 à 2014. Au Palais de La Source, où il occupait le poste de premier vice-président du Conseil général, il ne se sentait pas comptable que des intérêts de sa seule commune et il était apprécié par la quasi totalité des conseillers généraux. C’est un travail considérable qu’il a effectué en sa qualité d’élu cantonal.

C’est d’ailleurs à Moroni aux Comores, alors qu’il y était en mission début avril pour le compte du Conseil général de La Réunion, qu’il a été victime d’un accident vasculaire cérébral, qui ne devait lui laisser qu’un peu plus de deux semaines de survie.
Roland Robert est donc mort au travail. À 77 ans, surestimant ses forces, il ne voulait pas renoncer à ses mandats, tant il avait à cœur de réaliser de grands projets, nécessaires selon lui à l’amélioration des conditions de vie dans cette commune de La Possession, à laquelle il était tant attaché, comme à La Réunion et aux autres pays de l’Indianocéanie.

Nul doute que son souvenir vivra longtemps dans le cœur des Possessionnais ainsi que dans celui des habitants de toute l’île.

 Eugène Rousse 



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Messages






  • Association des Amis de Témoignages en France
    C’est avec une immense tristesse que j’ai appris le décès de Roland Robert. la Réunion perd un grand homme .Comme pour tous les habitants de sa chère ville la Possession ,je m’incline profondément devant ce grand combattant de la liberté.Je mesure tout le travail qu’il a accompli en tant que Maire pour sa ville et en tant que Conseiller Général pour son Ile.
    Lors de sa présence en Septembre 2013 à la fête de l’humanité ,les amis de l’hexagone ont pu découvert la lutte de nos prédécesseurs et apprécié la simplicité l’Homme , son combat au sein de l’UGTRF .Il a été fier de voir que le flambeau est toujours débout par la continuité des luttes des Réunionnaises et Réunionnais au sein de leur mouvement syndical ou associatives.
    Au nom des amis de 2 ATF,nous présentons nos condoléances à sa famille ,toutes ses proches , au PCR sa famille politique.
    Jean-Bernard PARVEDY

    Article
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  • Association des Amis de Témoignages en France
    C’est avec une immense tristesse que j’ai appris le décès de Roland Robert. la Réunion perd un grand homme .Comme pour tous les habitants de sa chère ville la Possession ,je m’incline profondément devant ce grand combattant de la liberté.Je mesure tout le travail qu’il a accompli en tant que Maire pour sa ville et en tant que Conseiller Général pour son Ile.
    Lors de sa présence en Septembre 2013 à la fête de l’humanité ,les amis de l’hexagone ont pu découvert la lutte de nos prédécesseurs et apprécié la simplicité l’Homme , son combat au sein de l’UGTRF .Il a été fier de voir que le flambeau est toujours débout par la continuité des luttes des Réunionnaises et Réunionnais au sein de leur mouvement syndical ou associatives.
    Au nom des amis de 2 ATF,nous présentons nos condoléances à sa famille ,toutes ses proches , au PCR sa famille politique.
    Jean-Bernard PARVEDY

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  • Roland ROBERT est parti, mais son message demeure, exemplaire, impérissable et généreux.
    Homme de dialogue et d’ouverture, courtois et jovial, il resta néanmoins toujours ferme sur les principes et intransigeant sur les valeurs qu’il a toujours défendues.
    Avec sa disparition, se tourne une page de l’Histoire de La Réunion.
    Il est navrant que ce témoin de son temps n’ait pu rédiger des "Mémoires" à l’intention des générations futures.

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  • repose en paix sincères condoléances sa famille et amis.

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