Hommage

Sudel Fuma : militant de la reconnaissance du peuple réunionnais

Un héritage à valoriser, des initiatives à poursuivre

Manuel Marchal / 15 juillet 2014

Sudel Fuma nous a quittés. Il laisse une œuvre immense sur les 350 ans du peuple réunionnais, dans toutes leurs dimensions. Sudel Fuma fait partie de ceux qui ont travaillé pour que les Réunionnais prennent conscience qu’ils sont le résultat de la rencontre de plusieurs civilisations, toutes égales entre elles. C’est une cause défendue par le PCR depuis sa fondation.

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Sudel Fuma, au centre du premier rang, lors de l’inauguration de la statue commémorant la souffrance des enfants réunionnais déportés en France entre 1963 et 1981, pour repeupler des régions françaises touchées par l’exode rural. Autour de l’historien, des Réunionnais victimes de cette politique, et la présidente du Conseil général.

A l’heure des commémorations du 14 juillet, Il est important de se rappeler que pendant qu’avaient lieu en France les événements historiques fêtés ce lundi, les Réunionnais vivaient alors une journée d’esclavage supplémentaire. Le 14 juillet 1789, des Parisiens prenaient d’assaut la Bastille. Le 14 juillet 1790, le gouvernement français organisait la célébration de la Fête de la Fédération censée exalter la fraternité. Au même moment, l’esclavage dominait La Réunion. Même la défaite militaire française et l’administration de l’île par l’Angleterre pendant plusieurs années n’allaient pas changer cela. Et l’esclavage allait se perpétuer sans interruption jusqu’en 1848, soit pendant près de 60 ans.
Pendant plus de la moitié de ses 350 années d’histoire, le peuple réunionnais était en effet sous un régime raciste, reconnu par la France comme crime contre l’humanité depuis le 10 mai 2001. Toute cette période a été placée pendant longtemps sous une chape de plomb par les différents pouvoirs qui se sont succédé à Paris depuis l’abolition de 1848. Sudel Fuma a fait partie de ceux qui ont travaillé pour que le peuple réunionnais retrouve cette mémoire cachée.
Il s’est en effet fortement impliqué dans des initiatives qui sortaient au départ du champ des institutions à La Réunion, et qui visaient à développer la reconnaissance de l’identité réunionnaise, un combat mené depuis 1959 par le PCR. Universitaire reconnu internationalement, Sudel Fuma était titulaire de la Chaire UNESCO. C’est ainsi qu’il développa dans l’océan Indien un projet lancé par l’organisation internationale : la Route de l’esclave.

Egalité des cultures

Ce travail avait notamment pour but de matérialiser une part importante des origines du peuple réunionnais : les points de départ des bateaux qui ont amené nos ancêtres venus d’Afrique, de Madagascar, de Chine et d’Inde. A chaque continent sa stèle placée près de la mer, là où les ancêtres ont quitté leur terre natale. Une stèle aussi à Saint-Paul, sur le front de mer près des anciens magasins de la Compagnie des Indes construit par des esclaves, et qui sont maintenant des lieux d’exercice du pouvoir municipal.
La Route de l’esclave de l’océan Indien est donc là pour rappeler que les Réunionnais sont le résultat de la rencontre de plusieurs grandes civilisations, toutes égales entre elles.
C’est donc en toute logique que Sudel Fuma soutenait la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, qui avait justement pour but de faire découvrir aux Réunionnais cette égalité des cultures.

Lumière sur les périodes de répression

Sudel Fuma s’était par la suite engagé dans le Comité Elie, mis en place pour faire la lumière sur une page importante de l’histoire ayant eu lieu 200 ans plus tôt : la révolte de Saint-Leu en 1811 et la répression qui a suivi. Lancée en dehors du cadre institutionnel, cette initiative avait amené les maires à suivre. Plusieurs ont donc fait construire des monuments commémoratifs.
En 2013, Sudel Fuma était le coordinateur du Comité pour la célébration du 350e anniversaire de la naissance du peuple réunionnais. Rappelons que le 10 mai précédent, en 2012, le PCR avait lancé un appel à la commémoration des 350 ans d’existence du peuple réunionnais. Ce Comité sortait aussi du cadre institutionnel. Il voulait faire prendre conscience aux Réunionnais qu’ils étaient un peuple jeune, 350 ans, ayant subi pendant la première moitié de son histoire la violence du crime contre l’humanité, puis l’exploitation coloniale et plus près de nous, la répression de la liberté d’opinion. Là aussi, les institutions ont dû prendre le train en marche pour saluer l’existence du peuple réunionnais.

Ordonnance Debré et Enfants de la Creuse

L’historien était intervenu sur deux sujets directement liés aux combats du PCR. Le 15 octobre 2009 à La Possession aux côtés de Roland Robert, il avait donné le contexte historique de l’Ordonnance Debré, une mesure d’exception qui avait exilé en France des fonctionnaires dont le tort était de soutenir la lutte contre les injustices.
L’année dernière, il avait animé des initiatives marquant le 50e anniversaire du début du drame des Enfants de la Creuse, scandale révélé par Témoignages.
Par ses travaux et ses engagements, Sudel Fuma a éclairé des parties de l’histoire réunionnaise que le pouvoir voulait faire disparaître des mémoires. Il laisse un apport considérable dans la connaissance de l’identité culturelle d’un peuple qui est né voici 350 ans.

Manuel Marchal


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