Hommage

Tonton Lingou Ringounardin Anacary Moneyenne :
 l’étoile du Sud


Témoignages.re / 25 mars 2013

Ringounardin Anacary Moneyenne, décédé vendredi dernier à l’âge de 94 ans, était un prêtre, et précurseur du bal tamoul à La Réunion. Jean-Régis Ramsamy, journaliste, historien et écrivain, lui a consacré un article dans son ouvrage “Barldon”. En voici des extraits.

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Tonton Ringou (ou tonton Lingou) est une
 personnalité atypique dans le milieu
 tamoul/malbar de La Réunion. Chacun a
 entendu parler de lui, cependant, une
 “zone d’ombre” entoure sa vie privée.


Le nonagénaire saint-pierrois a toujours
 cultivé ce souci de discrétion, propre aux
 grands hommes. Tout le monde parle de
 lui sauf lui. Cette nature timide — modeste —, qui peut paraître au départ
 déroutante pour quiconque voudrait le voir livrer un long chapitre
 sur sa vie, est une qualité supplémentaire de Tonton Ringou.
 D’ailleurs ne répète-t-il pas souvent « moin sé rien », « je n’ai aucun
 mérite ».


Ringounardin Moneyenne, connu sous le nom de Tonton Ringou, est né
 le 30 janvier 1919 à Saint-Pierre, fils d’un engagé qui venait du pays
 Maléalom (actuel Kerala). Ce père de 5 enfants a effectué une
 partie de sa carrière à l’ancienne usine des Casernes (Saint-Pierre)
 et aux anciennes forges appelées communément l’atelier mauricien.
 Très tôt, le jeune Ringounardin, sous la houlette de Ringuésamy
 Tambouran, ancien commandeur, s’initia au bal tamoul. Parmi les
 héritiers du bal tamoul dans le Sud, il se rappelle aussi du dénommé
 Narsaya, chef cuiseur à l’usine du Gol (Saint-Louis).


En 1939, Tonton Ringou qui était aussi poûsâri (officiant), lança son
 premier bal tamoul sur le site des Casernes devant plusieurs
 centaines de personnes. En ce jour béni, son professeur et ses
 parents présents furent agréablement surpris de la prestation qu’il
 fit de « Sri Mahabarldon Vilāson ». « Des anciens tels Canou Carosse
 ou Grand Manicon furent émus. Ils découvrirent à leur tour la
 pièce avec bonheur » . Ce fut le début d’une belle aventure. « J’ai encore
 2 élèves. Leur moyenne d’âge est de 70 ans », confie Tonton
 Ringou [1].


A sa place, d’autres exigeraient reconnaissance et prébendes, mais
 cela n’a jamais effleuré son esprit. Sa satisfaction ne réside pas dans
 ces honneurs, mais à un niveau plus élevé dans le champ du développement
 culturel indo-réunionnais. Malgré son grand âge,
 l’homme n’a jamais abandonné son combat. Il s’inquiète toujours de
 la disparition progressive des valeurs d’antan, dont on ne saurait
 faire l’économie tant les phénomènes de non emploi, d’assistanat — et son lot de délinquance — frappent notre jeunesse.

En 1989 déjà,
 Tonton Ringou regrettait que « depuis plusieurs années, des écoles
 ont été créées, des cours de langues, philosophie, civilisation yoga,
 etc. dispensés. Des gens lettrés sont venus d’Outre-mer développer
 l’hindouisme dans ses aspects les plus divers.

Combien
 sommes-nous à La Réunion capables de parler, écrire ou lire le tamil
 correctement ? (…) Nous avons chanté, ri, dansé. C’est bien, mais
 ce n’est pas tout. Nous avons une religion, une culture, une tradition.
 Jusqu’ici, la matière a primé. Nous avons oublié, négligé l’essentiel
, c’est-à-dire l’esprit. Si rien ne change, nous risquons d’être, pour un
 bon siècle encore, des orphelins ».

Le nombre de bals se confond
 avec le nombre d’années qu’il a mises au service des autres, pourtant
 Tonton Ringou n’est pas frappé d’amnésie lorsqu’il faut élire le
 plus beau récit. Inévitablement, il cite Harishandrin : « C’est le plus
 émouvant. J’ai visité l’endroit en Inde où il est sensé avoir vécu. Je
 crois que Harishandrin a réellement vécu »
.

[1Les ouvrages écrits par Tonton Ringou : “L’hindouisme à La Réunion” (avec A. Minatchy).
 “L’hindouisme Divinités Réalités” (avec Raymond Balaya) – mai 1989.


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