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Maximin Boyer : « Le mot colonial et le mot nègre i déranj ankor »

Comité Éli – Lazaret de la Ravine à Jacques

Jean Fabrice Nativel / 29 août 2013

Selon l’historien Sudel Fuma, « on a arraché 400 à 500.000 êtres humains de leur terre » pour être exploités dans l’île. À eux, nos ancêtres — engagés et esclaves —, on a pensé fortement le week-end passé à l’occasion d’une action mémorielle organisée par le Comité Éli.



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Une offrande de fleurs pour des pensées aux esclaves et engagés.

La célébration (samedi 24 et dimanche 25 août) du “350ème anniversaire du peuplement de La Réunion” et de la “Journée internationale de l’abolition de la traite négrière” (23 août) par le Comité Éli au Lazaret de la Ravine à Jacques à la Grande Chaloupe Saint-Denis a été une réussite.

Une réussite

Coup de chapeau au Comité Éli, aux artistes et au public pour leur participation à cette commémoration en mémoire notamment des esclaves et engagés acheminés dans l’île pour leur exploitation, et exploitation de cultures spéculatives comme le café, la canne à sucre, etc.

Ce rendez-vous a débuté le samedi par une veillée. Le lendemain matin, Maximin Boyer et Ivrin Rosalie du Comité Éli ont accueilli les premières personnes — tandis que Zandémik cuisinait — pour la visite de ce lieu qui a servi de quarantaine. On était invité à prendre une tizane romarin èk kanèl.

Des fleurs à la mer

Puis direction le littoral où l’on s’est recueilli et a offert à la mer des fleurs en mémoire des ancêtres pour leur bravoure. L’occasion aussi pour les uns et les autres de faire plus ample connaissance. De retour, on a pris place pour participer au ron’d kozé animé par Maximin Boyer, Sudel Fuma (historien et directeur de la Chaire de l’UNESCO) et Philippe Bessière (historien). Le public était composé d’acteurs culturels et d’anonymes épris de réflexions.

Avec un maloya de François Saint-Omer et de ses chœurs « Rouj, noir, jone, blé, vèr, rèspèkt, respèkt, siouplé, nout koulèr… » a commencé le débat. Tour à tour, on a pris la parole pour évoquer divers thèmes : la souveraineté de l’île (l’élaboration d’une Constitution, de lois, de décrets…) ; l’association des Réunionnaises et des Réunionnais aux fouilles archéologiques et à la préservation du patrimoine historique…

Des thèmes à la loupe

Dans le même temps, on prenait place sur les galets. Attentif, on écoutait ce qui se disait. Maximin Boyer a relevé que « le mot colonial et le mot nègre i déranj ankor »  ; Sudel Fuma a brossé les grandes lignes de l’histoire de la traite et précisé qu’après l’abolition de l’esclavage (1848), « elle repart de plus belle » dans l’île ; Philippe Bessière s’est interrogé et interroge sur « la difficulté de parler de nos jours de la traite ».

C’était sûrement en présence des ancêtres qu’a eu lieu ce ron’d kozé. En effet, à proximité de ce lazaret se trouvait un cimetière emporté par les eaux. Un autre s’y trouve encore, seuls quelques initiés connaissent son emplacement. Ce lieu est aussi connu pour la pratique du culte aux ancêtres. Donc, il est sacré.

Pourquoi ce lazaret est à l’abandon ?

Les échanges étaient animés et passionnés ! Ils se sont terminés par une invitation à se mettre à table. Zandémik èk son ban’d dalon la fé plézir a nou marmay. Pou manjé navé oui : ton kari, ton masalé, ton frit, grin, ri maï, kari sitrouil, maniok èk kanbar o sikre… Plis sak lantouraj la anmené. Oté ! lété bon !

Na in not zafèr lété doss, sé lanbians ke navé dan’d laprémidi. De nombreux groupes : fonkézèr, maloyèr, ségatié, rappeurs ont clamé des mélodies jusqu’à la tombée de la nuit. On s’est quitté sur de belles notes et un bon repas. Les habitants de la Ravine ont été remerciés pour leur précieux concours.

Mé par le fèt : on peut nous dire pourquoi le Lazaret de la Ravine à Jacques est à l’abandon contrairement à celui de la Grande Chaloupe qui a été restauré ?

Reportage Jean-Fabrice Nativel

• “Témoignages” dans son édition du lundi 26 août a consacré les pages 8 et 9 à cet événement.

Histoire : le saviez-vous ?

Il y a eu des engagés japonais, ils ont été acheminés pour travailler dans les plantations de café au Brésil.


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