Les femmes réunionnaises dans la vie professionnelle

De la “nénaine” à la caissière

1er juillet 2004

Sous l’impulsion de Frédérique Lebon, déléguée régionale aux Droits des femmes et à l’égalité (DRDFE), la situation de la femme réunionnaise est sous les feux de l’actualité. Après un forum ce week-end sur les violences conjugales, les premières rencontres de l’égalité professionnelle se tiendront vendredi et samedi à Saint-Pierre.

À partir de nombreux constats montrant que la femme à La Réunion reste sur le plan professionnel dans une situation d’inégalité, la déléguée à la condition féminine Frédérique Lebon, soutenue par l’ARVISE (Association réunionnaise pour la valorisation des initiatives socio-économiques) et grâce à l’aide financière de l’Europe, de la Région et du Département, veut amorcer une évolution plus favorable aux femmes.
Dans sa démonstration, elle note que "les jeunes femmes s’orientent plus volontiers vers des CAP dans la petite enfance que pour devenir grutière ou plâtrière" ou encore qu’on "constate par exemple que 81% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes". Un des slogans chocs utilisés, pour démontrer la situation d’inégalité, revient à rappeler que seule une femme sur cinq dirige une entreprise à La Réunion.
Il est difficile de contester le fait que les femmes réunionnaises se retrouvent professionnellement diminuées. Leurs conditions de travail, leurs rémunérations, leur place dans l’échelle sociale, leurs rôles sont autant de facteurs discriminants. Ceci étant, il convient de mettre les choses en perspective.
En 1967, seulement 22,7% des femmes étaient en activité. Sur une population active de 108.600 personnes, elles étaient 26.800 femmes contre 81.800 hommes. En 1982, elles étaient 35,1% en activité et représentaient 62.202 femmes contre 113.416 hommes. En 1999, 50,4% des femmes réunionnaises avaient une activité : elles étaient 133.727 dans ce cas. La part des femmes dans la population active n’a donc cessé d’augmenter régulièrement.
La part des femmes dans la population active n’a cessé d’augmenter régulièrement : 23,94% en 1967 ; 33,17% en 1974 ; 35,31% en 1982 ; 41,29% en 1990 et 44,89% en 1999.
L’élévation du niveau de formation, le changement des mœurs ainsi que la sortie progressive d’une situation post-coloniale ont été les facteurs parmi les plus déterminants dans l’évolution professionnelle de la femme réunionnaise. La recherche d’une certaine autonomie ainsi que la diminution du nombre d’enfants par couple ont aussi joué. Tandis que dans certains cas, les femmes ont cherché à suppléer des maris défaillants, au chômage ou au RMI en apportant dans le ménage des revenus complémentaires.
Sous la colonisation et dans les années qui ont suivi, la femme avait une place bien déterminée dans la société réunionnaise : elle devait entretenir le ménage. Lorsqu’elle travaillait, elle le faisait pour accompagner les activités de l’homme. Au mieux elle était cantonnée à des tâches domestiques. L’évolution économique et sociale de La Réunion s’est caractérisée par le développement des emplois tertiaires dans le public ou le para-public (enseignement, secteur hospitalier) ou dans celui des services (grandes surfaces commerciales, secrétariat d’entreprises, etc...). Ce développement a ouvert la voie du travail aux femmes. On pourrait dire que celles-ci sont passées du statut de la “nénaine” à celui de l’institutrice ou de la caissière de magasin, en l’espace de deux générations.
Certes, cette évolution reste perfectible et nous avons noté, un peu plus haut, les discriminations qui persistent à l’égard du sexe faible.
Or, malgré la remarquable progression du taux d’activité des femmes réunionnaises, il reste inférieur à celui des femmes métropolitaines (moins 5 points pour les femmes de 30 ans et moins 15 points pour les femmes de 45 ans). Les Réunionnaises sont aussi en retard par rapport aux femmes antillaises. Elles ont donc encore une forte marge de progression devant elle. Si toutes les conditions étaient réunies pour amener La Réunion sur la voie du développement, elles devraient occuper une place plus prépondérante sur le marché du travail réunionnais. Le rattrapage des retards dans le secteur éducatif ainsi que la création de nouvelles structures d’enseignement (écoles, lycées, collèges) devraient offrir, pour ne prendre que ce seul exemple, de nombreuses opportunités aux femmes réunionnaises.


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Témoignages - 82e année


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