Du local au global : un autre regard sur la période coloniale

De nouvelles pistes de réflexion

10 mai 2008

• J. H. Elliott, Ampires of the Atlantic World : Britain and Spain in America, 1492-1830 (Yale University press, 2006, 608 p.)

Autant le dire tout de suite, cet ouvrage ne parle pas de La Réunion, ni de l’océan Indien, et encore moins de l’empire colonial français. Mais il a le mérite de proposer des pistes de réflexion en comparant les deux empires coloniaux, britannique et espagnol. John Elliott, professeur émérite de l’Université d’Oxford, est un historien spécialiste de l’histoire espagnole. Il s’attache dans ce livre à repenser l’histoire atlantique. Elle est le résultat d’une reconfiguration de l’histoire coloniale de l’Amérique britannique. Dans ce cadre, le monde atlantique doit être analysé en prenant en compte les échanges entre les sociétés qui bordent l’Atlantique et leurs répercussions.
Il s’évertue à montrer les ressemblances et les différences dans le processus de colonisation des deux empires. Au lieu d’une étude diachronique où on aurait une vision chronologique de ces problématiques sur un espace donné, il préfère une vision synchronique, privilégiant ainsi les interactions et les influences entre les empires coloniaux et les métropoles. Ces différences vont influer sur les parcours divergents des deux empires. La loi et la religion étaient semble-t-il deux facteurs facilitant les relations interethniques et interraciales en Amérique espagnole. Mais d’autres éléments doivent être pris en compte pour expliquer les divergences.
Contrairement à d’autres historiens, John Elliott privilégie le rôle des élites coloniales blanches dans la formation et l’intégration du monde atlantique entre le 15ème et le 19ème siècle. Il reconnaît cependant l’importance des interactions entre les populations européennes et les populations non européennes. Les colons, les esclaves et les libres de couleur deviennent ainsi des vecteurs culturels par leur déplacement d’un territoire à un autre, offrant ainsi un autre profil aux sociétés en présence.
“Empires of the Atlantic World” apparaît de cette manière comme un exemple d’histoire comparée à suivre et donne de nombreuses pistes pour une étude sur l’histoire du “monde indocéanique”.

• MARCUS REDIKER, THE SLAVE SHIP. A HUMAN HISTORY (John Murray, Londres, 2007, 434 p.)

L’horreur dans les cales des navires négriers

Historien, écrivain, activiste, Marcus Rediker est aussi professeur. Il enseigne l’Histoire atlantique, coloniale et américaine à l’Université de Pittsburgh.
La vision qu’offre Marcus Rediker de la traite négrière est peu commune. L’histoire qu’il retrace dans “The Slave Ship. A Human History” vous plonge dans les brutalités de la traite négrière, mais plus précisément dans les cales des navires négriers. Il a compulsé des tonnes d’archives qui l’ont traumatisé, avoue-t-il, et cela se comprend. Comment rester indifférent face à ces horreurs : des enfants, des femmes et des hommes enchaînés, battus, torturés, amputés, marqués au fer rouge, échangés comme des bêtes. Le navire occupe dans cet ouvrage la place centrale. Des millions de personnes furent transportées dans des milliers de ces navires. Ce qui détonne, c’est le désir de rendre leur humanité à tous ces esclaves en leur donnant un nom, en les situant dans un espace (la cale du navire). Le temps de sa lecture, le lecteur devient un voyageur, il est entraîné dans les profondeurs des cales et partage le quotidien de ces hommes et de ces femmes victimes de la traite britannique. Aux récits de marchands, de marins, s’entremêlent des portraits d’hommes et de femmes. Ce sont autant de fragments de vie qui donnent une idée des atrocités de la traite.
Cet ouvrage conduit à changer de regard, de repenser le rapport entre traite et “racialisation” et de proposer une vue globale sur les relations entre les différents acteurs de ce “voyage” hors normes.

Francine Clavé Vesoul

10 mai

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