Changement climatique

1,5 degré : « Il est grand temps que tout le monde reconnaisse que c’est une position majoritaire »

Marcus Stephen, président de la République de Nauru

Témoignages.re / 6 janvier 2010

Le 16 décembre dernier à Copenhague, le chef d’État d’un des plus petits pays du monde a plaidé la cause des îles à la tribune de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique. Cette cause est aussi celle d’une large majorité de la population du monde : contenir l’augmentation de la température en dessous de 1,5 degré par rapport au niveau d’avant l’industrialisation.

« Merci Premier ministre Rasmussen.
An nom de la République de Nauru, j’aimerais vous féliciter pour votre accession à la présidence de la conférence, et vous remercier pour votre chaleureuse hospitalité. La population de mon île dépend de la direction que vous allez donner pour nous guider vers un résultat équitable, ambitieux et juridiquement contraignant.

M. le Président.
Ces négociations sont devenues extrêmement tendues, et nous avons échoué à résoudre beaucoup de questions fondamentales. Il est clair que certains d’entre nous n’apprécient pas la gravité du problème auquel nous faisons face. Je subis une intense pression politique pour abandonner mes principes et accepter à la place les propositions inadéquates qui sont offertes. Je souhaiterais réagir.

Concrets et réalistes

On nous a demandé d’être concrets.
La science nous dit que nous devons limiter l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 1,5 degré pour préserver la chance d’éviter les pires impacts du changement climatique. Accepter quelque chose de moins contraignant, cela signifie la destruction de notre écosystème marin, la pénurie de notre nourriture et de notre eau, et l’exode de nos communautés. Dites-moi s’il vous plaît, en quoi est-ce concret ?

On nous a demandé d’être réalistes.
Nous vivons les très réels impacts du changement climatique, et payons le prix très réel. La Banque mondiale estime qu’il coûtera plus de 100 milliards de dollars par an pour l’adaptation des pays en voie de développement. Ici et maintenant à Copenhague, on nous a offert seulement 10. Dites-moi s’il vous plaît, en quoi est-ce réaliste ?

On nous a demandé de faire des compromis.
La République de Nauru est une seule île, de 21 kilomètres carrés de superficie. Quelle partie de notre île peut-elle être l’objet d’un compromis ? Nous sommes piégés, avec l’océan Pacifique qui nous encercle de tous les côtés. Le niveau de la mer monte, et nous n’avons nulle part où aller.

Il y a une chose que je ne peux pas compromettre, c’est mon engagement envers mon peuple.

« Nous devons écouter la science »

M. le Président.
Nous devons être concrets et réalistes Nous devons écouter la science. Plus de la moitié des parties est d’accord pour que l’augmentation de la température reste en dessous de 1,5 degré. Il est grand temps que tout le monde reconnaisse que c’est une position majoritaire.
Et nous devons répondre aux questions critiques qui sont au-delà de la portée de la Convention, telles que les implications du changement climatique en termes de sécurité. Nous devons d’urgence combler ces lacunes afin de répondre aux autres menaces.
Nous sommes face à un sérieux problème. Ce dont nous avons besoin maintenant, ce sont des solutions sérieuses. L’Alliance des petits États insulaires a mis sur la table une proposition en deux volets, un accord juridiquement contraignant basé sur les dernières preuves scientifiques en tentant de combler les divisions entre les parties. Un accord juridiquement contraignant est une composante essentielle d’un cadre robuste pour une gouvernance mondiale de l’environnement.

Nous avons fait des propositions constructives dans ce processus. Mais au fond, nous émettons très peu et nous supportons les conséquences. Les pays ayant les plus fortes émissions de gaz à effet de serre doivent prendre leur responsabilité pour leur pollution.

Le temps de jouer et de la politique de la corde raide est passé depuis longtemps. Alors ne laissons pas accepter des engagements en demi-teinte, et des demi-mesures, et commençons à discuter de propositions bien réelles.

M. le Président.
Il ne peut pas y avoir d’accord politique quand il n’y a pas de volonté politique.
Je vous remercie. »


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