Changement climatique

Appel de détresse lancé par les Etats insulaires

Forum des îles du Pacifique

Céline Tabou / 2 août 2014

A l’occasion du 45e Forum des Îles du Pacifique en Micronésie, les Etats insulaires d’Océanie ont lancé un appel de détresse aux états industrialisés, face à la montée des eaux. Réunis depuis mardi 29 juillet, les Etats ont à nouveau constaté l’aggravation de la situation, due au réchauffement climatique.

Plus de 300 représentants, dont des chefs d’Etat, des ministres et de hauts responsables gouvernementaux des îles du Pacifique, ont débattu jusqu’à jeudi 31 juillet, du changement climatique, de la durabilité et de l’océan Pacifique. Axés sur « L’océan : vie et avenir », les représentants ont évoqué leurs inquiétudes face aux inondations et aux dégâts considérables qu’ils pourraient subir si le changement climatique continuait à élever le niveau de la mer.
Déjà confrontés aux effets du réchauffement, ils ont appelé d’autres pays à faire plus d’effort pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le président des Palaos, Tommy Remengesau, avait expliqué aux Nations Unies, à New York en janvier, que l’impact du changement climatique se faisait déjà ressentir dans les pays du Pacifique.

Vanuatu, symbole de la situation

En 2004, les habitants du village de Lataw, sur les îles Torrès au Vanuatu, ont pris l’eau. Ces derniers ont dû reculer de plusieurs centaines de mètres, en raison de la montée du niveau de la mer. Les 70 habitants de ce village sont devenus cette année là, les premiers « réfugiés climatiques » de l’Histoire de l’Humanité, selon les Nations Unies.
Les recherches menées par la suite ont mis en évidence l’enfoncement de l’archipel dans l’océan à la vitesse d’un centimètre par an. De fait, la montée apparente du niveau de la mer est deux fois plus rapide que prévu. L’aéroport est devenu inutilisable à marée haute et des routes sont menacées.
Cependant, en plus de la hausse du niveau de la mer, des tempêtes de plus en plus fréquentes et puissantes viennent accentuer le problème. « Au début de l’année, de grosses vagues ont frappé les maisons et l’hôtel le plus important sur l’île principale... Si on ne parvient pas à sauver les îles, on ne sauvera pas la planète, parce que sauver les îles est le premier pas », a expliqué à l’Agence France Presse, Enele Sopoaga, premier ministre de Tuvalu.

« Une conséquence directe du réchauffement climatique »

De leur côté, les Îles Palaos ont subi deux importants cyclones en deux ans, une première depuis deux décennies, qui ne sont autre qu’"une conséquence directe du réchauffement climatique », a expliqué Marine Gouezo, biologiste marin au Palau International Coral Reef Center.
Pour Tommy Remengeseau, président des Îles Palaos, « on est parvenus à un point où on dit : il ne s’agit pas simplement de parler du déplacement des populations. Il s’agit d’adresser ce problème à ceux qui provoquent la montée des eaux ». En effet pour les Etats insulaires, « si les petits Etats insulaires sont les premières victimes de cette hausse du niveau des mers, ce sont les pays développés qui en sont responsables, à travers la pollution qu’ils génèrent ».

Depuis plusieurs années, les représentants de ces Etats tentent d’alerter les responsables mondiaux, particulièrement des pays les plus développés, des impacts négatifs des émissions de gaz à effet de serre sur leur vie quotidienne. En vain, les derniers sommets mondiaux sur le climat ont montré les difficultés des pays développés à s’engager contrairement pour une réduction des émissions et la mise en place d’un fonds d’aide aux pays en voie de développement, demandant une aide pour faire face aux changements climatiques.

Se protéger coûte que coûte

Les chefs d’Etat de ces territoires insulaires réitèrent leurs demandent aux nations industrialisées de réellement faire des efforts environnementaux, mais aussi d’aider à la préservation de la biodiversité, voire réparer ce qui est déjà détruit. Pour exemple, à Nauru, les habitants tentent de reconstruire les lignes de côtes qui ont été perdues. « On les redessine, et on bâtit aussi des digues, tout ce qui peut permettre de nous protéger », a expliqué son Président, Baron Waqa, lors du forum.

Les différents gouvernements s’inquiètent du déplacement de leur population, mais aussi de la perte de leurs terres et de leur culture. Certains d’entre eux pensent que « le processus est en marche », mais « il n’est pas acceptable par les Océaniens ». Le Président palauan a assuré : « Je pense que si vous posez cette question à notre population, la plupart vous diront : ’Nous sommes nés ici, nous vivons ici, et nous mourrons ici ». Face à la détresse des populations, l’enjeu du prochain sommet en novembre 2014 à New York, mais aussi à Paris en 2014, sera de répondre à cet appel à l’aide. D’autant plus que la France possède des territoires ultramarins, sujets aux changements climatiques.

Céline Tabou


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