Changement climatique

Au début du chantier du siècle

Les enjeux de Cancún et l’adaptation

Manuel Marchal / 9 décembre 2010

À quelques jours de la fin de la Conférence de Cancún sur le climat, Paul Vergès a précisé les enjeux des discussions. Le président de l’ONERC est également revenu sur les orientations issues de la concertation préalable à l’élaboration du Plan national d’adaptation au changement climatique, et a annoncé la prochaine publication du dernier rapport de l’ONERC. En 2010, l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique a mis l’accent sur les villes.

Philippe Berne, Paul Vergès et Jean-Pierre Marchau ont tenu hier une conférence de presse faisant le point sur les enjeux de la Conférence de Cancún sur le Climat, et sur les conséquences de l’aggravation de la crise climatique.
C’est au plus tard dans la nuit de vendredi à samedi que se terminera la Conférence de Cancún sur le changement climatique. 25.000 représentants de 192 pays — délégués gouvernementaux, ONG et médias — sont réunis dans cette ville du Mexique pour discuter de l’après 2012. C’est en effet à cette date que prend fin le Protocole de Kyoto, adopté en 1996. Ce Protocole est le premier traité répondant à une préoccupation mondiale. Mais il n’a pas été ratifié par les États-Unis et le Canada notamment, ce qui limite son efficacité. Et cela d’autant plus que les pays qui ont ratifié le traité ne le respectent pas toujours. Car le Protocole de Kyoto oblige ceux qui se sont engagés à l’appliquer à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, jugées responsables de l’aggravation de la crise climatique dans le monde.
L’enjeu de la conférence de Cancún, c’est d’avoir une nouvelle convention qui englobe tous les pays du monde, précise Paul Vergès. Mais pour le moment, les débats aggravent le sentiment d’inquiétude, ajoute le président de l’Observatoire national sur les effets du changement climatique. Cette inquiétude s’est notamment exprimée par la voix des délégués de l’AOSIS, l’Alliance des petits états insulaires.
Pour faire face à la crise, deux leviers sont disponibles : l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets.

Limiter la pollution

L’atténuation vise à préserver l’existence de pays menacés dans leur existence. L’urgence pour les îles, c’est d’abord la montée du niveau des océans à cause de la fonte des glaces aux pôles. Le président de l’ONERC indique que les prévisions font état d’une hausse moyenne d’un mètre. Mais si des mesures ne sont pas prises rapidement pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre, alors la calotte glacière du Groenland pourrait fondre. Dans ce cas, l’augmentation du niveau de la mer serait d’au moins 5 mètres.
L’atténuation signifie limiter la pollution provoquée par la consommation des énergies fossiles.
C’est en brûlant massivement du charbon et du pétrole que l’Occident a construit son développement, et aujourd’hui les pays émergents suivent ce modèle. La pollution change alors d’échelle. Et pour retrouver une concentration de CO2 égale à l’époque préindustrielle, il faudrait deux à trois siècles pour éliminer le CO2 par les voies naturelles.

Le coût de l’adaptation

L’adaptation est l’autre levier. C’est précisément cette année que s’est déroulée partout dans la République la concertation préalable au premier Plan national d’adaptation au changement climatique. C’est sur la base du travail réalisé par l’ONERC que le gouvernement a décidé de lancer ce Grenelle de l’adaptation, c’est Paul Vergès qui en a assuré la coordination.
Au total, 202 propositions ont été formulées. En 2011, elles vont faire l’objet de réflexion pour envisager une traduction dans la loi ou la réglementation.
L’adaptation a déjà un coût considérable. En France, les travaux concernant les routes nationales situées sur les littoraux sont déjà estimés à plusieurs milliards d’euros. À La Réunion, les deux aéroports ont été construits au niveau de la mer, ils sont donc extrêmement vulnérables à la montée des eaux. « Nous sommes au début d’un chantier qui durera un siècle »,
Un chantier qui intègre la notion de risque acceptable. Paul Vergès constate à ce sujet que dans notre île, la direction de la Région a élargi un viaduc en mer alors que le niveau de la mer va continuer à s’élever et que les cyclones seront plus puissants.
Le président de l’ONERC précise que l’adaptation est un problème qui concerne l’ensemble du monde, et que partout sauf à La Réunion, la priorité dans les transports est mise sur les réseaux ferrés.

Manuel Marchal


Une séance plénière extraordinaire bien discrète

Le président de l’ONERC rappelle que la concertation préalable à l’élaboration du Plan national d’adaptation s’est déroulée dans tous les départements. À La Réunion comme partout ailleurs, le préfet a informé les différentes institutions. Ces dernières pouvaient ensuite organiser la concertation. Cette dernière s’est déroulée à La Réunion dans une grande discrétion. Il a fallu le dépôt d’une motion de l’Alliance pour que la Région y réfléchisse.
Quelques jours avant la remise des rapports régionaux aux experts, une assemblée plénière extraordinaire s’est tenue à la Région. Mais elle n’était pas ouverte au public, et encore moins à la presse.
Les élus de l’Alliance étaient majoritaires dans l’hémicycle, avec 7 conseillers. 6 élus de l’UMP avaient fait le déplacement, et ils n’ont fait qu’écouter la contribution de l’Alliance. Ainsi, la contribution de l’Alliance est la seule réunionnaise à ce grand débat.


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