Changement climatique

Bangladesh : l’urgence est déjà dépassée

Plus de 8.000 morts par an à cause du climat

Manuel Marchal / 9 décembre 2009

20 millions de déplacés sur une population totale de 150 millions. Voici le défi que devra relever le Bangladesh du fait de l’élévation du niveau de la mer. Ses représentants ont demandé hier que leur pays puisse bénéficier de 15% des fonds qui seront dégagés pour financer l’adaptation des pays vulnérables aux changements climatiques. 15% d’un fonds dont l’unité devra être la centaine de milliards de dollars.

Trouver une terre pour 20 millions d’habitants au cours des 20 prochaines années, c’est-à-dire reconstruire des conditions de vie pour plus de 20 fois la population de La Réunion en 20 ans, c’est le défi que devra relever le Bangladesh.
La veille, des représentants de peuples du Pacifique avaient souligné qu’ils étaient en première ligne du changement climatique. Cette fois, c’est au tour du Bangladesh de faire part de la menace qui pèse sur son existence.
Avant la conférence de presse, Greenwatch révélait que depuis 1990, l’impact du changement climatique a été terrible dans ce pays. Ce sont chaque année en moyenne 8.241 vies qui ont été emportée par les déluges, et plus de 2 milliards de dollars de dégâts matériels par an.
Quanul Islam Choudbury et Ainun Nishat ont donc expliqué tout l’enjeu que représente le sommet de Copenhague pour leur pays. Ils étaient soutenus dans leur plaidoyer par Bruno Sekoli, membre de la délégation du Lesotho, un petit pays proche de La Réunion. À des degrés divers, Bangladesh et Lesotho seront affectés. Si pour nos voisins, le grand danger est la sécheresse, pour le Bangladesh, les inondations sont déjà une menace permanente. Cette vulnérabilité s’accroît encore du fait de la situation géographique du pays. Il est en effet susceptible d’être touché par des cyclones, or ces phénomènes seront plus intenses et fréquents, selon les estimations du GIEC.
À cela s’ajoute un autre danger, celui de la fonte des glaciers de l’Himalaya. Ces volumes importants de neiges éternelles assurent une régulation des cours d’eau qui alimentent en eau douce les 150 millions d’habitants du Bangladesh. Mais la fonte des glaciers signifierait une situation d’une gravité extrême. D’un côté, ce sont les périodes de sécheresse, tandis que de l’autre, c’est la mer qui monte et oblige des millions d’habitants à fuir.
Pour la délégation de ce pays d’Asie peuplé comme trois fois la France, il est essentiel que la conférence débouche sur des engagements clairs en termes de solidarité internationale. Cet engagement doit être significatif. L’unité de compte, c’est la centaine de milliards de dollars. Et sur ce fonds, le Bangladesh revendique 15%.
Interrogé sur cette estimation, Quanul Islam Choudbury rappelle qu’en un an, les pays occidentaux ont dépensé plus de 3.000 milliards de dollars pour renflouer les banques touchées par la crise des subprimes. Ce qui en substance signifie que des moyens sont disponibles en abondance, mais qu’il faut une volonté politique affirmée pour qu’ils soient orientés vers le développement durable en priorité.
Pour sa part, Ainum Nishat rappelle que l’accord qui doit être signé à Copenhague va concerner 192 pays, 192 délégations sont donc réunies pour deux semaines avec un objectif final : s’accorder.
Mais pour le Bangladesh, cet accord doit s’assortir de mesures urgentes pour tenter de préserver la cohésion sociale d’un pays déjà gravement touché par les conséquences d’un phénomène lancé par l’Occident au milieu du 18ème siècle : les émissions massives de gaz à effet de serre.

Manuel Marchal


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