Changement climatique

Blanchiment des coraux : le lagon de la côte Ouest menacé de mourir d’ici 20 ans

Une nouvelle étude confirme l’aggravation de la situation et l’urgence de l’adaptation

Manuel Marchal / 25 février 2011

Les coraux menacés de disparition dans 40 ans : tel est le risque qui concerne de nombreuses régions du monde selon un rapport publié par le World Resources Institute. La principale cause est le changement climatique qui fragilise les coraux. La Réunion sera un des pays les plus touchés, la totalité de la barrière qui protège l’Ouest de l’île sera à un stade de menace critique dans 20 ans, et tous les lagons de La Réunion pourraient disparaître dans 40 ans.

Parmi la quantité considérable de gaz carbonique émis par les activités humaines dans les transports ou les centrales thermiques, une part importante de cette pollution ne s’échappe pas dans l’atmosphère. Elle est absorbée par les océans. Ces derniers permettent donc d’atténuer l’effet de serre que connaît la planète, mais le prix à payer est très lourd : le corail est menacé.
Une étude publiée par World Resources Institute donne un aperçu des dégâts et avance des prévisions pour 2030 et 2050. "Reefs at Risk Revisited". Les récifs coralliens sont présentés comme la forêt tropicale sous-marine. Cela signifie que tout comme son homologue terrestre, cette forêt de la mer est d’une très grande richesse sur le plan de la biodiversité. Un tiers des espèces de poisson y sont répertoriées. Ceci explique aussi pourquoi une part importante de la population du monde dépend des récifs coralliens. Selon cette étude, les Réunionnais font partie de cette population.

La cote d’alerte est déjà dépassée

Cela se vérifie aisément sur un point. Si le travail lié au corail concerne très peu d’emplois dans notre île, tout ce qui en dépend est considérable. C’est en effet grâce aux récifs coralliens qui ont construit nos plages, et donc un de nos atouts touristiques. Ce sont également ces coraux qui ont créé une barrière protectrice permettant le développement des activités humaines sur le littoral balnéaire, notamment pour une île comme La Réunion.
Aujourd’hui, ce sont dans les zones derrière les lagons que vit une grande partie de la population réunionnaise : dans l’Ouest et dans la région de Saint-Pierre.
"Reefs at Risk Revisited" évalue la situation de La Réunion, et les perspectives ne sont pas rassurantes.

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L’état de la menace aujourd’hui à La Réunion est haute à très haute. La cote d’alerte est déjà dépassée.

Actuellement, la plupart des récifs sont concernés par une menace "très haute", entre Saint-Gilles et Saint-Leu. Les zones du Cap La Houssaye et du sud de Saint-Leu sont les moins touchées, avec une menace "haute".

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Dans 20 ans, les menaces sur le lagon de l’Ouest sont critiques, c’est le stade ultime avant la disparition.

En 2030, c’est-à-dire dans 20 ans au moment où la population de notre île commencera à atteindre le million d’habitants, le degré de la menace est réévalué à "critique" pour tout le lagon de l’Ouest et celui de Grand-Bois, le stade "très haut" est atteint pour le reste des récifs de l’île. Vingt ans plus tard, en 2050, tous les récifs coralliens de La Réunion connaîtront une menace critique.

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Dans 40 ans, tous les récifs coralliens de La Réunion seront concernés par une menace critique.

Catastrophe sans précédent

Sans corail, quel sera le devenir de l’industrie touristique du littoral Ouest ? Sans le corail, c’est un appauvrissement considérable de notre biodiversité, une des richesses de notre pays.
La Réunion fait partie des pays les plus vulnérables à la menace du blanchiment des coraux. Cela rend donc nécessaire d’anticiper dès maintenant le changement considérable que peut amener cette évolution. Sans le corail, plus rien ne peut amortir le choc de la houle de l’océan, et l’impact du cyclone sur le littoral.
L’adaptation est en effet le seul aspect que nous avons la possibilité de maîtriser aujourd’hui. L’atténuation de ce phénomène ne pourra être possible que si le monde arrive à changer de modèle en créant les conditions de la rupture avec les énergies fossiles et leur remplacement par les énergies renouvelables. Cela ne dépend donc pas uniquement de La Réunion, et à ce sujet, notre île est la victime d’une pollution engendrée depuis deux siècles à plus de 10.000 kilomètres de ses côtes.
"Reefs at Risk Revisited" souligne l’aggravation de la situation. Le stade critique de la menace, c’est dans 20 ans. Ce qui signifie que dans 20 ans, il existe un risque pour que le lagon ait disparu. Voilà la réalité qui va s’imposer à tous, et donc nécessite l’union la plus large pour faire face à cette situation sans précédent dans l’Histoire de notre pays.

Manuel Marchal

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Dans 20 ans, le stade critique sera atteint pour la moitié des récifs coralliens à Maurice.
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Dans 40 ans, la plupart des coraux à Maurice auront soit disparu, soit seront proches de la fin. Que restera-t-il alors des plages et de l’industrie touristique de l’île sœur ?

Le nécessaire codéveloppement

"Reefs at Risk Revisited" dresse aussi une carte des pays capables de mieux s’adapter à la dégradation des récifs coralliens. La Réunion est le seul pays de sa région à disposer d’une haute capacité d’adaptation. C’est donc un atout important pour notre pays, car nous avons une expertise à partager avec tous les autres peuples de notre environnement. Ceci aidera aussi notre pays à s’intégrer dans un développement solidaire de sa région, à condition bien sûr d’en finir avec les comportements rétrogrades comme le silence de la direction de la Région suite à la catastrophe qui vient de toucher Madagascar.


Reefs at Risk Revisited

"Reefs at Risk Revisited" est un projet du World Resources Institute (WRI), développé avec l’étroite collaboration de The Nature Conservancy (TNC), WorldFish Center, International Coral Reef Action Network (ICRAN), le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, et Global Coral Reef
Monitoring Network (GCRMN).
Ce projet s’appuie également sur le travail réalisé par des institutions et des ONG telles que l’Union internationale pour la conservation de la Nature (UICN), la Communauté du Pacifique, la NASA, ou le WWF.


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