Changement climatique

Changement climatique : les pays riches devant leur responsabilité historique

UNFCCC : 178 pays réunis à Bonn

Manuel Marchal / 5 août 2010

Une nouvelle fois, c’est la question de la responsabilité historique des pays riches dans la catastrophe actuelle et future du changement climatique qui est posée, et donc celui du concept de la dette climatique. Il est demandé aux pays riches de réduire d’au moins 40% leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, un engagement qui devrait figurer dans le traité qui succédera au Protocole de Kyoto à partir de 2012.

La possibilité à Cancun en décembre de franchir la prochaine étape essentielle : « transformer le politiquement possible en politiquement irréversible » : c’est la feuille de route proclamée par la nouvelle secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique, Christiana Figueres, lundi lors de l’ouverture d’une nouvelle conférence internationale sur le changement climatique. L’enjeu est en effet essentiel, il reste moins de 18 mois pour fixer de nouvelles règles en matière de lutte contre le changement climatique. Car à partir de 2012, le Protocole de Kyoto arrive à expiration.
Un nouveau cycle de négociations sur le changement climatique a donc débuté lundi à Bonn pour discuter d’un nouveau texte de négociation et préparer le sommet de fin d’année à Cancun au Mexique. Les représentants de 178 pays participent à la session de Bonn prévue du 2 à 6 août. Ils doivent débattre d’un nouveau projet présenté par Margaret Mukahanana-Sangarwe, présidente du groupe de travail ad hoc sur une Action de coopération à long terme (AWG-LCA), sur la base des progrès réalisés lors de la dernière session de négociation qui avait eu lieu à Bonn du 31 mai au 11 juin.

200 ans de pollution cumulée

Les pays en développement ont qualifié l’ancienne version du texte de "déséquilibré", estimant qu’elle ne reflétait pas leurs propositions et positions et donc ne pourrait servir de base pour de nouvelles négociations.
Dès le début des discussions, le représentant de la Chine a de nouveau rappelé que le cœur du débat est la prise en compte par les pays développés de leurs responsabilités historique, légale et morale pour le changement climatique.
« Ces 200 ans passés, les pays développés ont provoqué une grande accumulation de CO2 due à leurs modes de production et de vie, la responsabilité historique est clairement établie à cette égard », a expliqué Huang Huikang, représentant spécial du ministère chinois des Affaires Étrangères dans une interview à “Xinhua”. Les pays riches devraient cesser de mettre plutôt l’accent sur leurs promesses et leurs engagements en matière de changement climatique. Ils devraient plutôt être les chefs de file de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, afin d’atteindre l’objectif fixé par les scientifiques, qui est une réduction globale de 40% d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990. Cet acte concret doit s’accompagner d’un transfert de technologie et d’une aide financière en direction des pays les plus pauvres, qui sont les plus touchés par les effets désastreux du changement climatique.

L’AOSIS revendique une baisse de 45%

Ce point de vue est pleinement partagé par l’AOSIS, l’Alliance des petits États insulaires en développement. L’AOSIS constate que les engagements des 37 pays riches sont nettement insuffisants, pour ne serait-ce que limiter la hausse des températures moyennes à 2 degrés.
Entre 12 et 18% de réduction en 2020 par rapport aux niveaux de 1990, c’est ce que propose la somme des promesses des pays riches, constate Al Binger, représentant de l’AOSIS aux pourparlers. Mais si les pays riches arrivent à exploiter toutes les « imperfections » du Protocole de Kyoto, alors la réduction réelle de la part des pays riches ne serait comprise qu’entre 1 et 7%.
C’est loin de la revendication des pays de l’AOSIS, qui demandent aux pays riches une réduction de 45% de leurs émissions d’ici 2020, pour éviter les pires effets du changement climatique.
Comme à Copenhague, les positions sont toujours fortement divergentes entre les pollueurs historiques et les pays qui subissent aujourd’hui les conséquences d’un phénomène dont ils ne sont aucunement responsables.

Manuel Marchal


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