Changement climatique

Climat : Pour Jean Jouzel, « Il faut tout faire d’ici 2020 pour éviter le pire »

Dans “20 minutes” d’hier

Témoignages.re / 30 novembre 2012

Jean Jouzel est géochimiste, climatologue et glaciologue. Vice-président du GIEC (Groupement intergouvernemental sur l’étude du changement climatique) et prix Nobel de la paix à ce titre, il est de ces scientifiques qui n’hésitent pas à sortir de leur labo pour alerter sans relâche sur les risques du changement climatique. Il explique à Néoplanète l’urgence d’agir, alors même que s’ouvre à Doha la 18ème Conférence internationale des Nations unies sur le changement climatique à laquelle il va participer...

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Fait-on tout ce qu’il faut pour éviter l’inévitable ?

— Il faut un vrai sursaut d’ici à 2020 pour lutter contre le changement climatique et éviter le pire à venir, mais on n’en prend pas le chemin. Pourtant il faut qu’en 2020, le niveau des émissions se mette à redescendre si on veut qu’elles soient divisées par trois en 2050. Le problème, c’est un peu comme Saint Thomas, on n’y croit pas. Je crains que le sursaut n’arrive que le jour où les gens seront convaincus de [la réalité du changement climatique et alors, il sera trop tard. Il faut agir maintenant pour éviter la catastrophe dans 50 ans. Mais personne n’y croit, c’est ça la réalité !

Pourtant, de grandes institutions internationales ont sonné le tocsin ?

— Les cris d’alarme de la Banque mondiale, du PNUE ou de l’AIE (*) sont très utiles, venant de telles institutions dont la crédibilité ne peut être mise en doute. Cela permet d’ouvrir sur d’autres mondes. Ils ont pris le relais des scientifiques du GIEC dont les affirmations sont souvent accueillies avec scepticisme. Ce qu’ils disent, c’est la vérité : si on ne fait rien au cours de cette décennie, ce sera trop tard ensuite pour limiter le réchauffement autour de +2°C !

Les gaz de schiste, est-ce reculer pour mieux sauter ?

— Je suis sceptique quant à la capacité de les exploiter en France, mais ce qui m’inquiète, c’est l’exploitation internationale des gaz de schiste qui retarde forcément le développement des énergies renouvelables. Or les énergies renouvelables, comme l’efficacité énergétique, comme l’adaptation, sont indispensables pour mener une politique sobre en carbone. Plus on attendra, plus ce sera difficile et plus cela coûtera cher. Mais on n’en prend pas le chemin. Déjà la barre symbolique des deux degrés de plus à la fin du siècle a sauté, mais on peut encore espérer se tenir pas trop loin si on agit vraiment — sur l’énergie, les transports, le bâtiment, l’agriculture — comme l’explique clairement l’étude des Nations unies (PNUE) qui vient d’être publiée : on en sera en 2020 à un excèdent de 20% d’émissions de gaz à effet de serre pour maintenir le cap des deux degrés.

Doha, un espoir, quinze ans après Kyoto ?

— Je n’attends pas grand-chose de Doha sinon un accord pour un lancement de la deuxième phase du protocole de Kyoto, l’après 2020. Il faut que les pays acceptent un accord pour 2015 prévoyant une mise en œuvre en 2020. 2015, c’est tout proche. Mais il faut un véritable engagement politique. Le processus existe et les pays doivent s’engager sur de vraies réductions des émissions de CO2, mais les actions ne correspondent pas aux engagements. En réalité, on ne fait rien et il y a là une hypocrisie énorme. Et que signifie une conférence internationale dont sont absents les États-Unis, la Russie, le Japon, le Canada ?

Pourtant, certains ne restent pas les bras croisés et essayent d’agir ?

— Heureusement, il y a des pays qui agissent, des gens qui se bougent et travaillent sur une adaptation aux changements à venir. C’est cet engagement dans l’action de tous les jours qui est porteur d’espoir et devrait amener les politiques à agir à leur niveau : les énergies renouvelables se développent tant bien que mal, l’efficacité énergétique n’est plus seulement un concept abstrait, les villes, les agglomérations, les citoyens agissent. Mais il faut plus, bien plus !

(*) La Banque mondiale a prédit il y a quelques jours un cataclysme si l’augmentation de la température est de 4°C en 2060 si on n’agit pas davantage. Et selon le PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), il y aura 20% d’émissions de gaz à effet de serre en trop pour ne pas dépasser l’objectif de +2°C à la fin du siècle.


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