Changement climatique

Copenhague : le Sud a sauvé les îles et le Protocole de Kyoto

De grandes avancées à la Conférence des Nations-Unies sur le Climat

Manuel Marchal / 19 décembre 2009

Les pays du Sud ont réussi à trouver les ressources pour faire échec à un "Accord de Copenhague" qui aurait condamné des pays à l’engloutissement, et aurait été une brèche dans la reconnaissance de la responsabilité historique des pays riches, puisqu’il imposait à tous des objectifs chiffrés. La lutte contre le réchauffement climatique est d’abord l’affaire des plus riches qui doivent réparer, et qui doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas exclure près de 170 pays des négociations pour ensuite leur imposer un accord rédigé par 28 pays.

Au moment où Air Force One, l’avion du président des USA, survolait l’Atlantique Nord, c’est sans doute un coup de tonnerre qui a raisonné à 30.000 pieds au-dessus de l’océan au milieu de la nuit. "L’Accord de Copenhague", présenté comme la conclusion de la Conférence des Nations Unies par la France, les États-Unis puis l’Europe, venait d’être refusé. À 3h20 du matin, soit quatre heures après les déclarations de Nicolas Sarkozy et Barack Obama, Tuvalu lançait la révolte et refusait d’accepter sa condamnation à mort.

Le texte prévoyait en effet un accord sur un objectif : limiter l’augmentation de la température moyenne du monde à deux degrés. Cet engagement ruinait les espoirs de survie de Tuvalu et d’autres pays vulnérables, pour qui le plafond à ne pas dépasser est une augmentation des températures moyennes de 1,5 degré. Mais 1,5 degré aurait impliqué de la part des pays riches des efforts beaucoup plus conséquents en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de transferts de technologie. Ces efforts, les auteurs de "l’Accord de Copenhague" ne voulaient pas les faire, quel qu’en soit le coût à payer pour les peuples.

Tuvalu, un des plus petit pays du monde s’est alors levé et a affirmé que son futur n’est pas à vendre, quel qu’en soit le prix. Son refus a fait immédiatement tombé le texte. C’est un pays d’à peine 10.000 habitants qui a provoqué l’échec de la plus grande puissance militaire mondiale, et des anciennes puissances coloniales, dans leur tentative de se dédouaner de leur responsabilité historique dans le déclenchement et l’amplification du réchauffement climatique, au prix du sacrifice des peuples des îles.

Copenhague ouvre un espoir

Aussitôt, c’est un large front de pays du Sud qui a soutenu la position de Tuvalu. Résultat, ce qui était présenté comme "l’Accord de Copenhague" n’est plus devenu au mieux qu’un accord de principe engageant quelques pays mais surtout pas la communauté internationale.

Ce texte avait été élaboré en petit comité. Moins de 30 pays avaient participé aux débats. Cette situation avait été dénoncée dès le vendredi après-midi par les pays de l’ALBA (Bolivie, Cuba, Equateur, Nicaragua et Venezuela). En assemblée plénière, à 3 heures 20 du matin ce samedi, c’est d’abord l’ALBA qui a soutenu la position de Tuvalu, rejoint par le Soudan qui préside le G-77, les Maldives et d’autres pays insulaires.

Ce sont ces pays qui vont proposer une sortie de crise en proposant de sauver le Protocole de Kyoto et de travailler à l’améliorer. "L’Accord de Copenhague" n’a donc pas vécu plus de cinq minutes après sa présentation en séance plénière par le président de la Conférence, le Premier ministre du Danemark. C’est donc un autre texte capable cette fois-ci de réunir l’accord de tous qui est toujours en cours de discussion à 8 heures locales en séance plénière. Nombreux sont les délégations qui ont un long voyage en avion à faire pour rentrer dans leur pays, et ils ne peuvent pas décaler leur billet. Ce fait accélère les débats en vue d’une conclusion plus rapide. À l’heure où ses lignes sont écrites, il est en effet déjà 8h20 du matin. Le président de la Conférence vient de décider d’une suspension de séance et propose de transmettre plus tard le texte final.

Mais force est de constater que depuis cinq heures, un mot d’ordre revient dans les interventions qui se succèdent à la tribune des Nations-Unies : la satisfaction. Copenhague n’a donc pas été un échec, Copenhague ouvre un espoir. Le monde est en train de changer.

La victoire d’un principe : la démocratie

C’est un des pays les plus petits du monde qui a réussi à renverser la situation tout simplement parce que sa cause était la plus juste, et elle ne pouvait que réaliser l’unanimité autour d’elle. Les inspirateurs de "l’Accord de Copenhague" ont semble-t-il oublié que lorsqu’une cause est juste, elle ne peut que triompher, et quand c’est une question de survie, quelques heures peuvent suffire pour renverser totalement la situation. Les plus riches avaient beau avoir des moyens financiers, politiques et médiatiques considérables, ils ont dû plier face à la détermination d’un pays de 10.000 habitants qui a lancé la révolte contre l’injustice.

La Conférence de Copenhague marque en tout état de cause une grande victoire pour la démocratie et fait vivre l’espoir d’une nouvelle gouvernance du monde, ce qui démontre bien que nous entrons dans une nouvelle ère.

Manuel Marchal


Kanalreunion.com