Changement climatique

Copenhague : les pays du Sud réussissent à sauver le Protocole de Kyoto

Toujours pas d’accord en vue

Manuel Marchal / 18 décembre 2009

Les discussions ont repris hier. La mobilisation des pays du Sud a fait bouger les lignes : il n’est plus question de remplacer le Protocole de Kyoto par un traité qui aurait tenté de partager la responsabilité historique du changement climatique entre les responsables et les victimes de ces phénomènes.

« Pas d’accord est mieux qu’avoir un mauvais accord, particulièrement pour l’Afrique », ainsi s’est exprimé le représentant du groupe Afrique, l’Algérien Kamel Djoumaï.

« J’ai un sentiment d’effroi : nous sommes sur le Titanic et nous coulons vite. Il est temps de lancer les canots de sauvetage », a souligné le représentant des Tuvalu, un archipel menacé d’engloutissement dans les années qui viennent : le point culminant du pays est deux mètres au-dessus de l’océan.

À la veille de la clôture de la conférence, aucun terrain d’entente n’est encore trouvé. Chacun campe sur des positions pour le moment inconciliable. Si tout le monde constate que la situation est grave, l’estimation de l’ampleur du phénomène diffère. L’unanimité ne se fait pas sur l’objectif. Pour les pays qui subissent déjà de plein fouet les conséquences du changement climatique, il est hors de question de signer un accord qui fixerait comme but de ne pas dépasser une augmentation de deux degrés de la température moyenne de la Terre. Pour eux, 1,5 degré est la limite au-delà de laquelle se pose la question de la survie de leurs peuples.

Pas d’unanimité non plus sur les moyens alloués pour faire face aux phénomènes. L’Europe et les Etats-Unis n’ont pas varié, avec respectivement 20% et 4% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. L’Europe pourrait aller jusqu’à 30% à condition que d’autres pays fassent des efforts supplémentaires. Si c’est la proposition la plus avancée du groupe des pays du Nord, c’est inférieur de 10 points à la revendication des pays du Sud.

Néanmoins, ces derniers ont obtenu plusieurs avancées hier. Tout d’abord, le Protocole de Kyoto reste le cadre des discussions, ce qui signifie que seuls les pays du Nord restent soumis à des engagements chiffrés. Et ce qui, logiquement, pousse le Nord à accélérer les transferts de technologie pour que les émissions de gaz à effet de serre puissent globalement s’atténuer.
L’autre avancée est l’annonce par la ministre des Etats-Unis des Affaires étrangères que son pays financera à hauteur de 100 millions d’euros par an le fonds d’adaptation au changement climatique, à partir de 2020. Enfin, Nicolas Sarkozy a appelé à une baisse de 80% des émissions des pays riches à long terme, soulignant que personne ne peut contester « la responsabilité historique » des pays riches.
Il ne restait donc plus que quelques heures avant que le résultat de la conférence soit validé cet après-midi à 15 heures, heure locale.

M.M.


Le président de la République appelle à plus d’engagement

Cette conférence ne doit pas être un colloque sur le réchauffement climatique, mais un lieu de décisions, a indiqué le président de la République, qui appelle à arrêter de faire des discours qui se suivent sans se converger.
« Tous doivent faire des compromis », a-t-il dit en précisant que « nous devons reconnaître que les pays riches ont pollué plus », donc ils doivent s’engager plus.
« Les éléments du compromis sont connus, qui osera dire que l’Afrique n’a pas besoin de 10 milliards par an, et 100 milliards par an à partir de 2020 ? Je dis aux Africains : ne vous laissez pas voler cet accord ».
Pour stabiliser la température à plus 2 degrés, il est nécessaire de réduire de 50% les émissions, dont 80% pour les pays riches, ils ont « une responsabilité historique. Qui osera contester cette responsabilité historique ? ».
« Qui osera contester que les pays pauvres d’Afrique, d’Asie, voire l’Inde n’ont pas besoin de l’argent que nous allons mobiliser ? »,
a-t-il poursuivi.
« J’espère que vous m’avez compris chers amis, le temps travaille contre nous », a-t-il dit avant de conclure : « mettons-nous d’accord sur un chapeau politique, discutons toute la nuit, arrivons demain à un texte à entériner et traduisons au cours des six mois à venir les engagements politiques en juridiques ».


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