Changement climatique

Copenhague : Paul Vergès en marche contre le réchauffement climatique

Le président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique à la Conférence des Nations-Unies

Témoignages.re / 17 décembre 2009

La Conférence de Copenhague (Danemark) sur le climat est entrée dans sa seconde semaine – décisive pour l’avenir de l’humanité –. À ce rendez-vous de la plus haute importance, Paul Vergès, président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique participe à ce titre à la délégation française. Il a donné une interview à linfo.re, le mardi 15 décembre publiée ci-après.

Paul Vergès est à Copenhague au sommet mondial sur le climat. Selon lui : « dans cette longue marche que le monde engage pour lutter contre le changement climatique, le moins que l’on puisse dire c’est que La Réunion l’a précédée ».

À la veille de son intervention, le Président de la Région Réunion et Président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC), explique à linfo.re que « nous pouvons être les sentinelles de la planète et devenir de véritables postes d’observations avancés du changement climatique ». Et pose la question de l’héritage que laissent les Réunionnais pour affronter les mutations à venir.

Il faut dire que l’homme, dès les années 1990 se singularisait déjà en parlant de la future menace climatique. En septembre 1996, alors qu’il vient d’être élu sénateur, il alerte l’opinion sur la nécessité de faire de l’étude des conséquences du réchauffement climatique une priorité nationale. Le 19 septembre 2001, il fait voter, à l’unanimité des deux assemblées parlementaires, une loi reconnaissant cette priorité.

Aujourd’hui, à 84 ans, il parle d’une « crise de civilisation » à venir si les valeurs universelles « liberté, égalité, fraternité ne sont pas applicables sous toutes les latitudes » et parle de son rêve de voir la Réunion « libérée de l’utilisation du charbon et du pétrole. Une Réunion autonome énergétiquement ».

Pour quelles raisons vous rendez vous au somment de Copenhague ?

- L’ONERC joue un rôle important pour la France dans la préparation des conférences internationales et des négociations sur le changement climatique. C’est en effet l’ONERC qui est le point focal du GIEC (ndlr : Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) en France et à ce titre cela nous donne une responsabilité majeure.
L’année 2009 a été marquée par une série de rencontres dont très récemment à Bangkok et à Barcelone pour finaliser la préparation de Copenhague. Autant de rencontres où l’ONERC assurait, avec d’autres, le rôle de représentation de la France. C’est donc tout naturellement, que je suis invité dans la délégation officielle en tant que Président de l’ONERC, à participer à la COP 15 de Copenhague comme j’ai antérieurement participé aux conférences de la Haye ou de Montréal.

Mais plus que les autres, Copenhague se distingue par son caractère historique. Le monde s’y est donné rendez vous. Plus de 190 Etats seront représentés, au plus haut niveau, dans une volonté commune exprimée par les peuples, malgré les difficultés et les contradictions, de trouver les voies et les moyens pour sauver la planète du pire. Ce sentiment de solidarité planétaire face à un enjeu commun est absolument inédit. Et La Réunion ne peut être absente de ce sommet. Tout au long de ma vie de responsable politique, je me suis toujours efforcé à ce que notre île, participe à la marche du monde. Et en ce domaine dans cette longue marche que le monde engage pour la lutte contre le changement climatique, le moins que l’on puisse dire c’est que la Réunion l’a précédée.

Depuis plusieurs années vous sensibilisez l’opinion aux changements climatiques et à ses conséquences. Regrettez vous la prise de conscience tardive ?

- J’ai commencé à évoquer la question de la menace climatique dés les années 90. Personne n’en parlait à l’époque. Certains m’écoutaient courtoisement ; d’autres me raillaient. Mais l’art en politique est d’inscrire dans la réalité non pas seulement le possible, mais ce qui semble parfois impossible. Et en 1999, nous avons réalisé l’impossible en déposant sur le bureau du Sénat le projet de loi portant la création de l’ ONERC, conférant à la lutte contre l’intensification de l’effet de serre la qualité de "priorité nationale" et en faisant adopter cette loi à l’unanimité des deux assemblées. C’est d’une initiative réunionnaise que la France est devenue le premier et le seul pays au monde à inscrire dans la loi une telle proclamation. Je crois que cela a participé, chez nous à la Réunion, à une plus grande sensibilisation sur ces questions, même si beaucoup reste encore à faire.

Plus largement, l’opinion nationale comme internationale est, je crois, aujourd’hui assez largement conscientisée sur le réchauffement climatique. On n’a jamais vu en un temps finalement assez court, sur un enjeu totalement nouveau, une mobilisation de cette importance. Le rôle des ONG, le rôle de la presse, le rôle des jeunes, des artistes ont été considérables. Pus difficile est la remise en cause des habitudes. On ne change pas du jour au lendemain les modes de vie et les valeurs dominantes .

Comment la Réunion peut elle se singulariser dans ce domaine ?

- La Réunion se singularise déjà. Nous sommes l’une des rares régions du monde à avoir fait de l’autonomie énergétique un mot d’ordre populaire. Mais plus encore qu’un mot d’ordre, un objectif crédible, qui sera tenu en 2025.

En adoptant cet objectif, que j’avais exposé en 1999 à l’Unesco, nous poursuivons un triple objectif : d’abord, bien que contribuant que très modestement à la pollution globale par nos émissions de CO2, nous apportons une contribution à la solution d’un problème planétaire.
En même temps, et c’est le second objectif, nous réglons un problème de développement interne capital : celui de l’énergie, de notre dépendance énergétique dans un monde de raréfaction des ressources comme le pétrole. L’autonomie énergétique c’est à terme l’effacement de notre facture énergétique ; un levier considérable pour notre développement.
Enfin, nous voulons faire la preuve que ce qui est possible à la Réunion, est aussi possible dans les autres îles du monde.

La Réunion se singularise aussi par le rôle éminent qu’elle peut jouer dans la lutte contre le changement climatique sous d’autres formes. Avec l’océan Indien, et chacun sait le rôle majeur des océans en ce domaine, avec notre biodiversité exceptionnelle, nous pouvons être les sentinelles de la planète et devenir de véritables postes d’observations avancés du changement climatique. Tous les scientifiques savent que l’avenir se joue dans les océans et dans la sauvegarde de la biodiversité. Sur ce plan, nous n’avons pas failli, puisque en juillet 2008, à l’initiative de l’ ONERC, de la Région Réunion et de l’IUCN (ndlr : l’Union internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles), La Réunion a accueilli une des plus grandes conférences de la Présidence Française de l’Union Européenne. Nous avons été pendant une semaine, la capitale mondiale de la biodiversité.

Le rôle pionnier de La Réunion a également été reconnu lorsque le GIEC en 2005 a décidé de se réunir à la Région Réunion, sous la Présidence de Rajendra Pachauri, Prix Nobel de la Paix. Pendant une semaine, c’est à la Région Réunion que 100 experts éminents, représentant chacun un Etat, ont planché sur le réchauffement climatique.

Cette reconnaissance doit nous inciter à poursuivre nos efforts dans la mise en oeuvre de solutions innovantes pour que notre développement s’inscrive à l’avant-garde du monde nouveau qui se dessine sous nos yeux. En matière de solutions pour l’assainissement par exemple mais aussi de solutions d’adaptation aux effets du changement climatique, notre île peut être un laboratoire.

Qu’allez vous dire à Copenhague ?

- Je vais dire tout cela. Je vais aussi dire que la démographie ne doit pas être un sujet tabou et qu’il convient de ne pas prendre séparément les mouvements majeurs qui parcourent le monde. Changement climatique, démographie, mondialisation doivent être appréhendés ensemble. C’est un exercice difficile, mais absolument nécessaire. Qu’en sera-t-il du réchauffement climatique, de l’accès à l’énergie, à l’eau, sur une planète peuplée en 2050 de plus de plus de 9 milliards d’habitants ? Qu’en sera-t-il de la pauvreté en Afrique, avec les conséquences du changement climatique et aussi une Afrique qui vient d’atteindre 1 milliard d’habitants et qui va compter dans quelques décennies plus de 800 millions d’habitants de plus. Qu’en sera-t-il des politiques actuelles de lutte contre l’immigration avec les centaines de millions de réfugiés climatiques qui s’ajoutent au basculement démographique du monde ?
Si les valeurs proclamées comme universelles, liberté, égalité, fraternité ne sont pas applicables sous toutes les latitudes, alors c’est d’une crise de civilisation dont il s’agit. Ce sont ces questions, entre autres, qu’il faut se poser.

Qu’entendez vous lorsque vous dites que chaque décideur aujourd’hui doit prendre ses responsabilités dans ce domaine ?

- Nous sommes la seule et la dernière génération à pouvoir agir. Ensuite il sera trop tard. Chaque décideur doit donc se demander quelle est la contribution qu’il apporte à la résolution de ce problème historique. En 1942, lorsque je me suis engagé dans les FFL - Forces Françaises Libres - je ne me suis pas longtemps posé la question. La sauvegarde d’une certaine idée de l’homme m’obligeait à résister et à prendre part à la lutte de ceux qui s’élevaient contre le nazisme. C’était pour les contemporains d’alors la grande question, le grand engagement. La sauvegarde de la planète doit être la grande affaire des contemporains d’aujourd’hui. Je ne voudrais pas être à la place dont on dira demain « ils savaient, ils n’ont rien fait. » La connaissance que nous avons du péril, place aujourd’hui chacun devant ses responsabilités.
Cela s’applique aux décideurs de la Réunion. A chacun d’eux il faudra poser la question : qu’avez-vous fait concrètement pour que votre île s’inscrive en cohérence avec le monde nouveau qui se dessine ? Qu’avez-vous laissé à votre pays pour qu’il soit placé dans les meilleures conditions pour affronter les mutations en cours ?

Estimez vous que les Réunionnais ont conscience des enjeux liés au changement climatique ?

- Les initiatives que nous avons prises ont sans doute participé à une conscientisation. Globalement, les populations des territoires tropicaux insulaires semblent plus conscientes des menaces qu’ailleurs. Les Réunionnais savent ce que c’est qu’un cyclone dévastateur. Mais la question aujourd’hui n’est plus vraiment celle de la prise de conscience mais bien celle de la remise en cause de ses habitudes quotidiennes. Le succès rencontré dans l’équipement par les Réunionnais de panneaux solaires, le succès des campagnes pour les lampes éco, l’attachement d’une majorité de Réunionnais à la réalisation du Tram train incitent à l’optimisme.

Si vous deviez rêver la Réunion dans 50 ans. Quel serait ce rêve écologique ?

- Une Réunion libérée de l’utilisation du charbon et du pétrole. Une Réunion autonome énergétiquement. Une Réunion où chaque foyer, chaque Réunionnais pourra répondre à ses besoins quotidiens en matière d’énergie par l’utilisation des énergies renouvelables. Une Réunion sur laquelle circuleront, sur la route des Tamarins bordée des 600.000 arbres que nous avons planté, des véhicules à 100% à énergies propres ou électriques. Une Réunion respectueuse de sa biodiversité exceptionnelle. Une Réunion qui aura retrouvé la maîtrise de son océan pour son exploitation durable. Une Réunion nouvelle dans un monde nouveau, plus égalitaire, plus fraternel. Le sens de l’action politique est de rendre ce rêve possible.


Paul Vergès au sommet de l’ONU sur l’ONU sur le climat à Copenhague

Dans un communiqué, le Conseil régional informe de la participation de Paul Vergès à la Conférence sur le Climat à Copenhague cette semaine.

« Paul Vergès, président de la Région Réunion et président de l’ONERC (Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique) participe à partir d’aujourd’hui, dans le cadre de la délégation française, à la 15ème conférence annuelle (COP15) de l’ONU sur le climat à Copenhague. Plus de 190 États y sont représentés au plus haut niveau pour tenter de faire face à l’urgence climatique.

En sa qualité de président de l’ONERC, Paul Vergès avait participé aux précédentes conférences de La Haye et de Montréal. La conférence de Copenhague est cruciale, car après la prise de conscience de l’humanité, sur les effets du réchauffement climatique, fondée sur les expertises du GIEC quant au caractère inéluctable du changement climatique, les États sont maintenant attendus pour des décisions concrètes pour tenter de préserver la planète des multiples conséquences de ce phénomène.

Dans le cadre de la préparation de cette conférence, l’ONERC, en sa qualité de point focal du GIEC pour la France, a apporté sa contribution lors des différentes réunions préparatoires et lors des négociations sur le changement climatique.

La Réunion a inscrit le développement durable comme objectif stratégique majeur depuis maintenant 10 ans, en se fixant comme échéance 2025 pour atteindre l’autonomie énergétique au plan de la production électrique, en développant notamment toutes les sources possibles d’énergies renouvelables : c’est la contribution de notre île à une stratégie désormais poursuivie au plan mondial pour contribuer efficacement à l’atténuation du réchauffement climatique. »


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