Changement climatique

Cyclones tropicaux très intenses : le danger se rapproche de La Réunion

Une tendance se dessine, sera-t-elle prise en compte par les décideurs ?

Manuel Marchal / 3 juillet 2015

Météo-France a présenté hier le bilan de la saison cyclonique 2014-2015, ainsi que les résultats d’une étude sur l’évolution des cyclones tropicaux très intenses. Ces phénomènes sont comparables à Haiyan qui a ravagé les Philippines en 2013, et à Pam qui a touché les Vanuatu cette année. L’étude montre que la région du pic d’intensité de ces phénomènes exceptionnels se rapproche de La Réunion.

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Voici le type de dégât provoqué par un cyclone tropical très intense, c’est un véritable tsunami. La conséquence, c’est qu’il faut tout reconstruire comme ici aux Philippines. (Photo : Eoghan Rice - Trócaire / Caritas)

En plus de la présentation de la saison cyclonique 2014-2015, Météo-France a présenté hier le résultat d’une étude qui intéresse toutes les personnes qui souhaitent avoir une visibilité de plusieurs années sur l’évolution du climat. Présenté par Sébastien Langlade, prévisionniste à Météo-France, ce travail a consisté à réanalyser tous les cyclones tropicaux très intenses qui ont touché le Sud-Ouest de l’océan Indien depuis 1979, date de la disponibilité des premières photos par satellite.

Un cyclone tropical très intense se caractérise par des vents d’une vitesse moyenne supérieure à 214 km/h pendant 10 minutes, mesurés à 10 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les rafales peuvent donc atteindre voire dépasser les 300 km/h. Les cyclones Haiyan et Pam qui ont respectivement frappé les Philippines en 2013 et les Vanuatu en 2015 correspondent à cette classification.

Les Mascareignes pour le moment épargnées

Historiquement, l’océan Indien a été le dernier océan à disposer d’une couverture par satellite météo. Cela explique donc pourquoi les données ne remontent pas au-delà de 36 ans. Cette brièveté ne permet donc pas de composer un modèle toujours applicable. Néanmoins, les observations permettent de tirer quelques conclusions.
La première concerne la localisation de ces cyclones très intenses. La majorité a atteint son pic d’intensité au large des côtes Nord-Est de Madagascar. Au cours des 36 dernières années, La Réunion, Maurice et Rodrigues ont été épargnés par ces phénomènes très violents. En remontant plus loin, le cyclone Jenny de 1962 n’aurait pas été inclus dans cette catégorie, car les vents mesurés à Gillot n’étaient pas assez puissants. Quant au cyclone de 1948, son œil est resté au large de La Réunion, ce qui ne permet pas de se prononcer.

Sur les dates de formation, janvier et mars sont les mois les plus prolifiques avec 6 et 7 cyclones très intenses. Aucun n’est né en février, ce qui peut s’expliquer par la position la plus au Sud de l’année de la zone de convergence intertropicale au cours de ce mois.

En termes de nombre, aucune tendance liée au réchauffement climatique ne peut être émise. 6 cyclones de la catégorie la plus élevée ont été dénombrés dans notre région entre 1980 et 1990, 7 la décennie suivante et seulement 4 entre 2000 et 2010. Depuis 2010, 4 ont été identifiés.

Un Haiyan ou un Pam à La Réunion ?

Sébastien Langlade indique que le consensus scientifique penche pour une stabilité, voire une diminution du nombre des cyclones, mais avec une augmentation de la proportion des phénomènes les plus intenses.

Mais une seconde observation qui pourrait être liée au changement climatique intéresse plus directement La Réunion. C’est l’éloignement progressif de l’Equateur de la zone de plus forte intensité de ces cyclones.

Une étude publiée en mai 2014 dans la revue Nature a fait état d’un décalage vers les pôles de cette zone à un rythme moyen de 115 à 118 kilomètres pour 10 ans. Cette évolution se fait en parallèle de la hausse de la température moyenne de la Terre.
Notre région est aussi concernée par cette migration de la zone d’évolution des cyclones les plus intenses.

De 1980 à 1998, elle se situait approximativement par 14 degrés Sud, soit à 1.500 kilomètres de l’Equateur. Entre 1998 et 2015, elle a glissé aux alentours de 16 degrés Sud, soit 1750-1800 kilomètres de l’Equateur. La Réunion est à 21 degrés Sud. Si cette tendance se poursuit, alors La Réunion sera dans cette zone. Météo-France rappelle malgré tout qu’un cyclone tropical très intense est un phénomène rare, et que la probabilité de passer sur notre île « restera dans tous les cas extrêmement faible. Mais peut être plus nulle… ».

Le littoral lieu de tous les dangers

Les dégâts infligés par ces cyclones sont considérables. Aux Philippines, Haiyan avait fait des milliers de morts. Les effets les plus meurtriers constatés sont par ordre décroissant la marée de tempête, les vents et les pluies.

La marée de tempête est une vague qui se forme sous l’influence du cyclone très intense. Elle peut atteindre la force d’un tsunami et tout emporter sur son passage. C’est ce qui a causé le plus de victimes aux Philippines.

Vient ensuite le vent. Il souffle tellement fort que les arbres perdent leurs feuilles, et que les cocotiers peuvent être déracinés. Les toits sont donc arrachés.
Arrive ensuite la pluie.

À La Réunion, ces phénomènes peuvent voir leur influence varier.
La forme de l’île, avec un relief sous-marin très abrupt, n’est pas favorable à la formation d’une grande marée de tempête. Par contre, ce même relief peut renforcer la force du vent, ainsi que celle des pluies.

C’est pourquoi Météo-France mène une autre étude en partenariat avec le BRGM, afin d’anticiper sur la combinaison de la marée de tempête et des crues de ravine.
C’est sans doute là que se situe le risque qui menace le plus grand nombre de Réunionnais. Les plus grandes villes de La Réunion sont sur le littoral, à proximité d’embouchures de ravines, dont le niveau monte avec la crue.

Ces résultats ne donnent pas de certitude, mais rappellent où se situe principalement le danger : sur le littoral. Les responsables de l’aménagement du territoire prendront-ils en compte la menace rappelée par Météo-France ?



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  • Lorsque Météo France affirme que le passage d’un cyclone très intenses sur la Réunion serait un phénomène rare Il faudrait qu’elle définisse c’est quoi la rareté du phénomène ? Un tous les cents ans ? tous les Cinquante ans ? tous les dix ans ?

    Au cours du siècle dernier il y a eu au moins 8 cyclones très violents qui ont frappé notre île . Pour moi c’est une fréquence suffisante pour que les décideurs les prennent en considération , car quand on construit ,que ce soit pour soi à titre individuel ou pour la collectivité on ne construit pas pour 15 ans ou 20 ans , mais pour plusieurs générations , je dirai même pour plusieurs centaines d’années quand il s’agit d’équipements publics.

    Si on examine la durée de vie des ouvrages collectifs et même certaines grandes demeures coloniales qui ont été bâti par nos anciens , on se rend compte qu’ils ont prévu le passage de cyclones très intenses . Mais quand j’examine les conditions dans lesquelles se construit actuellement la nouvelle route du littoral qui doit relier Saint Denis et la Possession par la mer , je me demande si les concepteurs et les décideurs ont vraiment pris en compte les dégâts que pourrait causer un cyclone de force exceptionnelle .

    En effet d’après un article publié dans le journal " Le figaro " du 11 avril 2014 et diffusé sur internet , notre nouvelle route est prévue pour résister à des houles de 10 mètres de hauteur et à de vents de 150 km heure . L’article ne nous dit pas ce qui se passera avec des houles de 25 à 30 m de hauteur et des vents de plus de 300Km h qui ont déjà été enregistré lors des très gros cyclones qui sont passé sur ou à proximité de l’île de la Réunion .

    Ces chiffres sont connus de tous puisqu’ils figurent dans un rapport du BRGM de décembre 2009 qui a été rendu public et qui peut être consulté lui aussi sur le net . Et ils sont confirmés par d’autres constats faits ailleurs dans le monde qui indiquent que les gros cyclones peuvent générer des houles de plus de 30m de hauteur et des vents pouvant souffler jusqu’à 400km h . Je me demande donc pourquoi ils n’ont pas été pris en compte pour la construction de la nouvelle route . Puisque le tablier du pont de la nouvelle route et de sa digue sera situé à environ 10 mètres seulement au dessus de niveau de la mer . Je peux me tromper sur le chiffre , mais tels qu’il ressort des éléments qui ont été publiés , elle se situera bien au dessous du niveau des houles les plus fortes générées par les gros cyclones .

    Notre nouvelle route supportera t-elle les coup de boutoirs de la mer déchainée à plus de 20 m de hauteur pendant le passage du futur cyclone intense et résistera t-elle la puissance de ses vents de plus de 300K h ? L’avenir nous le dira .

    Ce que l’on peut déplorer c’est que nos décideurs aient mis cette épée de Damoclès sur un équipement vital pour la population Réunionnaise . Personne ne sait quel a été l’impact des fermetures successives de l’actuelle route du littoral sur l’économie réunionnaise ,mais si elle s’est développée moins vite que prévu c’est certainement en grande partie à causes des heures perdues pour passer par La Montagne ou pour passer les bouchons du "canal Bichiques" . mais ce qui est certain c’est que la fermeture de cette nouvelle route risque de coûter très cher aux réunionnais s’il n’y a pas une route de secours autre que celle du CD qui passe par la montagne.

    Ce stress de la fermeture de la route sur mer aurait pu être évité si on avait adopté l’une des trois propositions que j’avais faites au moment où le projet état à l’étude, soit :
    1) Passer carrément par les hauts à l’air libre jusqu’au Ruisseau blanc et redescendre en tunnel jusqu’à la zone de la providence à Saint Denis pour respecter une pente de moins de 5%
    2) Passer en tunnel en superposant le passage de la route et du tram train .
    3)Passer de la même manière sur la mer ,mais avec un viaduc à arche et ou à haubans de manière que le tablier du pont et du tram train soit au moins à 40m au dessus du niveau de la mer.
    Et on aurait peut être dépensé un peu moins d’argent pour étudier et réaliser cet équipement absolument indispensable à l’économie de notre ile car les solutions que je propose ne devraient pas coûter plus de 1,1milliards d’euros , en comparaison du cout de la route des tamarins ou du pont de Millaud .

    Comme le choix de la nouvelle route a été fait au moment où il était encore impossible prévoir une hausse du niveau de la mer pouvant atteindre 5 ou 6 m d’ici la fin du siècle , il est peut être encore temps de corriger ce choix et d’adopter l’une des trois solutions que j’ai proposée. Mais si cela était impossible pour des raisons juridiques techniques et financières pour ne pas dire politiques, on pourrait au moins ,il faudrait profiter de la nécessité d’apporter des matériaux d’enrochement à cette nouvelle route notamment pour sa partie digue ,pour creuser ,comme je l’ai proposé récemment dans une intervention sur la carrière de Bois Blanc, un tunnel qui pourra servir de passage à une route de secours et éventuellement au tram train si on veut réduire les risque de paralysie totale de l’ile lorsque l’ouvrage en mer supportant la route et le train sera fermé pour une durée indéterminée comme cela a été le cas pour le pont de la rivière st Etienne dans les Sud.
    Joseph Luçay Maillot

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