Changement climatique

Déficit en eau dans le Nord et l’Est

Le changement climatique à La Réunion

Manuel Marchal / 19 avril 2014

Le dernier bulletin publié par l’Office de l’eau Réunion fait apparaître une aggravation du manque d’eau dans le Nord, l’Est et dans les Plaines. Considérées comme le château d’eau de La Réunion, ces régions souffrent de la sécheresse, c’est tout un aménagement qui est à revoir.

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Cette carte de l’Office de l’eau montre que les régions les plus déficitaires (en rouge) sont précisément celles qui sont les plus humides habituellement. Si ce changement brutal se confirme, il faudra bien s’adapter et tout remettre en cause.

Le changement climatique a des effets qui sont au début difficile à percevoir. Une fois le phénomène enclenché, la progression n’est pas régulière mais plutôt sous forme de paliers. A chaque fois qu’un seuil est franchi, l’aggravation s’accélère.

Les îles sont placées sur la ligne de front. Les dégâts des cyclones sont considérables. Mais d’autres phénomènes moins violents sur le coup ont un impact aussi grand, ce sont les variations des précipitations et des températures. L’été passé, l’Australie a connu une période durant laquelle les températures étaient supérieures à 40 degrés. Les effets sur la production agricole sont importants, alors que l’Australie est un des plus grands pays exportateurs. En Inde, la variation de la température et des précipitations a favorisé une récolte record de canne à sucre. Face à l’impossibilité de gérer pour le mieux les excédents, les autorités de ce pays de plus d’un milliard d’habitants ont décidé d’exporter le sucre en trop. Si cette situation se répète, alors ce pays deviendra exportateur de sucre.

La sécheresse remet tout en cause

À La Réunion, un phénomène inhabituel s’installe : la sécheresse. L’an passé, mai, juin et juillet avaient été les mois les plus secs depuis plus de 50 ans. Les planteurs en ont particulièrement souffert. C’est dans les régions habituellement les plus arrosées que la différence est la plus grande entre la moyenne et la situation observée. Au début de l’année, le cyclone Béjisa avait frôlé les côtes amenant avec lui de la pluie. Trois mois plus tard, il manque déjà de l’eau et la saison sèche vient à peine de commencer.

L’Office de l’eau précise que l’Est est particulièrement déficitaire, aussi bien pour le débit des eaux de surface que pour le niveau des nappes phréatiques. Le Nord connaît pour sa part un manque pour les eaux souterraines.

Cela remet en cause un raisonnement qui a cours depuis des décennies à La Réunion : compenser le manque d’eau dans l’Ouest par un transfert venant de l’Est. C’est sur la base des observations traditionnelles qu’a donc été lancé le chantier de basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest. C’était voici plus de 30 ans. Mais en 30 ans le climat a changé, et la ressource en eau n’est plus aussi abondante qu’au moment de la pose de la première pierre. Ce qui était vrai dans les années 80 ne l’est plus aujourd’hui.

L’adaptation

Or d’après les différents rapports qui se succèdent, ce n’est que le début des effets du changement climatique. Faute de modification du modèle de développement pendant les dernières décennies, le réchauffement global va se poursuivre. Cela pose pour notre île la question de la gestion de la ressource en eau. Si la sécheresse continue de s’installer, alors le volume d’eau diminuera tandis que la population continuera à augmenter.

En fonction de cette donnée, tout l’aménagement est lui aussi remis en cause. Car la région humide pourrait bien devenir une région sèche.
Quant à la gestion de l’eau, elle ne peut plus se permettre d’être victime du gaspillage. Le changement sera plus rapide qu’on ne le croit, et il faudra bien s’adapter.

 M.M. 

Le communiqué de l’Office de l’eau


Dans le cadre de son suivi régulier des ressources en eau à La Réunion, l’Office de l’eau Réunion constate que les débits médians mensuels des cours d’eau et les niveaux moyens des nappes souterraines baissent sur l’ensemble de l’île en mars 2014. Cette diminution entraîne une accentuation des déficits déjà constatés le mois précédent.

En ce qui concerne les rivières, 7 stations sur 8 présentent des débits inférieurs aux normales saisonnières. Seul le secteur du Tévelave reste légèrement excédentaire avec +16% sur la Source Dussac dans les Hauts de l’Ouest. Les déficits les plus importants se retrouvent dans l’Est et le Sud. Le débit du Bras Laurent à Sainte-Suzanne affiche une valeur inférieure au minimum de saison observé en 2001. Les rivières Saint-Jean (-57%) à Saint-André et Langevin (-50%) à Saint-Joseph passent d’un état déficitaire à fortement déficitaire entre février et mars 2014. A Saint-Benoît, des déficits sont également mesurés sur la Rivière des Roches (-39%) et la Rivière des Marsouins (-37%).

En ce qui concerne les ressources en eau souterraine, la situation est plus favorable sur la côte Ouest plutôt excédentaire alors que le secteur Nord, la côte Est et les Plaines sont fortement déficitaires. Sur la côte Ouest et Sud-Ouest, quelques aquifères restent en excédent par rapport aux normales saisonnières avec notamment +12% au Port, +26% à Saint-Paul Centre, +43% à La Saline et +27% sur la Plaine des Cocos à Saint-Louis. Les déficits sont également moins marqués à -35% sur la Plaine du Gol à Saint-Louis, -13% à Saint-Gilles et -8% à Pierrefonds. Ailleurs, des déficits sont enregistrés sur Sainte-Marie (-49.5%), Sainte-Suzanne (-76%), le littoral de Saint-André en rive gauche de la Rivière du Mât (-66%), dans les hauteurs de Saint-André(-91%), Saint-Benoît (-99%) et à la Plaine-des-Palmistes (-64%). 2 nouveaux minimums de saison sont observés : les niveaux du forage « S2 Rivière du Mât les Bas » à Bras-Panon en rive droite de la Rivière du Mât et du piézomètre « Champ Fleury » à Saint-Denis chutent en dessous des valeurs minimales observées pour un mois de mars.


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