Changement climatique

Dépasser au plus vite un modèle de développement destructeur de l’environnement

Six ans avant une situation incontrôlable

Manuel Marchal / 28 décembre 2009

L’impact actuel du changement climatique et les prévisions des scientifiques soulignent l’urgence d’agir. Face à cette réalité, l’attitude des dirigeants des pays riches est extrêmement inquiétante. Ils persistent à refuser d’appliquer pleinement le principe de la responsabilité différenciée et tentent de maintenir à tout prix un modèle dépassé et incompatible avec le développement durable.

Le 7 décembre dernier, trois personnes sont intervenues lors de l’inauguration de la Conférence de Copenhague : Lars Løkke Rasmussen, Premier ministre du Danemark, le pays hôte ; Yvo de Boer, secrétaire exécutif de l’UNFCCC (Convention-cadre de l’ONU sur le changement climatique), co-organisatrice de l’événement ; et Rajendra Pachauri, président du GIEC (panel international d’experts sur le climat). Ce choix montre que les décisions qui doivent être prises s’appuient sur une base scientifique. Cette dernière est le résultat du travail de milliers d’experts qui arrivent à élaborer des prévisions en fonction des différentes décisions qui pourraient être prises. La présence de Rajendra Pachauri à l’ouverture des débats souligne donc l’importance accordée par les Nations-Unies à ces prévisions.
Ce 7 décembre à Copenhague, le Docteur Pachauri dresse un tableau alarmant de l’avenir du monde. Les émissions de gaz à effet de serre doivent diminuer d’ici 2015, sinon la situation deviendra incontrôlable. C’est-à-dire que si les émissions de gaz à effet de serre continuaient d’augmenter au rythme actuel après 2015, la hausse de la température moyenne serait bien au-dessus de deux degrés. C’est au-delà de cette limite que tout pourrait alors être bouleversé.

La responsabilité historique des pays riches

Dès le départ, le cadre du débat était donc posé. À partir de là se déclinent les possibilités d’action de chacune des parties prenantes aux discussions. Les négociations devant déboucher sur des engagements à prendre pour la période de l’après 2012.
Mais d’où vient cette difficulté à aller vers le nécessaire accord ambitieux et contraignant ? Deux explications s’additionnent.
Tout d’abord, il est clairement démontré que les émissions massives de CO2 ont d’abord commencé en Occident puis ont été le modèle de développement des pays riches. Les phénomènes que les pays les plus vulnérables subissent en ce moment sont le résultat d’une pollution provoquée dans des pays lointains, et voici de nombreuses années.
Cela veut donc dire que si tous les pays du monde sont concernés par le changement climatique, la responsabilité n’est pas la même, elle est différenciée. Les pays riches ont une responsabilité historique dans le déclenchement et l’amplification du changement climatique. Ils constituent toujours le groupe des plus gros pollueurs du monde, et c’est donc chez eux que se trouvent les marges de manœuvre les plus importantes pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Mais cette responsabilité historique est toujours extrêmement difficile à admettre, à un point tel que le groupe des pays riches a tenté d’imposer à la conférence un texte remplaçant le Protocole de Kyoto (voir encadré).

Casser le cycle "prédation-production-pollution"

La signature d’un accord contraignant imposant aux pays riches des efforts drastiques, c’est aussi reconnaître que le modèle qu’ils ont imposé au monde depuis 200 ans est dépassé. C’est la deuxième difficulté.
L’utilisation massive des énergies fossiles pour construire un développement n’aurait pas été possible sans le pillage des ressources naturelles des pays du Sud. Dans la conférence de presse qu’il a tenue le 18 décembre 2009 à Copenhague, Mohamed Ahmadinejad rappelait qu’avant 1980, la quasi-totalité du pétrole produit par l’Iran était cédée à bas prix à l’Occident. Toute l’énergie fossile à bon marché brûlée par les pays riches est le résultat d’une politique de prédation. L’invasion de l’Irak est le dernier exemple de ce mode de fonctionnement. C’est donc cette énergie pillée par les pays riches que ces derniers transforment pour créer leurs richesses, ce qui a aussi pour conséquence d’augmenter la pollution de l’atmosphère et d’amplifier le changement climatique.
C’est ce cycle prédation-production-pollution qu’il est question de remettre en cause. En effet, si les pays riches acceptaient une baisse considérable de leurs émissions de gaz à effet de serre, alors ils seraient contraints d’accélérer considérablement la mise au point d’alternatives aux énergies fossiles. Cela remettrait en cause des pans entiers de leur économie. Que faire de tous les produits dérivés du pétrole ? Que deviendrait toute l’industrie financière qui gravite autour de cette richesse naturelle ?
La pression considérable sur les épaules du président des Etats-Unis illustre bien la difficulté des pays riches à reconnaître que leur modèle est d’un autre temps. Bien que lauréat du Prix Nobel de la Paix, Barack Obama n’est pas allé au-delà de 4% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Le dirigeant du plus gros pollueur de l’Histoire fait ainsi l’offre la plus faible de tous les pays riches.
Mais plus le temps passe, et plus se rapproche le moment où la situation deviendra incontrôlable. Il reste moins de six ans pour agir. Si les pays riches continuent à refuser tout accord ambitieux et contraignant, alors ce délai pourra encore se raccourcir, rapprochant l’humanité d’une crise sans précédent.

Manuel Marchal


Pourquoi un tel aveuglement ?

Au bout d’une semaine sont publiés par l’UNFCCC deux textes servant de base aux négociations finales. Ils proposent une baisse considérable des émissions de gaz à effet de serre, tout en soulignant que les pays riches doivent être les chefs de file de ce mouvement. Jusqu’à 2020, l’effort demandé aux anciennes puissances coloniales est une diminution comprise entre 30 et 45% par rapport au niveau de 1990. Et d’ici 2050, c’est une baisse d’au moins 85%.
La réussite de ce plan est subordonnée à l’engagement des pays riches au premier rang desquels figurent les Etats-Unis. La diminution proposée est en effet un amendement au Protocole de Kyoto, que les Etats-Unis ont toujours refusé de ratifier.
La dernière semaine a vu différents blocages surgir. Les représentants de 80% de l’humanité ont ainsi pris l’initiative de sortir des discussions pendant trois heures pour obtenir la garantie que le Protocole de Kyoto ne sera pas remis en cause. Les pays riches bloquent toute la semaine l’adoption de tout texte ambitieux. Et au dernier jour de la conférence, ils tentent malgré tout d’imposer un texte remettant en cause le Protocole de Kyoto. Ce document deviendra l’"Accord de Copenhague" accepté par 28 pays, et dont la conférence décidera finalement de prendre note. Cette tentative de dernière minute témoigne d’un inquiétant aveuglement. Espérons qu’il ne soit pas trop tard pour prendre enfin les mesures contraignantes qui s’imposent.


Si rien ne change… la catastrophe

Voici quelques annonces faites solennellement par Rajendra Pachauri, le président du GIEC, lors de la cérémonie d’ouverture de la Conférence de Copenhague.

- disparition possible de la banquise vers la fin du 21ème siècle.

- augmentation de la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes, des vagues de chaleur et des violentes précipitations.

- diminution des ressources en eau des plusieurs régions du monde : pays de la Méditerranée, Ouest des Etats-Unis, Afrique australe et Nord-Est du Brésil.

- élimination possible de la calotte glaciaire du Groenland, ce qui entrainerait une hausse de 7 mètres du niveau des mers.

- 20 à 30% des espèces vivantes sont menacées d’extinction à court terme si la température moyenne augmente au-delà de 1,5 à 2,5 degrés.

- tensions sur les ressources en eau dues à la croissance de la population et à l’urbanisation. En 2080, 2 milliards de personnes pourraient manquer d’eau. Et dès 2020, ce sont entre 75 et 250 millions d’Africains qui seront dans cette situation. Ce manque d’eau pourrait entrainer la diminution des rendements des récoltes de 50%.


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