Changement climatique

Echec de la tentative d’imposer un accord défavorable aux intérêts des peuples

Retour sur la dernière journée de la Conférence de Copenhague

Manuel Marchal / 21 décembre 2009

La dernière journée de la Conférence, l’Occident a utilisé tous les moyens à sa disposition pour tenter de supprimer le Protocole de Kyoto en cherchant à imposer un nouveau texte plus favorable à ses intérêts. Si cette stratégie a échoué, il est à noter que l’Occident a malgré tout réussi à torpiller toute possibilité d’un accord équitable pouvant garantir la survie de tous.

Contrairement à ce qui est souvent dit en substance, aucun accord n’a été signé à Copenhague. Ce qui est appelé "l’Accord de Copenhague" est en réalité une déclaration adoptée en comité restreint par moins de trente pays dont la Conférence de Copenhague a déclaré « prendre note », rien de plus.
Ce qui est vrai également, c’est que l’écrasante majorité des pays était sur une autre position : réduction d’au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre des pays riches d’ici 2020 et paiement par l’Occident d’une dette climatique de plusieurs centaines de milliards de dollars par an pour réparer les conséquences des changements climatiques chez les pays du Sud. Voilà quelle était la réelle base de ce qui aurait dû être "l’Accord de Copenhague".
Cette réduction des émissions de gaz à effet de serre était d’ailleurs la base du document proposé par le Groupe de suivi des engagements du Protocole de Kyoto, le 11 décembre, soit au terme de la première semaine de négociations.

L’Occident bloque toute possibilité d’accord équitable

Ce document prévoyait d’amender le Protocole de Kyoto pour que les pays occidentaux réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre entre 30 et 45% par rapport aux niveaux de 1990, ce qui représentait le double de la proposition européenne (-20%), et 10 fois ce que les USA mettent sur la table (-4%). Ceci pouvait permettre d’être la base d’une stabilisation de la température à +1,5 degré par rapport au niveau moyen d’avant le lancement par l’Occident de son industrialisation.
Seuls les responsables d’un petit groupe de pays représentant moins de 20% de la population du monde étaient contre la transformation de ce document provisoire en accord. Ils ont donc été d’une intransigeance excessive, à l’image de la quantité excessive de gaz à effet de serre que ces pays émettent depuis 200 ans. L’Occident a donc décidé de bloquer tout accord équitable, tout en prenant soin de préparer sa proposition : l’abandon du Protocole de Kyoto et son remplacement par un texte fait pour les intérêts des pays riches. Sans rien vouloir proposer plus que ce qu’il fait aujourd’hui, l’Occident voulait donc que cela soit les pays en voie de développement qui s’engagent.

Tentative de supprimer le Protocole de Kyoto

Un tel texte vise à deux objectifs. Il s’agit tout d’abord de renier la responsabilité historique des pays riches dans le déclenchement et l’aggravation des émissions de gaz à effet de serre. Cette responsabilité historique est en effet bien présente dans le Protocole de Kyoto, puisque les Occidentaux sont les seuls à se voir fixer des objectifs de réduction de la pollution.
Ensuite, il s’agit de maintenir la domination de l’Occident sur l’économie actuelle, étant entendu que dans le cadre actuel, le pays qui pollue le plus par habitant est celui qui est le plus puissant. Cette logique conduit à penser qu’en imposant à terme aux pays du Sud des objectifs de réduction de gaz à effet de serre sans garantie de leur fournir les fonds nécessaires pour l’adaptation et les transferts de technologie, cela permet de ralentir leur développement et donc d’éliminer des concurrents potentiels.

Manuel Marchal


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