Changement climatique

El Niño : l’Ethiopie craint une nouvelle sécheresse

Conséquence d’un phénomène climatique extrême

Témoignages.re / 18 janvier 2017

La FAO cible les éleveurs situés dans les régions du Sud, confrontés à des pluies insuffisantes suite au passage du phénomène El Niño.

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Photo IRIN

Suite à la pire campagne agricole qu’ait connu l’Ethiopie depuis des décennies, une nouvelle sécheresse touchant de larges pans du Sud du pays risquerait de compromettre le rétablissement de la sécurité alimentaire nationale, à moins de faire des efforts pour protéger les ménages vulnérables, a averti le 17 janvier la FAO.

Alors qu’une impressionnante intervention humanitaire menée par le gouvernement a fortement contribué à réduire le nombre de personnes souffrant de la faim lors de la pire sécheresse que le pays ait connu en 50 ans, les séquelles du passage du phénomène climatique El Niño l’année dernière, combinées à de faibles pluies tombées lors d’une campagne agricole essentielle, posent maintenant de nouveaux risques, en particulier pour les communautés d’éleveurs qui se retrouvent confrontées à des pénuries de fourrage et d’eau dans les régions du Sud du pays.

Protéger les dernières récoltes implique de répondre aux besoins indispensables au maintien des moyens d’existence des ménages fragilisés, qui ont perdu ou vendu leur bétail et autres actifs, et d’éviter ainsi d’ajouter des dettes supplémentaires aux familles tentant tant bien que mal de faire face aux répercussions négatives du phénomène climatique El Niño.

Selon le nouveau Document sur les besoins humanitaires (HRD), publié récemment, une action efficace et réalisée en temps opportun a contribué à réduire le nombre de personnes souffrant de la faim qui auront besoin d’une aide alimentaire en 2017 (5,6 millions de personnes), soit deux fois moins qu’au mois d’août de l’année dernière. L’insécurité alimentaire s’est pourtant aggravée dans 120 « woredas » (districts), tandis que pour la troisième année consécutive (depuis décembre 2015) 86 « woredas » sont considérées comme des zones de haute priorité.

Le HRD, qui vient d’être approuvé, a été élaboré par le gouvernement éthiopien avec notamment l’aide d’autres organisations onusiennes, d’ONG ou encore de partenaires de développement et couvre un large éventail de domaines tels que l’éducation, l’accès à l’eau et l’alimentation. D’après ce document, la majeure partie des besoins du secteur agricole concernent l’aide aux éleveurs et le bétail des agropasteurs. Ainsi, 42 millions de dollars sont nécessaires afin d’atteindre 1,9 million de ménages, principalement dans les régions pastorales du Sud et du Sud-est du pays, affectées cette année par la sécheresse.

La sécheresse frappe à nouveau

Alors que le Nord et l’Ouest de l’Ethiopie subissent principalement les conséquences du phénomène climatique El Niño, une nouvelle sécheresse commence à se faire sentir dans les régions pastorales du Sud et du Sud-est du pays dont Oromia, Somali, Nations, Nationalités et peuples du Sud (SNPP) où des pluies irrégulières et retardées ont contribué à limiter la disponibilité en pâturages et en eau.

Quelque 80 pour cent d’éthiopiens dépendent de l’agriculture et du bétail pour leurs moyens d’existence, tandis que les terres arables du pays dépendent largement des pluies saisonnières. Ces précipitations inférieures à la moyenne ont également affecté la Somalie et le Kenya voisins. Les répercussions devraient vraisemblablement surtout se faire sentir début 2017 au niveau du bétail, avec des migrations précoces inhabituelles, un taux de mortalité supérieure à la moyenne et une maigreur extrême.

La FAO appelle à une intervention immédiate afin de soutenir la sécurité alimentaire et la nutrition des ménages dépendants des animaux. En plus de fournir des compléments alimentaires au bétail, en particulier le long des routes migratoires, des interventions ciblées de déstockage seront mises en œuvre afin de distribuer de la viande riche en protéines aux communautés pastorales vulnérables et de renforcer les prix du bétail sur les marchés locaux. Les animaux mal nourris ont une capacité de reproduction limitée, ce qui a pour effet d’allonger le délai nécessaire requis pour reformer un cheptel. Pour les ménages éthiopiens, se réapprovisionner après avoir perdu la moitié de son troupeau prendra quatre ans et ce, s’ils ne rencontrent pas de conditions défavorables.

Surmonter les problèmes de fragilité

Même si l’aide de la FAO se concentrera sur les communautés dépendantes du bétail, certaines zones situées le long de la Vallée du Rift, en particulier dans les plaines du Nord et de l’Est du pays, doivent faire face à une production agricole inférieure à la moyenne et ont donc bénéficié d’une aide agricole prioritaire, compte tenu du fait que leur rétablissement prendra plus de temps que prévu. Dans la région de Gambella, les réfugiés sud-soudanais et leurs communautés hôtes sont confrontés à des problèmes de disponibilité en nourriture et d’accès aux aliments. Ainsi, il est essentiel de permettre aux ménages de produire davantage de leur propre nourriture.

Après avoir atteint, en 2016, 1,3 million d’agriculteurs et d’éleveurs affectés par la sécheresse (elle-même résultat du phénomène El Niño), la FAO lance un appel de fonds de 20 millions de dollars afin d’atteindre un million de ménages agricoles, pastoraux et agropastoraux en 2017, avec pour objectif de protéger les gains réalisés l’année dernière et d’éviter que les ménages vulnérables ne se rapprochent encore plus d’une situation d’insécurité alimentaire. Le programme de la FAO vise en particulier à soutenir la production agricole, à mettre en œuvre des interventions d’urgence et des activités de résilience dans le secteur de l’élevage, à soutenir les moyens d’existence dans les zones accueillant des réfugiés et à consolider la coordination, la collecte d’information et les analyses.