Changement climatique

« Exiger le droit de l’humanité à l’existence »

Tribune libre : la Conférence de Copenhague vue par Fidel Castro —1—

Témoignages.re / 30 décembre 2009

Dans la deuxième partie de sa Réflexion, l’ancien chef de l’État cubain met l’accent sur le principe de la responsabilité différenciée.

Le ministre cubain des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, a affirmé dans la conférence de presse qu’il a donnée le 21 décembre des vérités absolument indéniables. J’en cite quelques paragraphes :
« À Copenhague, je tiens à le souligner, la Conférence des Parties n’a adopté aucun accord, aucune décision concernant des engagements, qu’ils soient contraignants ou pas, ni absolument aucune décision relevant du droit international : à Copenhague, il n’y a pas eu d’accord, tout simplement !
« Le Sommet a été un échec, et l’on veut pourtant berner l’opinion publique mondiale. […] la carence de volonté politique a sauté aux yeux…
« …il a constitué un recul dans l’action de la communauté internationale pour prévenir ou alléger les retombées des changements climatiques…
« …la température mondiale pourrait s’élever de 5º en moyenne… »
Puis notre ministre a apporté d’autres données intéressantes sur les conséquences possibles de cet échec, selon les dernières recherches scientifiques :
« …de la date du Protocole de Kyoto à ce jour, les pays développés ont élevé leurs émissions de 12,8%… 55% de ce volume correspondant aux USA
« Un Étasunien consomme en moyenne 25 barils de pétrole par an, un Européen 11, un Chinois moins de 2, un Latino-Américain ou un Caribéen, moins de 1.
« Trente pays, dont ceux de l’Union européenne, consomment 80% des combustibles produits. »

Pourquoi le Protocole de Kyoto a été menacé

Le fait est que les pays développés signataires du Protocole de Kyoto ont élevé radicalement leurs émissions. Ils veulent toutefois substituer maintenant à la base adoptée pour calculer ces émissions, autrement dit 1990, une nouvelle base, 2005, de sorte que les engagements envisagés par les USA, les plus gros pollueurs, ne représenteraient qu’une réduction de 3% par rapport à vingt-cinq ans avant ! C’est là se moquer d’une manière éhontée de l’opinion mondiale…
Le ministre cubain, parlant au nom des pays de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), et défendant la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres États importants à économie émergente, a ratifié le concept dégagé à Kyoto de « responsabilités partagées, mais différenciées, ce qui veut dire que les pays à accumulation historique et les pays développés, responsables de cette catastrophe, ont des responsabilités différentes de celles des petits États insulaires ou des pays du Sud, surtout des pays les moins avancés… »
« Responsabilités veut dire financement ; responsabilités veut dire transfert de technologies dans des conditions acceptables. Mais Obama joue sur les mots, et au lieu de parler de "responsabilités" partagées mais différenciées, il parle de "réponses" partagées, mais différenciées…
« …il abandonne la salle plénière sans même daigner écouter qui que ce soit, de même qu’il n’avait écouté personne avant son intervention. »
Obama avait affirmé lors d’une conférence de presse ayant précédé son départ de la capitale danoise : « Nous avons généré ici à Copenhague un accord substantiel sans précédent : pour la première fois dans l’Histoire, les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités ».

La tentative du 19 décembre

Dans son exposé clair et irréfutable, notre ministre s’est exclamé :
« Que signifie : "…les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités" ? Ça veut dire qu’il fait retomber une part importante du fardeau que représente le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation que doivent adopter les pays, surtout ceux du Sud, face aux changements climatiques, sur la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. Car, il faut bien le dire, la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et tous les pays appelés par euphémisme en développement ont été victimes d’un braquage, d’un hold-up ! »
Voilà dans quels termes frappants et irréfutables notre ministre a raconté ce qu’il s’est passé à Copenhague.
Je dois ajouter que le 19 décembre, à dix heures du matin, alors que notre vice-président Esteban Lazo et notre ministre des Relations extérieures étaient déjà repartis, on a assisté à une tentative tardive de ressusciter le document mort-né de Copenhague en tant que document du Sommet. Il ne restait plus alors pratiquement aucun chef d’État et seuls quelques ministres. De nouveau, la dénonciation des membres restants des délégations de Cuba, du Venezuela, de Bolivie, du Nicaragua et d’autres pays a fait capoter la manœuvre. Voilà comme s’est conclu le Sommet : sans gloire !
On ne saurait non plus oublier qu’aux heures les plus critiques de cette journée-là, tard dans la nuit, le ministre cubain des Relations extérieures, et les délégations qui livraient cette digne bataille, ont offert leur coopération au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, dans la lutte toujours plus dure qui se déroulait et dans les efforts à consentir à l’avenir pour préserver notre espèce.

« Obama est le plus critiqué »

L’organisation écologique World Wide Fund (WWF) a averti que les changements climatiques échapperaient à tout contrôle dans les cinq à dix prochaines années si les émissions n’étaient pas réduites radicalement.
Mais Obama lui-même m’épargne la peine de démontrer ce que j’ai dit sur ses agissements.
Il a déclaré le 23 décembre, dans une interview à la chaîne de télévision CBS, que les gens avaient raison d’être déçus des résultats du Sommet sur les changements climatiques : « …au lieu d’un échec total, d’une inaction totale, ce qui aurait été un énorme recul, nous avons pu du moins nous maintenir en gros là où nous étions… »
Selon l’agence de presse, Obama est le plus critiqué par les pays qui sentent presque à l’unanimité que le Sommet s’est achevé sur un désastre.
L’ONU est maintenant dans une impasse. Demander à de nombreux autres États d’adhérer à un accord arrogant et antidémocratique serait humiliant.
Poursuivre la bataille et exiger à toutes les conférences, surtout celles de Bonn et de Mexico, le droit de l’humanité à l’existence, en nous fondant sur la morale et la force que nous donne la vérité, telle est à mon avis la seule voie.

Fin


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