Changement climatique

Fonte des glaces de l’Antarctique : la NRL condamnée d’avance

Développement durable

Manuel Marchal / 16 janvier 2014

D’un coût évident de plusieurs milliards d’euros, la Nouvelle route du littoral à La Réunion pourrait-elle être autre chose que le produit jetable le plus cher du monde ?

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Les vagues qui submergent la route actuelle vont être toujours plus haute à chaque cyclone, car le niveau de la mer ne cesse de monter. La fonte des glaces de l’Antarctique accentue ce phénomène. Pourquoi alors s’entêter à construire une route en mer ? (photo J.M.H.)

La fonte des glaces des glaciers de l’Ouest de l’Antarctique fera monter le niveau des océans de 4 mètres. Cela remet en cause tous les projets d’infrastructure sur le littoral, dont la route en mer de Didier Robert. A moins que ce dernier veuille faire de la NRL le produit jetable le plus cher du monde, et de loin !

Rappelons que c’est avec le stylo bille que s’est étendu dans le monde le modèle du produit jetable. Une fois toute l’encre consommée, pas de recharge ou de réparation, c’est la poubelle. C’était la rupture avec les stylos à encre que l’on pouvait garder de très nombreuses années.

Ce modèle s’est ensuite étendu aux rasoirs et à quasiment tous les types de produits. Le jetable ne concerne plus seulement le low-cost. Même des appareils électroniques haut de gamme sont bien souvent irréparables au moindre problème. D’où l’émergence depuis plusieurs années d’une alternative pour mettre fin à ce qui devient un gaspillage généralisé, c’est le durable.

Une route doit être durable

S’il y a bien un équipement qui est fait pour durer, ce sont les routes. Elles peuvent être en service pendant des siècles, à condition d’être entretenues. Dans des pays d’histoire plus ancienne, il n’est pas rare d’emprunter des ponts vieux de plusieurs centaines d’années. Dans notre île, des chemins bâtis par des esclaves sont toujours utilisés quotidiennement par des randonneurs : le chemin entre La Possession et Saint-Denis sur la corniche du littoral, les chemins pavé reliant le bas de Saint-Paul aux emplacements des anciennes plantations dans les Hauts sont des exemples bien connu.

Il existe encore des exemples d’ouvrages du chemin de fer réutilisés par le réseau routier, notamment l’ancien pont de la rivière Saint-Etienne. Dans ce cas, ce sont des infrastructures qui ont plus de 120 ans.

Plus près de nous, la route des Tamarins est elle aussi construite pour durer. Elle est conçue pour résister aux cyclones, et il est hors de question d’imaginer que des ponts tels que celui de la Grande Ravine doivent être reconstruit tous les 20 ans.

La première route du littoral a duré 15 ans

La route du littoral déroge à cette obligation de durer. La première était inaugurée en 1963. 15 ans plus tard, elle était rendue inutilisable. En 1978, la seconde route du littoral était mise en service. Pour cette dernière, les arguments étaient ceux utilisés aujourd’hui par les partisans de la route en mer de Didier Robert. La seconde route du littoral devait être indestructible, à l’abri des chutes de pierres car éloignée de la falaise, hors de portée de la houle car construite en hauteur et protégée par des tétrapodes en béton. A peine deux ans après son inauguration, elle était entièrement recouverte par un éboulis, emportant la vie de plusieurs jeunes Réunionnais. Il a alors fallu plus de 100 millions d’euros d’investissements sous la mandature de Paul Vergès pour réduire le risque des chutes de pierres grâce à la pose de filets.

C’est alors qu’a été lancé le projet d’une alternative totalement sécurisée : le tram-train. Car tout comme le chemin de fer, le tram-train ne longe pas la mer, il passe sous la montagne dans un tunnel. Pendant ces 80 ans d’utilisation, le tunnel entre Saint-Denis et La Possession ne s’est jamais effondré, et n’a jamais été submergé. Il est toujours là, intact. C’est une grande différence avec la route du littoral. Mais le projet a été stoppé.

La NRL, c’est du jetable à plusieurs milliards !

Celui présenté par Didier Robert sonnerait donc la fin de vie de la route actuelle, à l’âge de 42 ans si les délais étaient tenus. Mais combien de temps durerait la route en mer ? 42 ans comme la 2e route ? 15 ans comme la 1ere ? Ou encore moins ? Sera-t-elle le prototype de la route jetable ?

Une donnée essentielle vient d’être rendue publique par la revue scientifique "Nature Climate Change". Dans un article, les chercheurs démontrent l’accélération de la fonte d’un glacier de l’Antarctique, le glacier du Pin. A lui seul, sa fonte fera monter le niveau des océans d’un centimètre.

Mais il s’avère que l’Ouest de l’Antarctique subit un réchauffement important. C’est un volume d’eau considérable, et la désintégration de ces glaciers pourrait faire monter le niveau de la mer de 4 mètres. Compte tenu de l’évolution du climat, cette hypothèse n’est pas à exclure dans les décennies à venir.

Cela remet en cause tous les aménagements en bord de mer. Quant à la nouvelle route du littoral, elle est condamnée avant même d’être construite par les effets du changement climatique.

M.M. 


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