Changement climatique

Impacts du changement climatique à La Réunion

Un phénomène mondial, des répercussions dans l’île

Manuel Marchal / 15 novembre 2017

La pénurie de letchis et l’installation de la dengue à La Réunion sont des illustrations concrètes du dérèglement climatique.

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Les letchis se font rares en ce mois de novembre.

Alors que se déroule à Bonn, la COP23, conférence internationale sur le climat, deux informations retiennent l’attention.

Tout d’abord, la saison des letchis n’est pas bonne cette année. Des agriculteurs font état d’une récolte désastreuses comme rarement ils en ont vu. Ce fruit sera rare cette année, et les personnes qui en vivent se préparent à affronter une catastrophe économique, et en appellent déjà à la solidarité.

Ensuite, l’Agence régionale de santé annonce que le virus de la dengue a réussi à passer l’hiver. Ce qui suppose que les conditions étaient favorables pour que ses vecteurs, une espèce de moustiques, restent en nombre suffisant. Dans ces conditions, l’arrivée de l’été impose la plus grande vigilance afin que la dengue ne devienne pas une catastrophe sanitaire, économique et environnementale comme l’avait été le chikungunya.

Cette année, l’hiver a été chaud et à l’échelle du monde, 2017 sera une des trois années les plus chaudes. Cela n’est pas sans conséquence, avec notamment la sécheresse. Cette situation risque de perdurer car d’après Météo France, la saison cyclonique sera moins active que d’habitude. L’institut a publié hier sa Prévision d’activité cyclonique dans le Sud-Ouest de l’océan Indien pour la saison 2017-2018, en voici un extrait :

Contexte météo « globalement sec »

« Nous estimons que, pour la saison cyclonique 2017-2018, il y a une probabilité de 50 % de connaître une activité inférieure à la normale, une probabilité de 40 % pour que l’activité cyclonique soit proche de la normale et une probabilité de seulement 10 % de connaître une saison finalement plus active que la normale. En termes de nombre total de systèmes (tempêtes et cyclones), on estime, avec une probabilité de 70 %, que celui-ci devrait être compris entre 7 et 10, dont la moitié (ratio climatologique) pourrait atteindre le stade de cyclone tropical (soit entre 3 et 5). On rappelle que la valeur climatologique du nombre de systèmes par saison est à 10 sur le Sud-Ouest de l’océan Indien. Dans un contexte météorologique attendu globalement sec et peu favorable à l’activité cyclonique sur la moitié Est du bassin mais plus propice à l’activité perturbée sur la moitié Ouest (celle qui contient les terres habitées), on peut s’attendre à une activité cyclonique qui devrait être préférentiellement localisée sur la moitié Ouest du bassin au détriment de la moitié Est ».

Météo France n’oublie pas de rappeler que « ces prévisions ne présagent rien de l’impact éventuel d’un cyclone sur un territoire particulier de la zone. Parce qu’il suffit d’un seul système pour connaître un impact pouvant être catastrophique, même une saison peu active peut être source de dégâts majeurs. Il convient donc de mettre en œuvre dès à présent et comme chaque année, les précautions d’usage de début de saison cyclonique ».

Réalité concrète

D’un côté, la sécheresse est en train de s’installer depuis plusieurs années. C’est notamment en raison d’un manque de pluie liée à une diminution du passage des cyclones près des côtes de La Réunion. Mais d’un autre côté, ces dernières années ont vu le passage sur des terres de cyclones d’un intensité si grande qu’une nouveau classement de ces phénomènes est discuté. L’exemple le plus récent est Irma qui a gravement endommagé une grande partie des bâtiments de Saint-Martin, dont celui de l’aéroport international, la préfecture et l’hôpital.

Le changement climatique n’est pas un phénomène lointain. Ses conséquences concrètes se font sentir dès maintenant dans la population. Et dans une société aussi inégalitaire que La Réunion, ce sont les plus pauvres qui subissent le plus grand choc. Leurs maisons sont plus fragiles, et en cas de cyclones ils peuvent tout perdre car leur bien n’est souvent pas assuré.

Lutter contre les inégalités est une des raisons d’être du communisme. Les effets du changement climatique, conséquence de l’exploitation capitaliste, soulignent la justesse du combat pour une nouvelle civilisation.

M.M.



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Messages






  • C’est peut être le réchauffement climatique qui est à l’origine de la pénurie de letchis que l’on constate cette année mais c’est difficile de dire quelle est la cause précise de cette pénurie .

    On pourrait dire que c’est due à une chaleur excessive , avant ou pendant la période de floraison , mais comme la température de l’île de la réunion est approximativement la même que celle de nos voisins mauriciens ou malgaches il faudrait vérifier que eux aussi sont dans la même situation que nous pour en être sûrs .

    On pourrait aussi dire que lors de la floraison, nos insectes polinisateurs , sans lesquels nous ne pouvons pas avoir de fruits , n’ont pas fait leur travail , soit parce qu’ils étaient malades sous l’effet de certains insecticides , soit parce qu’ils n’ont pas résister aux vagues de chaleurs de l’été précédent . Il faut savoir que la température létale des abeilles (température à laquelle elle meurt systématiquement ) est d’environ 46°. Or le réchauffement climatique provoque déjà des pics de température supérieurs à 45° pendant certaines heures de la journée . Ce qui a pu réduire considérablement le nombre de nos abeilles . Mais là aussi les mêmes causes créant les mêmes effets , ce qui s’est produit chez nous a pu aussi se produire chez nos voisins, et si ce n’est pas le cas il faut chercher ailleurs la raison de cette pénurie exceptionnelle de letchis .

    On pourrait aussi dire que c’est un virus ou une bactéries qui est à l’origine de cette pénurie , mais encore faudrait il l’identifier de manière certaine ,ce qui n’est pas encore le cas .

    Pour ma part , bien que je ne sois pas agriculteur , je pense que la pénurie de letchis pourrait provenir de l’insuffisance de pluie juste avant l’époque de la floraison et pendant la période de floraison . Le stress provoqué par le manque d’eau sur une période trop longue a probablement provoqué la perte des fleurs avant leur fécondation par les abeilles . Les apiculteurs pourront ou non confirmer cette théorie s’ils ont constaté une chute dans la production de miel de letchis cette année .

    Si cette hypothèse se vérifie , la seule solution pour éviter que cela ne se reproduise pendant les années futures c’est de permettre aux arboriculteurs et notamment aux planteurs de letchis d’irriguer leurs vergers lorsque les pluies se feront rares et insuffisantes .Mais pour cela il faut leur donner l’eau dont ils ont besoin en créant de grandes retenue d’eau artificielle dans lesquelles on pourrait stocker les eaux de pluies lorsqu’elle tombent abondamment à certaines époques de l’année.

    Il y a sans doute encore des captages possibles à la réunion pour l’irrigation , notamment dans l’Est de l’île, mais j’ai déjà également proposé de dévier les eaux des crues de la ravine sèche et du bras cabot par des tunnels vers le site du Grand Etang de Saint Benoit , il plus d’une trentaine d’années pour construire une grande retenue d’au qui pourrait être utilisée aussi bien par l’est que par l’ouest .Il serait peut être temps de concrétiser ce projet qui permettrait de donner de l’eau en quantité suffisante par gravitation à tous les agriculteurs de la cote Est et peut être aussi du Sud Ouest situés au dessous de 500 m d’altitude puisque le grand étang se trouve à525 m d’altitude . Et comme l’eau peut être utiliser par tous les agriculteurs qu’ils soient planteurs de cannes ou arboriculteurs ou maraichers ,la Réunion pourrait éviter la crise grave qui se profile avec la suppression des quotas sucriers et des aides de l’union européennes pour le secteur sucrier . En outre , en plus de l’irrigation l’eau permettrait aussi de produire de l’électricité avant d’arriver dans les champs .

    C’est bien entendu un projet pharaonique et coûteux , mais il pourrait être financé par les fonds européens , et donnerait du travail au secteur du BTP qui apparemment est sur le bord du gouffre , mais redonnerait également l’espoir aux milliers d’agriculteurs réunionnais qui auront enfin une autre alternative crédible que la culture de la canne à sucre .

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  • Avec hélas cette année, le débarquement sur l"île de la Réunion du parasite acarien "Varoa" qui attaque les abeilles, les tue, à cause involontaire j’espère, de l’importation de reines infestées, par la Poste, nous avons affaire à un nouveau problème grave, car plus d’abeille, ce sera fini de la polisation des letchis, mangues, et autres fruits, une page se tourne ? Arthur.

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  • Monsieur Arthur , le Varoa a probablement joué un rôle important dans la pénurie de Letchis qui s’annonce en réduisant considérablement la population des abeilles . Mais son arrivée dans l’île est trop récente pour qu’il soit responsable à lui tout seul de la pénurie signalée .

    Apparemment le manque de letchi sera généralisé à toute l’île , alors que le Varoa n’a pas encore infesté toutes les ruches de l’île et à mon avis c’est le manque d’eau de pluie prolongé sur toute l’île pendant la période de floraison et après la fécondation des fleurs qui est à l’origine de la pénurie . Les arbres ont été stressés par l’insuffisance d’eau et les fleurs sont tombées avant d’être fécondées par les abeilles ou autres insectes polinisateurs . Ce manque d’au explique aussi le fait que les fleurs qui ont été fécondées ont produit des fruits rachitiques . .

    Bien entendu il faut s’organiser pour lutter contre le Varoa et l’éradiquer de notre territoire, ce qui sera difficile compte tenu de l’étendue du domaine forestier , mais comme le phénomène de manque d’eau pendant la période de floraison risque de se reproduire et d’être encore plus grave si nous n’arrivons pas arrêter le réchauffement climatique de la planète , il est urgent de construire des grandes réserve d’eau qui seront utilisée pour l’irrigation pendant les périodes de sécheresse .

    Certains agriculteurs pourront probablement construire leur propre réserve et leur propre réseau d’irrigation , mais le problème doit être réglé au niveau de l’ensemble du territoire et nécessite une démarche globale qui aboutirait à la construction de plusieurs grandes réserves reliées entre elles pour fournir de l’eau à tout le monde le moment venu .

    Comme le rôle des insectes pollinisateurs est capital , la survie des abeilles devrait être considérée comme prioritaire et justifier la création d’un service public spécialisé et compétent pour agir et imposer certaines dispositions sur l’ensemble du territoire . Il faudra interdire certains pesticides et contrôler l’arrivée sur notre territoire d’espèces nouvelles qui pourraient constituer un danger pour les abeilles , mais on pourrait également envisager des actions de soutien des apiculteurs et les subventionner selon le nombre de ruches ou selon leur production de miel et de produits issus des ruches .de manière à maintenir une population d’abeilles suffisantes pour la fécondation des fleurs . Et comme chaque commune de l’île dispose d’un service spécialisé dans l’entretien des espaces verts , ces services pourraient recevoir une mission supplémentaire , celle d’élever des abeilles qui pourront participer à la fécondations des plantes sur le territoire communal mais également produire du miel qui pourra être consommé dans les cantines scolaires ou distribué aux association de bienfaisance ou encore vendu à la population pour créer des recettes supplémentaires au budget communal .

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  • Selon un planteur de letchis de Saint Benoit que j’ai rencontré hier , ce ne serait pas le manque d’eau qui serait responsable de la pénurie de letchis de cette année, mais la température trop élevée pendant la période de floraison et l’excès de pluie pendant cette période . Selon cet arboriculteur, il y a eu suffisamment d’eau de pluie sur l’île depuis la fin de la dernière récolte de letchis, peut être même un peu trop . Mais il pense que le letchis a besoin de passer par une période de température plus froide pour qu’il puisse fleurir normalement . Il m’a signalé que la température n’a pas vraiment baissé au cours de la période hivernale de 2017, et il croit que ce phénomène conjugué avec un peu trop d’eau de pluie a maintenue la pousse des arbres et a empêché la floraison .

    Même si le letchis est un arbre tropical qui s’épanouit justement là ou l’écart de température entre l’été et l’hiver est très faible , c’est une explication plausible car le trop d’eau peut être nuisible à certain arbres fruitiers . Ce qui est bizarre , c’est que le phénomène n’ait pas touché toute l’île car il semblerait que pour les producteurs de letchis de l’Ouest et du Sud la production serait tout à fait normale . La raison du phénomène serait alors plutôt l’excès de pluie pendant la période de floraison qui aurait touché essentiellement l’Est de de l’île la Réunion pendant la période de floraison des letchis .

    Il y a peut être une autre raison à cette pénurie ce serait le fait que la saison cyclonique de 2017 n’a pas généré de vents suffisamment violents pour élaguer naturellement les arbres .Mais là aussi, si c’était le cas toute la Réunion serait concernée .

    Si le phénomène de pénurie ne concerne réellement que la côte Est , de Saint Benoit à Saint Marie , il pourrait bien être causé par l’insuffisance d’abeilles et d’insectes polinisateurs sur ce secteur suite à l’arrivée du Varoa.

    Une étude plus approfondie de la question par les techniciens compétents qui travaillent sur les fruitiers et les abeilles pourra peut être nous donner la bonne explication et des directives à suivre pour les années avenir .

    Quoi qu’il en soit, je pense malgré tout que la menace du réchauffement climatique qui peut modifier considérablement la pluviométrie sur l’île de la Réunion doit être prise en considération très rapidement et déboucher sur la construction de grandes retenues d’eau qui permettraient l’irrigation pendant les périodes de sécheresse et donnerait aux agriculteurs planteurs de cannes de s’orienter vers autre chose devant la baisse de leur revenus provoquée par la suppression de quotas et de la garantie de prix européenne .. La construction de ces grandes retenues seraient par ailleurs un moyen très efficace de relancer le secteur du bâtiment à la Réunion et par la même occasion l’économie de l’île ." Quand le bâtiment va tout va"

    Ce sont les grands travaux et notamment la construction de grands barrages qui on permis à l’Amérique de sortir de la grande crise économique provoqué par le krak boursier de 1929 . Nous pourrions en faire autant . Il y a encore beaucoup de grands travaux à réaliser à la Réunion . C’est peut être le moment idéal pour les réaliser avant que la situation économique de l’île ne s’aggrave encore plus.

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