Changement climatique

L’Afrique de l’Ouest submergée par les inondations

Un nouveau phénomène extrême touche les plus vulnérables

Témoignages.re / 9 août 2010

La saison pluvieuse 2010 en Afrique de l’Ouest s’est ouverte avec des tempêtes de grêle en Guinée et les pluies les plus fortes que le nord du Tchad ait connu depuis 50 ans. Les inondations ont tué au moins 80 personnes et détruit les maisons, les ponts, les fosses septiques, le bétail, les récoltes et les réserves de nourriture ; des barrages se sont rompus, et les puits et les latrines ont été submergés. Le Réseau intégré d’informations régionales de l’ONU (IRIN) fait le point sur la situation.

Les inondations surviennent alors que les communautés à travers l’Afrique sont déjà confrontées à des pénuries alimentaires et à la perte de leurs animaux et que les agences humanitaires assurent les besoins d’urgence de dizaines de milliers d’enfants souffrant de malnutrition sévère.
Dans bien des cas, l’ampleur des dommages dus aux inondations et les besoins humains ont dépassé les capacités des gouvernements, indiquent des communiqués officiels et des rapports des Nations Unies. La destruction des systèmes d’eau et d’assainissement placent la désinfection de l’eau et la provision d’équipements sanitaires, tels des toilettes mobiles, au rang des besoins les plus urgents.
L’échelle de la destruction — et les menaces sanitaires qu’elle entraîne — a souligné la nécessité de garantir à long terme la résistance aux catastrophes de ce genre de systèmes. En juin, des parlementaires venant de toute l’Afrique ont signé un plan d’action destiné à intégrer la réduction du risque de catastrophe — garantir par exemple que les infrastructures d’eau et d’assainissement soient résistantes aux catastrophes — dans la réduction de la pauvreté et dans les programmes des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Étant donné les conséquences dévastatrices des catastrophes naturelles sur l’éducation, la santé et la sécurité alimentaire, les législateurs « sont parvenus à la conclusion que nous ne pouvons pas réaliser les [OMD] sans nous occuper des questions de vulnérabilité aux catastrophes, de risques et d’effets du changement climatique ».
Voici le résumé de l’impact des inondations dans la région jusqu’à la fin juillet :


Burkina Faso : 14 morts
Les inondations ont tué au moins 14 personnes, nombre de villages demeurent inaccessibles et des milliers de personnes vivent dans des écoles et autres bâtiments publics, selon le gouvernement.
De nombreux barrages se sont rompus. Au Burkina, où de nombreuses régions connaissent des pénuries d’eau durant la saison sèche, les barrages sont absolument indispensables pour l’approvisionnement en eau. Selon un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, 139 barrages devront être rénovés pour pouvoir faire face aux prochaines inondations.
Quelque 2.000 hectares de récoltes dans l’est du pays et 400 dans le centre sont sous l’eau.
La Croix-Rouge fournit de l’eau potable, des couvertures, du savon et des seaux aux familles affectées. Le gouvernement du Burkina a dit qu’il avait besoin d’environ 510 millions de francs CFA (près d’un million de dollars) pour les secours d’urgence, dont des couvertures, du savon et des ustensiles de cuisine.


15 morts au Cameroun

Dans la région de l’Extrême Nord, au moins 15 personnes ont trouvé la mort et 5.000 ont perdu leur maison dans les violentes tempêtes de la fin juillet, ont dit à IRIN les autorités locales de la ville de Pouss, qui a été durement touchée.
La région doit faire face à une épidémie de choléra qui a fait au moins 94 victimes sur quelque 1.300 cas.


Tchad : du jamais vu depuis 50 ans

Au moins trois personnes sont mortes dans les inondations qui ont frappé le pays. Fin juillet, le président Idriss Deby s’est rendu à Faya-Largeau, chef-lieu du Nord du Tchad et a annoncé que le gouvernement avait débloqué 30 millions de francs CFA (60.000 dollars) et des tonnes de nourriture pour aider les populations affectées.
Au moins deux personnes sont mortes à Faya-Largeau et des centaines sont sans abri depuis que les inondations ont détruit les maisons et tué les animaux. Les habitants ont dit que cela faisait au moins 50 ans qu’ils n’avaient pas vu de telles inondations. Dans les régions du Ouaddaï et du Batha, les crues ont détruit des maisons et emporté des routes.
Dans la partie Sud de la capitale, N’djamena, la plupart des quartiers sont sous l’eau, et les habitants ont demandé aux autorités d’envoyer des pompes à moteur, « pour éviter que nos maisons ne tombent sur nous et sur nos enfants ».


Côte d’Ivoire : 11 personnes emportées

Les glissements de terrain et les inondations ont tué au moins 11 personnes et en ont déplacé des centaines dans la capitale, Abidjan, et à Bondoukou, situé à 420 kilomètres à l’est d’Abidjan.
Le plan d’urgence du gouvernement comprend un don d’argent liquide aux familles déplacées suite aux inondations d’Abidjan.
La Croix-Rouge fournit seaux, savon, draps, tentes et ustensiles de cuisine aux familles déplacées.


Ghana : 40 morts et 25.000 sans abri

En juin et juillet, les inondations ont fait au moins 40 victimes et laissé 25.000 personnes sans abri, selon l’Organisation nationale de gestion des catastrophes (NADMO), qui a dit que les fosses septiques et les conduites d’eau étaient détruites et les latrines submergées, rendant les besoins en eau et en assainissement urgents.
Les autorités essaient de fournir des toilettes mobiles aux populations affectées ; l’assainissement dans certaines zones a toujours été médiocre et beaucoup de gens ont l’habitude de déféquer en plein air.
Une mission commune du gouvernement, des Nations Unies et d’ONG a indiqué que dans la capitale, Accra, les inondations étaient dues principalement au fait que « des bâtiments se trouvent dans les voies [d’écoulement] d’eau et les routes sont construites sans aligner correctement le système de drainage ».


Guinée : tempête de grêle

Dans la nuit du 15 au 16 juillet, selon les responsables humanitaires des Nations Unies et du gouvernement qui viennent de rentrer d’une évaluation de la région, une tempête de grêle accompagnée de vents violents a endommagé les maisons, touché 869 foyers et détruit 322 hectares de récoltes, à Labé, en Moyenne Guinée.
Dans la capitale Conakry, les inondations ont tué au moins sept personnes le 6 juillet et déplacé ou affecté d’une manière ou d’une autre 7.615 personnes, ont dit les autorités aux agences des Nations Unies de la ville.
Le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) de Guinée se réunira durant la semaine du 2 août pour décider comment les agences humanitaires peuvent aider les personnes affectées à Conakry et à Labé.


Niger : plus de 1.000 maisons s’effondrent

Les villages des régions de Zinder et Maradi ont subi de violentes inondations fin juillet. Le 20 juillet, quelque 180 millimètres de pluie sont tombés sur les communautés rurales de Raffa et Moa, situées à environ 100 kilomètres de Zinder, la capitale de la région de Zinder.
Selon OCHA, au moins 1.023 maisons se sont effondrées, ainsi que 36 magasins, sept mosquées et une école. Quelque 30.000 animaux ont péri, dont des vaches, des chameaux et des poulets.
Les cadavres d’animaux sont dispersés autour des points d’eau qui sont la seule source d’eau pour les hommes et les animaux, selon un bulletin d’OCHA couvrant la période du 22 au 26 juillet ; le bulletin dit que les points d’eau doivent être désinfectés et les cadavres incinérés dès que possible.
À Maradi, plus de 300 maisons ont été endommagées ou détruites et OCHA a dit que les gens passaient leur temps à réparer leurs maisons, au détriment des travaux agricoles.


Nigeria : 100.000 agriculteurs privés de récolte

Des inondations intermittentes dans plusieurs parties du Nigeria ont débuté en avril. À Delat et Bayelsa, quelque 100.000 agriculteurs ont perdu leurs récoltes, selon Preye Brown, président du Conseil national de la jeunesse (National Youth Council of Nigeria).
Il n’a pas été fait état de morts mais les inondations ont forcé plus de 500 personnes à quitter leur maison.


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