Changement climatique

L’Europe et les pays riches ont refusé un accord équitable à Copenhague

Pourquoi les Européens tentent-ils d’accabler la Chine, un pays en voie de développement

Manuel Marchal / 23 décembre 2009

La présidence suédoise de l’Union européenne et la Grande-Bretagne ont uni leurs voix pour tenter de faire porter à la Chine et quelques autres pays la responsabilité d’un échec de la conférence de Copenhague. Curieuse attitude de la part des Européens qui sont incapables de respecter le Protocole de Kyoto, malgré la délocalisation d’un part essentielle de leur industrie la plus polluante en Asie au cours des 20 dernières années. Les Européens avaient pourtant une occasion en or de mettre en cohérence leurs actes avec leurs déclarations : pourquoi n’ont-ils pas soutenu un accord prévoyant une baisse des émissions des pays riches de 30 à 45% d’ici 2020, et de 95% d’ici 2050 ?

Comme tout le monde pouvait s’y attendre, l’Union européenne tente de faire porter à la Chine la responsabilité d’un « désastre » à Copenhague. Andreas Calgren, ministre suédois de l’Environnement, s’est ainsi exprimé au nom de la présidence suédoise de l’Union européenne.
Ces propos viennent soutenir l’argumentation déployée la veille par Gordon Brown, Premier ministre britannique. Ce dernier demande tout simplement que l’ONU change ses règles afin que lors de la prochaine réunion de l’UNFCCC à Bonn dans six mois. En clair, il veut dont qu’il soit possible d’imposer un traité sans que l’unanimité soit requise, pas moins. Voilà où en sont arrivés les anciennes puissances coloniales. Puisque les règles de la démocratie permettent à des pays comme Tuvalu de s’exprimer et de voter pour son droit à l’existence contre la volonté des pays riches, alors il faut changer de "démocratie". Décidément, pour les pollueurs historiques, la démocratie est un droit à géométrie variable, et qui rappelle qu’alors que les citoyens des métropoles avaient droit à la démocratie, ceux des colonies n’étaient pas reconnus comme citoyens à part entière. Voilà les séquelles d’une période de 500 ans qui a débouché sur la crise climatique que nous connaissons aujourd’hui.

Une séquelle du colonialisme ?

Les arguments de l’Europe ne sont pas nouveaux. Au deuxième jour de la conférence de Copenhague, une fuite avait fait connaître les propositions de l’Occident dans ce qui est devenu le "texte danois". Quelques heures après cette fuite, l’Union européenne tenait une conférence de presse dans laquelle son négociateur en chef soulignait qu’« un pays qui a une forte croissance économique n’est pas une aide pour le climat ». Les Européens jugeaient au contraire qu’ils sont vertueux puisqu’en mettant de côté 12 États membres sur 27(!), l’UE arrive à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
Comparé aux Etats-Unis, il est vrai que ce résultat est honorable. Mais quand les Européens font référence à une économie à forte croissance, ils désignent clairement la Chine qu’ils accusent donc de nuire au climat.
Cette argumentation vise à masquer deux réalités.

Masquer la responsabilité historique des pays riches

C’est tout d’abord la responsabilité historique des pays riches dans la catastrophe climatique. Si Tuvalu, les Maldives et nombres de pays du Sud ainsi que les peuples du Pôle Nord sont menacés d’extinction, c’est parce que depuis plus de 200 ans, les Européens, l’Amérique du Nord, le Japon et l’Australie ont tellement pollué l’atmosphère avec leur modèle de développement, qu’ils ont provoqué le changement climatique.
Le Protocole de Kyoto avait reconnu cette réalité, puisque seuls les pays ayant tiré bénéfice de la colonisation et du modèle de développement occidental doivent respecter des engagements chiffrés de réduction de gaz à effet de serre. Tant que le Protocole de Kyoto existera, les pays riches devront toujours être les chefs de file de la lutte contre le changement climatique. Et plus la population du monde augmentera, plus ils devront réduire leurs émissions. Cela explique pourquoi les pays riches ont tenté de tuer le Protocole de Kyoto en le remplaçant par un Accord de Copenhague rédigé à la va-vite en comité restreint.

L’Europe contre une réduction de plus de 30%

L’autre réalité, c’est le manque de volonté des Européens et des Etats-Unis à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. En effet, ces pays ont délocalisé, notamment vers l’Asie, la quasi-totalité de leur secteur industriel le plus polluant.
Grâce aux délocalisations, les Européens devraient donc être capable de supporter un objectif ambitieux des émissions de gaz à effet de serre. Mais ce n’est pas le cas. La logique des déclarations des Européens devait normalement signifier un soutien de toutes leurs forces des propositions du Comité de suivi des engagements du Protocole de Kyoto, à savoir une réduction des émissions des pays riches de 30 à 45% d’ici 2020, et de 95% d’ici 2050. Ce texte était une base de discussion pour un accord contraignant. Mais les Européens ont souscrit à un document allant totalement dans le sens opposé puisqu’il visait à tuer le Protocole de Kyoto.
Avec les Etats-Unis et les autres pays riches, ils sont les véritables responsables de l’absence d’accord juridiquement contraignant à la conclusion de la Conférence de Copenhague. Ceci explique sans doute leur précipitation à désigner un bouc-émissaire.

Manuel Marchal


L’Europe délocalise ses émissions de CO2 en Chine

En France, voici une trentaine d’années, des régions comme la Lorraine et le Nord étaient couvertes de mines de charbon et de fer, d’usines sidérurgiques et métallurgiques, de hauts-fourneaux, d’aciéries… Ces usines n’ont pas disparu de la Terre, elles ont été transférées de France vers des pays où le coût de production est moins élevé, et notamment vers l’Asie.
Ces délocalisations se sont élargies à toute l’industrie. Aujourd’hui, Airbus produit même des avions en Chine.
Puisque les Européens délocalisent leur industrie vers l’Asie, ils délocalisent aussi leurs émissions de gaz à effet de serre. Et aujourd’hui, ils demandent à ces pays, et notamment la Chine, de faire en quelques années ce que les Européens ont été incapables de faire en 200 ans : diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.
Et c’est au contraire la Chine qui est plus vertueuse dans ce domaine. Depuis 2005, la consommation d’énergie par unité de PIB a baissé de 13% en Chine, soit une réduction de 800 millions de tonnes de CO2 émis, a indiqué Wen Jibao, Premier ministre de la Chine, à Copenhague. Et entre 1990 et 2005, la Chine a réussi à baisser de 46% ses émissions de CO2 par unité de PIB.


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