Changement climatique

L’impasse du climat

Un modèle à bout de souffle — 15 —

Manuel Marchal / 22 novembre 2010

Le changement climatique est une crise mondiale, et elle concerne La Réunion au premier chef. Notre île est en effet tropicale, et donc sur la trajectoire potentielle des cyclones. Face à ce danger, toute la population de La Réunion n’est pas protégée, et tout retard dans la mise en œuvre d’une politique d’adaptation aux effets du changement climatique augmentera les coûts humain et financier de ces mesures.

C’est demain que les propositions issues de la consultation du Grenelle de l’Adaptation seront examinées par les experts. Vendredi dernier, une assemblée extraordinaire a eu lieu à la Région. Elle avait pour but de dégager des propositions réunionnaises pour alimenter le débat national. L’Alliance a présenté sa contribution dont nous reproduisons aujourd’hui quelques extraits.
Le Grenelle de l’Adaptation s’inscrit dans le prolongement de la loi proposée par Paul Vergès, faisant de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité nationale. Il est d’ailleurs coordonné par l’élu réunionnais en tant que président de l’Observatoire national sur les effets du changement climatique (ONERC). Au cours de la décennie qui a suivi l’adoption de ce texte, le changement climatique et ses conséquences se font de plus en plus ressentir. Située dans la zone des cyclones tropicaux, La Réunion est particulièrement concernée, et vulnérable.

Tout le littoral menacé

Cela fait quelques décennies que notre île n’a pas été touchée de plein fouet par un cyclone de très forte intensité. Les plus anciens d’entre nous ont en mémoire les dégâts du cyclone de 1948 : des villes avaient été submergées.
La conférence internationale sur les cyclones tropicaux organisée dans notre île l’a rappelée la semaine dernière. Si ces phénomènes pourraient être moins nombreux, ils seront plus intenses, précise Philippe Caroff, chef prévisionniste "Cyclone" à Météo France [1]. C’est justement l’intensité qui fait le plus de dégâts et de victimes, a-t-il dit.
Il est donc nécessaire d’anticiper ces dégâts, et plus que le vent, c’est la montée des eaux qui peut faire le plus de ravages, ainsi que l’érosion des falaises par l’infiltration des eaux.
Cette anticipation passe notamment par la construction d’infrastructures destinées à protéger la population. Plusieurs centaines de ravines traversent La Réunion, mais une seule est totalement endiguée jusqu’à son embouchure, c’est la rivière des Galets. L’endiguement de ce cours d’eau protège les habitants du Port et la région de Cambaie. Mais partout ailleurs, les villes du littoral sont vulnérables. Or, c’est dans ces villes que se concentre la majorité de la population de notre pays. Ce qui signifie que le passage d’un cyclone aussi intense qu’en 1948 pourrait faire bien plus de dégâts qu’il y a plus de 60 ans.

Le coût de la casse des projets

L’autre aspect de cette anticipation, c’est la construction d’infrastructures de transport qui puissent résister aux cyclones. Actuellement, les grandes voies de communication sont vulnérables, et ne sont pas totalement sécurisées, à l’exception de la route des Tamarins. La route entre Saint-Denis et La Possession en est l’illustration. À chaque épisode cyclonique, la route du littoral subit les dégâts de la houle, ce qui prolonge la fermeture de cet axe le temps de la remise en état. Le tram-train aurait dû permettre de réaliser cette première liaison sécurisée entre l’Ouest et le Nord, en attendant la livraison de la future route du littoral au plus tard dans sept ans.
Mais les décisions prises par la nouvelle Direction de la Région empêchent maintenant la réalisation de cette liaison totalement sécurisée : le tram-train est arrêté, et la nouvelle route du littoral est remplacée par un projet pharaonique irréalisable au coût démesuré. Ce retard pris alourdira de toute façon une facture qu’il faudra payer, à moins de vouloir rester dans l’impasse.
La sécurisation des voies de communication passe également par le réseau de routes communales. C’est là que se trouvent quasiment tous les radiers. Or, ce sont ces radiers qui sont la principale cause de mortalité durant les alertes cycloniques. Vendredi dernier, à l’occasion de l’assemblée extraordinaire du Conseil régional sur le Grenelle de l’Adaptation, l’Alliance a proposé un Plan d’élimination des radiers qui pourra non seulement protéger la population, mais également relancer l’activité économique. C’est une mesure qui pourrait être mise en place rapidement. Souhaitons que cette urgence soit enfin comprise par tous, au-delà des divergences politiques. C’est en effet la seule solution de sortir de l’impasse provoquée par des décennies de retard dans l’adaptation au changement climatique.

Manuel Marchal

[1Voir "Témoignages" du 18 novembre 2010.


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