Changement climatique

L’inondation sera permanente à La Réunion

Conséquence de la fonte des glaciers, de la fragilisation des coraux et de la dilatation de l’océan

Manuel Marchal / 7 juin 2016

En France, le niveau de l’eau est monté de 6 mètres durant quelques jours. À La Réunion, la hausse du niveau de l’océan sera permanente. Il appartient dès maintenant aux responsables politiques qui ont un temps de retard sur cette question, de s’en emparer pour protéger la population. C’est LA PRIORITE, contrairement aux projets qui sont voués à être engloutis par la mer : Ecocité de Cambaie, Nouvelle route du littoral et port de Bois-Rouge.

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Avec la hausse du niveau de la mer, le littoral sera inondé en permanence et le Gol aura les pieds dans l’eau. Photo Toniox

Paris connaît toujours des inondations. Le pic de la crue a été atteint avant hier, avec plus de 4 mètres au-dessus du niveau normal de la Seine. Malgré tout, l’ampleur de la catastrophe n’a pas atteint celle de 1910. Cette année-là, l’eau était montée à plus de 8 mètres, soit plus de 6 mètres au-dessus du niveau normal. L’inondation de 2016 ne sera donc pas la crue centennale tant redoutée.

L’alerte sera levée quand la Seine sera revenue dans son lit. En 1910, la décrue avait duré plus d’un mois, elle sera sans doute plus rapide cette fois.

Les images ont montré les dégâts et les perturbations causées par ces inondations dans le Bassin Parisien. Ce n’est donc pas une situation durable, et la reconstruction aura lieu.

Revoir toute l’adaptation aux crues en France

Il est à noter que les anciens avaient tiré des leçons de la crue de 1910. Pour protéger les grandes villes de la région parisienne, trois grands lacs artificiels ont été construits le long de la Seine et ses affluents. Il a fallu pour cela exproprier de nombreux agriculteurs. Pour la mise en service du lac du Der, plusieurs villages ont été noyés sous les eaux et leurs habitants déplacés.

Mais tout ce dispositif a été pris de court par deux éléments : le temps et la localisation du phénomène. Tout d’abord, la crue de 1910 se situaient au début de l’année, pendant l’hiver en France. C’est pourquoi le niveau des lacs artificiels de retenue est à ce moment-là au niveau le plus bas, afin d’absorber au maximum l’excédent d’eau et amortir la crue. Mais cette année, l’inondation a commencé à la fin du mois de mai, à une période inattendue. Les lacs n’étaient donc pas vides.

Ensuite, les inondations sont la conséquence de fortes pluies qui ont duré plusieurs jours. Elles ont eu lieu pour l’essentiel en aval des trois grands lacs de retenue. Par conséquent, ces derniers n’ont pu jouer leur rôle. Cela relance l’idée de la construction d’un quatrième lac, situé au confluent de la Seine et de l’Yonne. Mais comme pour les trois ouvrages précédents, cela signifie des déplacements de population. La seule solution durable est l’interdiction de construire en zone inondable, et la protection des habitations vulnérables par des digues capables de résister aux flots. Cela veut dire de grands travaux d’endiguement des berges des rivières pour s’adapter à la nouvelle donne climatique. Les sinistres, les réparations et les protections couteront des sommes considérables.

Le danger guette à La Réunion

A La Réunion, ces images de désolation font réfléchir. Car notre île sera confronté à un phénomène inévitable de montée des eaux. Mais à la différence de la région parisienne, cette inondation ne durera pas quelques jours, mais sera permanente à l’échelle d’une vie humaine. En effet, La Réunion se situe en zone tropicale, elle est entourée par l’océan Indien qui est dans cette région sous l’influence de deux phénomènes : la dilatation de ses eaux à cause du réchauffement de sa température, et l’élévation de son niveau à cause de la fonte accélérée des glaciers d’eau douce partout dans le monde. L’augmentation de la température de l’eau fragilise aussi les coraux. Un récif corallien mort ne peut plus suivre le rythme de la montée de l’océan. Le sable ne se renouvelle plus, les plages sont vouées à disparaître.

Chaque nouvelle prévision dépasse la précédente.

Il est tout à fait possible qu’au cours de ce siècle, la mer monte de plusieurs mètres à La Réunion.

Cela remet en cause de nombreux projets, en particulier l’Ecocité de Cambaie, le port de Bois-Rouge et la route en mer dite nouvelle route du littoral. Il suffit d’imaginer la mer plus haute de plusieurs mètres, tout le littoral sera englouti et une grande partie de la population réunionnaise devra quitter son logement.

C’est pourquoi il est important de préparer dès maintenant ce rendez-vous. En France, les crues dans le Bassin Parisien vont amener de profondes remises en cause. À La Réunion, l’alerte est encore plus sérieuse. Un des devoirs des élus, c’est d’informer la population sur les risques encourus et prendre des mesures pour protéger les habitants. Seront-ils au rendez-vous ?

M.M.


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