Changement climatique

La Chine rappelle les responsabilités et l’urgence d’agir

Face à la démagogie de l’Occident

Manuel Marchal / 9 décembre 2009

Hier, Su Wei, chef des négociateurs de la Chine à Copenhague, a répondu aux déclarations lancées par des Occidentaux. Il a souligné à maintes reprises la responsabilité historique des Occidentaux dans la catastrophe actuelle et à venir, a rappelé que chacun a d’abord pour tâche d’œuvrer pour le respect de la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique. Il a également mis l’accent sur la nécessité d’agir résolument. Pour sa part, la Chine propose de baisser d’ici 2020 ses émissions de gaz à effet de serre de 45% par unité de PIB.

Initialement prévue à 15 heures dans la salle des conférences de presse, la rencontre avec les journalistes de Su Wei, négociateur en chef de la Chine à la Conférence de Copenhague, a été reportée deux heures plus tard au siège même de la délégation, au CICC, le Centre international de communication de la Chine.
C’est en chinois que Su Wei, par ailleurs Chef du département des changements climatiques au ministère du Développement national, s’est adressé aux nombreux journalistes qui se sont pressés au siège de la délégation.
Su Wei a tout d’abord évoqué la proposition chinoise. Une diminution des émissions de gaz à effet de serre de 45% par unité de PIB venant de la Chine sera une contribution importante à la résolution du problème du changement climatique, a-t-il indiqué.

«  Responsabilité historique  » de l’Occident

Lors de son intervention, Su Wei a répété plusieurs fois que les pays du Nord, c’est-à-dire les anciennes puissances coloniales, ont une « responsabilité historique » dans les émissions de gaz à effet de serre. « Les causes du réchauffement climatiques, ce sont deux cents ans d’émissions des pays développés ». Il a précisé que « le volume de l’atmosphère est limité, ce n’est pas parce que vous avez de l’argent et de la technologie que vous pouvez acheter le droit de polluer », a-t-il poursuivi en substance. « Les pays développés ont occupé une place excessive dans les émissions de gaz à effet de serre », devait-il ajouter.
Ceci étant dit, Su Wei a répondu à des questions qui ont porté sur les propositions de l’Europe, du Japon et des Etats-Unis. Il s’est appuyé sur les règles de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques et sur la pratique réelle pour évoquer les propositions de l’Occident. Il a tout d’abord relativisé la proposition de l’Union européenne, à savoir une diminution de 20% de ses émissions d’ici 20 ans. Mais cette proposition n’est pas suffisante, « je le pense et je vais l’expliquer » : elle correspond à une baisse de 1,5% par an en moyenne, soit à peine la moitié des engagements de l’UE sur la période 2012-2020. Et aller jusqu’à 30% de baisse, cela se ferait 1,93% de baisse annuelle moyenne, soit 0,5% en dessous des engagements initiaux.

La pollution continue d’augmenter aux USA

La proposition de diminuer de 25% les émissions du Japon est un progrès positif à mettre au crédit du nouveau gouvernement. Mais il faut selon lui s’interroger sur la composition des 25% afin de connaître la part du public et du privé dans l’effort. Et ces 25% correspondent en réalité à une baisse de 8% par rapport à 1990, l’année de référence des Nations-Unies pour évaluer les efforts des pays riches.
Quant aux Etats-Unis, Su Wei constate que les émissions de gaz à effet de serre y ont augmenté de 16% de 1990 à 2005, et de 16,8% de 1990 à 2007. Les émissions de CO2 continuent d’augmenter aux USA, a dit en substance le chef des négociateurs de la Chine. La venue du président Obama est annoncée pour le 18 décembre, et « je crois que les USA vont fournir un plan sur la réduction des émissions et sur le soutien aux pays vulnérables », a indiqué Su Wei. « Quel type de plan, c’est une question cruciale pour la réussite de Copenhague », a-t-il précisé. Car les 17% de réduction des émissions annoncées ne représentent en réalité que 1% de réduction par rapport à 1990.

Chacun face à ses responsabilités

Pour les pays en voie de développement, Su Wei a relevé que la Convention-cadre des Nations-Unies les autorise à émettre du CO2 pour satisfaire leurs besoins élémentaires de développement. Il a rappelé que dans le Sud, beaucoup sont ceux qui n’ont pas accès à l’énergie. Ces pays sont en pleine phase d’industrialisation, ils arriveront à une baisse le plus tôt possible, a ajouté Su Wei.
Il a aussi indiqué que dans ces pays en développement, des efforts très importants sont faits pour valoriser les énergies renouvelables.
Su Wei conclut en évoquant l’approche du pic des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire la date à partir de laquelle le niveau de ces émissions doit décroître. Rappelons que pour le GIEC, ce pic doit survenir avant 6 ans.
Le négociateur en chef de la Chine a souligné que si les pays riches transforment leurs engagements en réalité, alors ce pic se rapprochera.

Manuel Marchal


Au sujet du fonds pour les pays du Sud

Même pas de quoi se payer une tasse de café !

Su Wei a donné le point de vue de la Chine sur la proposition de débloquer immédiatement une aide annuelle de 10 milliards de dollars pour financer les plans d’adaptation au changement climatique des pays les plus vulnérables.
« Si on donne 10 milliards de dollars aujourd’hui, c’est un montant important. Mais si on le répartit entre la population du monde, cela fait moins de deux dollars par an par personne ». Il n’y a « pas besoin de regarder dans un dictionnaire pour comprendre », cela fait « moins que le prix d’une tasse de café », a affirmé le chef des négociateurs de la Chine avant d’ajouter que « le changement climatique est une question importante pour toute l’humanité ».


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