Changement climatique

La responsabilité historique des pays riches et ses conséquences

Une illustration de la teneur des débats à Copenhague

Manuel Marchal / 12 décembre 2009

Hier après-midi, He Yafei, vice-ministre des Affaires étrangères de la Chine, a donné le point de vue de son pays sur l’avancée des négociations. Il a réitéré la proposition de la Chine de réduire de 45% par unité de PIB ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 tout en soulignant que cet engagement est volontaire car la Chine est un pays en développement. Par ailleurs, la lutte contre la pauvreté est et restera la priorité du gouvernement chinois.

La Chine souhaite que Copenhague soit un succès et consacre toute son énergie à cette tâche, a souligné le vice-ministre des Affaires étrangères de la République populaire, He Yafei, hier lors d’une conférence de presse qu’il a tenue en anglais. Le Premier ministre Wen Jibao est attendu la semaine prochaine, ce qui signifie que la Chine accorde toute son attention à la question du climat. « Hu Jintao était à New-York au Sommet des Nations-Unies sur le Climat, il a dit ce que fait et fera la Chine aujourd’hui et au cours des années à venir » dans la lutte contre le changement climatique, précise le vice-ministre des Affaires étrangères de la Chine.
Ce dernier a ensuite développé quelques points qui pourraient enrichir l’accord en cours de négociation à Copenhague.
Cet accord aura besoin de refléter les attentes du monde. Il devra donc répondre aux besoins des pays du Sud, et par conséquent à ceux des pays riches.

« Les pays développés face à l’Histoire »

Dans cet accord, il est souhaité que les pays riches puissent proposer des engagements importants. Ces pays doivent aussi fournir des fonds et des technologies aux pays du Sud.
Il est un autre point sur lequel le vice-ministre des Affaires étrangères de la Chine a beaucoup insisté, c’est celui de la responsabilité historique des pays riches. « Je ne suis pas major en Histoire, je suis major en Sciences politiques, mais l’Histoire aide à regarder le futur », a dit en substance le représentant du gouvernement chinois. « Les pays développés sont face à l’Histoire », et cette responsabilité doit les amener à faciliter les transferts de technologie. Il rappelle que les pays développés représentent 20% de la population mondiale, mais 80% des émissions de gaz à effet de serre. Il souligne qu’avant 1990, les pays industrialisés du Nord étaient responsables de 90% des émissions de gaz à effet de serre. Une des clés du succès de Copenhague est donc que les pays développés assument cette Histoire.
« Les pays en voie de développement, les îles, l’Afrique, les PMA sont frappés par le changement climatique. C’est pourquoi le fonds d’adaptation est très important ». Et les pays riches doivent également s’engager dans ce fonds, « ce n’est pas un acte de charité », note He Yafei.
Les recettes de ce fonds doivent être en priorité à destination des pays les plus vulnérables. « Nous comprenons la situation des Petits États insulaires en développement », ajoute en substance le responsable chinois.

« La Chine est un pays en voie de développement »

Pour ce qui concerne la Chine, son vice-ministre des Affaires étrangères rappelle que c’est un pays en voie de développement. Il reste beaucoup de pauvres en Chine, dit en substance le représentant du gouvernement chinois, « la lutte contre la pauvreté est, et sera la priorité du gouvernement chinois », souligne-t-il.
De ce fait, puisque la Chine ne fait pas partie des pays mentionnés par l’Annexe 1 du Protocole de Kyoto car elle est un pays en voie de développement, elle n’est tenue à aucun engagement. Cependant, précise le vice-ministre, les pays en voie de développement, y compris la Chine, s’engage dans des actions volontaires pour atténuer les effets du changement climatique. Et ce que fait la Chine dans ce domaine, « ce n’est pas moins que tout pays développé ».
« La Chine vient avec un engagement de diminuer ses émissions de 40 à 45% d’ici 2020 », a-t-il indiqué. C’est une contribution à œuvrer à la réussite de la Conférence de Copenhague.
Car pour He Yafei, la clé de la réussite de la conférence, c’est la capacité des pays riches à tenir leurs engagements à court et à long terme.

Manuel Marchal


Consensus avec les États-Unis

Ceux qui comparent les États-Unis à la Chine ne doivent pas oublier que nous appartenons à deux catégories différentes, a rappelé le vice-ministre chinois des Affaires étrangères. Les USA sont le pays le plus développé du monde, la Chine est un pays en développement, a-t-il précisé.
Il a invité ceux qui pensent que les positions des États-Unis et de la Chine s’affrontent à relire les déclarations du président Obama lors de sa visite en Chine : « il y a le consensus entre nos deux gouvernements ».


Ce que fait déjà la Chine sans y être tenue par le droit

Interrogé par un journaliste de France sur la volonté de la Chine de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre, He Yafei note qu’il existe un instrument légal, qui est la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique et le Protocole de Kyoto.
La Chine étant un pays en développement, elle n’a pris aucun engagement de réduction de ses émissions, mais elle a décidé de mener volontairement des actions d’atténuation. La proposition de diminuer de 40 à 45% par unité de PIB les émissions de gaz à effet de serre de la Chine va dans le sens de cette politique. Et dans ce domaine, la Chine « ne fait pas moins que tout pays développé ».


Amplifier l’action après 2020

Interrogé par une journaliste de Chine sur la possibilité pour la Chine d’aller encore plus loin que sa proposition, He Yafei a déclaré que l’on peut s’attendre à ce que la Chine aille encore plus loin au-delà de 2020 lorsqu’il sera question de fixer des objectifs pour 2050.
Après 2020, la Chine continuera ses actions de reforestation, de développement des énergies renouvelables dont l’éolien et le solaire. « La Chine est un pays qui est responsable, pragmatique et qui continuera à faire ce qu’il a engagé », a conclu le vice-ministre des Affaires étrangères de la République populaire.


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