Changement climatique

La Réunion concernée par la catastrophe du Guatemala

Les conséquences du passage d’un cyclone dans un pays tropical

Manuel Marchal / 3 juin 2010

Au moins 300 personnes sont mortes à cause du passage d’un cyclone au Guatemala. Dans la capitale, la furie des eaux a créé un trou de vingt mètres de diamètres, et trente de profondeur. Cet événement tragique rappelle la vulnérabilité de notre île aux cyclones. Quel serait en effet le bilan du passage d’un phénomène comparable, sachant qu’une seule rivière est endiguée à La Réunion ?

La première tempête de la saison cyclonique de l’hémisphère Nord a durement touché le Guatemala. Le dernier bilan fait état de 300 morts. Des pluies diluviennes ont ravagé durant deux jours le pays. Elles sont à l’origine d’un phénomène très spectaculaire dans la capitale Guatemala-City : un trou béant de 30 mètres de profondeur et de 20 mètres de large provoqué par le passage des eaux souterraines.
Ce lourd bilan pose une nouvelle fois la question de la vulnérabilité de notre île face aux phénomènes climatiques extrêmes. En effet, de nombreuses victimes habitaient à proximité des rivières, ou sur les pentes des montagnes. Les crues et les coulées de boue ont provoqué des catastrophes.
Dans notre île, des cyclones ont déjà recouvert d’eau des zones qui sont aujourd’hui habitées. Lors du dernier gros épisode climatique, c’est le pont de la rivière Saint-Étienne qui a été emporté, paralysant durant de longues semaines la liaison entre l’Ouest et le Sud.

La vulnérabilité toujours là

Mais notre île a déjà connu des phénomènes plus intenses que Gamède. Mais à l’époque, La Réunion était beaucoup moins peuplée. Sa population était moitié moindre, et l’organisation de la société était différente. C’était encore la canne à sucre qui était le premier employeur du pays, ce qui amenait les travailleurs à résider à proximité du lieu de travail. Les besoins de déplacements étaient alors assurés par le train et les cars courant d’air qui suffisaient à l’époque à répondre à la demande.
Mais aujourd’hui, notre île compte 800.000 habitants, les résidences se construisent désormais dans des pentes très raides. Chaque jour, ce sont des centaines de milliers de Réunionnais qui empruntent la route. Notre île est dominée par une économie de service à 80%, qui se décline notamment dans un besoin toujours plus grand de déplacement.
Ce changement brutal s’est opéré sans que soit organisée la mise en sécurité de la population par rapport aux phénomènes extrêmes. Ainsi dans les bas de l’Ouest, la menace de l’inondation est toujours là, mais le nombre des habitants a considérablement augmenté. Dans les hauts, la population a également connu une hausse, mais ce sont toujours les radiers qui relient les quartiers.

Un partenariat institutionnel

Ces dernières années, seules deux infrastructures allant dans le sens d’une sécurisation totale ont été construites. Il s’agit tout d’abord de la route des Tamarins, qui permet d’aller de l’Ouest vers le Sud sans franchir un seul radier et sans être exposé à la moindre chute de pierre. C’est ensuite l’endiguement de la rivière des Galets. Désormais, la population est à l’abri d’un cours d’eau qui peut atteindre le débit du Rhône en crue lors des cyclones les plus puissants. Mais partout ailleurs dans notre île, tout reste à faire, c’est un chantier immense.
Toutes les autres rivières doivent en effet être endiguées, alors que les radiers doivent être remplacés par des ouvrages sécurisés. Lors de l’effondrement du pont de la rivière Saint-Étienne, l’ancien président de la Région avait proposé la constitution d’un syndicat mixte associant l’État et les collectivités pour la réalisation de cette tâche immense. Cet appel de Paul Vergès au partenariat institutionnel est de nouveau sous les feux de l’actualité. La catastrophe du Guatemala vient en effet brutalement rappeler ce qui peut arriver un jour à La Réunion, un pays tropical situé sur la trajectoire des cyclones.

Manuel Marchal


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