Changement climatique

La Réunion dans la lutte du monde pour un accord juste sur le Climat

Un enseignement de la conférence de Copenhague

Manuel Marchal / 22 décembre 2009

Peu après 3 heures du matin, le vendredi 19 décembre à la Conférence des Nations-Unies sur le changement climatique, un pays de 10.000 habitants a réussi à changer l’Histoire. Tuvalu s’est levé, et a réussi à faire échouer le coup de force tenté par quelques dirigeants de pays riches. Ce retournement de la situation ouvre la voie à une nouvelle période de luttes. Quelle sera la part de La Réunion dans cette bataille menée par les peuples du monde ?

Vendredi 18 décembre au Bella center à Copenhague. Depuis la veille, plus de 110 chefs d’État et de gouvernement participent à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique. Ils ont été rejoints dans la matinée par Barack Obama, président des Etats-Unis. C’est alors qu’un groupe d’une vingtaine de pays décide de s’isoler. Ils ont pris la décision de mettre la dernière touche à un texte rédigé la nuit précédente par des négociateurs de ce petit groupe d’État.
A 23 heures, Nicolas Sarkozy annonce à la France que la Conférence de Copenhague s’est conclue sur un accord. Quelques minutes plus tard, c’est Barack Obama qui se charge d’annoncer au monde que l’Accord de Copenhague a été signé entre les Etats-Unis, le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud.
Avant de reprendre l’avion, les deux chefs d’État expliquent à leurs opinions publiques respectives que le texte prévoit notamment de créer les conditions pour une stabilisation de la température moyenne de deux degrés au-dessus du niveau enregistré avant le début de l’industrialisation lancé par l’Occident. Or, depuis le début de la Conférence, les délégués de l’AOSIS (1), de l’ALBA (2) et du G-77+Chine (3) expliquent qu’une telle augmentation condamne les îles, l’Amérique du Sud et l’Afrique.
Les pays riches tentent malgré tout de passer en force, et un texte appelé "Accord de Copenhague" est présenté à la séance plénière. Il sera repoussé suite à la détermination de Tuvalu, rejoint aussitôt dans la bataille par le Venezuela, Cuba, la Bolivie, le Costa-Rica, le Nicaragua et le Soudan, président du G-77+Chine.
Moins de quatre heures après les déclarations de deux chefs d’État de pays occidentaux, tout est remis en cause.
Les deux premiers enseignements peuvent être les suivants.

Le triomphe d’une cause juste

Tout d’abord, c’est un des pays les plus petits du monde qui a réussi à renverser la situation tout simplement parce que sa cause était la plus juste, et elle ne pouvait que réaliser l’unanimité autour d’elle.
Les inspirateurs de "l’Accord de Copenhague" ont semble-t-il oublié que lorsqu’une cause est juste, elle ne peut que triompher, et quand c’est une question de survie, quelques heures peuvent suffire pour renverser totalement la situation. Les plus riches avaient beau avoir des moyens financiers, politiques et médiatiques considérables, ils ont dû plier face à la détermination d’un pays de 10.000 habitants qui a lancé la révolte contre l’injustice. Ce fait n’est pas sans rappeler les différentes luttes menées pour le progrès du peuple réunionnais. Car si les Réunionnais ont aujourd’hui obtenu l’égalité sociale avec la France, un des pays les plus riches du monde, c’est parce que cette cause était juste. Malgré tous les moyens utilisés par les adversaires de l’égalité et leurs relais locaux, le droit des Réunionnais aux lois sociales a fini par triompher.

Un nouveau combat commence

Ensuite, la conclusion de la Conférence de Copenhague ouvre la perspective d’un combat des peuples du monde pour que triomphe l’idée d’un traité sur le Climat contenant des normes ambitieuses et contraignantes que devront respecter les pays riches au nom de leur responsabilité historique. Sans Tuvalu, un autre traité aurait pu être adopté, fermant la voie à cette possibilité.
Cela veut dire que partout dans le monde, la mobilisation va s’amplifier pour atteindre cet objectif, même dans les opinions publiques des pays riches qui pourtant profitent du système. Quelle sera alors la place de La Réunion dans cette intense campagne d’actions qui va se dérouler dans les mois à venir ? « Le devoir de La Réunion, c’est une mobilisation de l’opinion dans les six mois qui viennent. Cette mobilisation à La Réunion doit être à la hauteur de celle du monde », avait dit Paul Vergès dans "Témoignages" du 18 décembre dernier. Le résultat de la détermination dont a fait preuve Tuvalu tout au long de ces deux semaines donne un éclairage à cette déclaration du président de la Région. Tuvalu n’a que 10.000 habitants, et pourtant ce petit pays a été capable de changer le cours de l’Histoire du monde.
Chaque Réunionnais peut alors être conscient qu’ensemble, nous aussi nous pouvons nous faire entendre au plus haut niveau, afin de contribuer nous aussi à la construction d’une solution globale aux problèmes du monde. Nous avons en effet l’expérience d’avoir fait triompher des causes justes face à de puissants adversaires. Abolition de l’esclavage, abolition du statut colonial, reconnaissance de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité sont quelques unes de ces causes.

Manuel Marchal


Retour sur le moment décisif de la conférence

Vendredi 19 décembre 2009 : Tuvalu change l’Histoire du monde


3h10 : Lars Løkke Rasmussen, président de la Conférence annonce que l’"Accord de Copenhague" va être la conclusion d’un cycle de deux ans de négociations.


3h12 : Lars Løkke Rasmussen décide d’interrompre la séance pendant une heure avant de passer au vote.


3h12 : les délégués manifestent bruyamment contre ce coup de force.


3h13 : Lars Løkke Rasmussen revient à la tribune, il prétexte la fatigue qui lui aurait fait oublier les règles de procédures pour tenter d’expliquer son attitude


3h14 : le délégué de Tuvalu prend la parole pour annoncer qu’il a appris l’accord à la télévision : « dans certains pays, la norme est de négocier par médias, d’autres ont une plus haute idée de la démocratie », et il annonce le refus de Tuvalu de voter pour le texte. L’"Accord de Copenhague" tombe aussitôt. Les pays riches ont perdu.


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